Sharî'a et sociologie ¨(Première partie)

07 05 2009

            La sharî’a, constituée du Coran et de la Sunnah, façonne la société musulmane dont les membres se doivent d’œuvrer activement en vue de la concrétisation de ses finalités. Sa définition permettra de mieux saisir la portée de ses rapports avec la société. L’examen de ses caractéristiques aidera à évaluer sa considérable dimension. Il en est de même de la sociologie islamique, celle-ci se liant étroitement à la sharî’a, comme toutes les autres disciplines de la pensée islamique.  

 

Sharî’a et société

 

            Définition : La sharî’a pourrait être définie le plus simplement par l’ensemble des lois révélées par Dieu. Elle se caractérise par sa perfection, étant l’émanation de la Science divine, sa globalité puisqu’elle renferme potentiellement tout ce qui concerne l’existence en matière de culte, de relations sociales et de modèles de comportement, sa continuité, n’étant pas une législation particulière à un peuple ou à une époque. Elle est, de ce fait, complète, grâce aux bienfaits que Dieu a bien voulu répandre sur l’humanité, et achevée pour durer jusqu’à la fin des temps. « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, vous ai comblé de Mon bienfait et ai agréé l’Islâm comme doctrine religieuse pour vous. » (al-Maïda, 3)

 

            La sharî’a repose sur les deux piliers que sont le Coran et la Sunnah. Pour tout croyant, le Livre saint contient la Parole de Dieu révélée au Prophète (s) par l’ange Gabriel. Le dernier (s) Messager n’était qu’un transmetteur textuel de la révélation. Quant à la Sunnah, elle englobe les dires et les actes du Prophète (s). Dieu lui en inspira le sens et le contenu. Elle est nécessaire à la compréhension du Verbe divin et à ses diverses applications. « Il ne parle pas selon son impulsion. Ce qu’il relate est uniquement une révélation inspirée. » (an-Najm, 3 et 4)

 

            La Sunnah se décompose d’abord en paroles (qawliya), représentées par la conduite de l’Envoyé de Dieu (s) et sa manière de gérer la vie quotidienne, et ensuite en promulgation de lois destinées à combler les silences du Coran au sujet des principes et des effets secondaires de sa législation. Ce qui est appelé « Sunnah iqrâriya » se définit par l’énoncé d’un texte, une allusion ou un accord donné à telle ou telle pratique ou encore à la manifestation d’une démarche contre laquelle le Prophète (s) ne s’opposait pas. Il en résulte que le Coran et la Sunnah constituent les deux charnières de la sharî’a. « Ce que l’Envoyé de Dieu vous donne, prenez-le ! Ce qu’il vous interdit, interdisez-vous-le ! »  (al-Hashr, 7). Le Prophète (s), lui-même, résume ainsi la Loi fondamentale : « J’ai laissé en vous – si vous vous y attachez – ce qui ne vous égarera jamais : le Livre de Dieu et ma Sunnah. »

 

            Nous n’ignorons pas que toute législation humaine assure l’inter-dépendance organique de ses diverses branches d’activités sociales dominantes à une époque donnée. Dans ce contexte les lois suivent l’évolution du temps et tiennent compte de la zone géographique. C’est ainsi que de nouvelles lois se substituent aux précédentes en raison des exigences variables et des récentes utilités apparues dans la société.

            La relation de la sharî’a et de la société se présente différemment. La seconde se construit sur la base de la première. Dieu fait de la création de l’homme et du milieu où il vit les instruments de Sa cause, en répondant favorablement à Ses prescriptions de manière à édifier une nation saine et instituer un  Etat garant de sa pureté. Ainsi, la société musulmane s’imprègne profondément de la sharî’a. Celle-ci se matérialise en elle pour en devenir l’incarnation vivante sur terre. A cet effet, elle se préoccupe des diverses relations humaines et charge l’homme de réaliser, en sa qualité de lieutenant de Dieu sur terre, les objectifs fixés. L’Ordre voulu par le Très-Haut ne se limite pas seulement aux symboles religieux mais englobe tous les secteurs de l’activité émancipatrice. Dans un cadre institutionnel et socio-économique déterminé, Dieu met les hommes à l’épreuve en permanence et rétribue chacun selon ses œuvres. « Rien ne revient à l’homme en dehors du résultat de son effort. » (an-Najm, 39)

 

            Caractéristiques de la sharî’a : Quelques traits caractéristiques de la sharî’a ont été déjà signalés : la perfection, la globalité et la continuité. Ce sont eux qui modèlent la société sans pour autant la placer dans un moule stable et la contraindre à s’enchaîner à des modèles dont elle ne peut plus s’en défaire. Bien au contraire, elle lui assure le développement et le progrès conformément à ses besoins renouvelables et évolutifs. En effet, de l’étude du Coran se dégagent des règles globales d’organisation sociale que ce soit en matière de pratiques cultuelles ou de relations sociales). La Sunnah les confirme en y apportant un éclairage pour en faciliter l’application et les enrichir de données dont le Coran tait ou se limite à un énoncé de caractère indicatif. Il reste aussi qu’un large espace s’abandonne à l’ijtihâd, plus particulièrement dans les domaines où les textes scripturaux passent sous silence. C’est que l’idéalisme coranique n’étouffe son réalisme et inversement. L’un et l’autre incitent à la satisfaction des nouveaux besoins sociaux exigés par les mutations historiques.   

 

            D’une manière générale, voici les cinq points qui résument les grandes caractéristiques de la sharî’a.

           

1 – Les règles de la sharî’a se concilient avec la nature innée de l’homme. Les unes et l’autre sont « une œuvre de Dieu qui a perfectionné toute chose et qui est parfaitement Informé de ce que vous faites. »  (an-Naml, 88). La Sagesse et la Prévoyance du Créateur ne pouvaient pas promulguer des lois en contradiction avec les dispositions originelles de l’être humain dont Il a créé la forme du corps et modelé la raison. La construction intellectuelle et pratique du Coran fait que l’homme se frotte aux réalités et il lui appartient de choisir consciemment sa voie.

 

            La création humaine suit son itinéraire qui ne pourrait, si elle est sincère et honnête, ignorer les bienfaits du Seigneur. Quoi qu’il en soit, Dieu lui trace la Direction à suivre qu’elle soir « reconnaissante ou ingrate ». Il est dit dans le Coran : « Par l’âme et ce qui l’a équilibrée et lui a inspirée son libertinage ou sa piété. Celui qui purifie son âme prospèrera et celui qui l’aura corrompu sera déçu. » (ash-Shams, 7 à 10) – « Celui déclare vraie la plus belle profession de foi, Nous lui accorderons les moyens de parvenir à la plus grande aisance. Quant à celui qui lésine et tient la plus belle profession de foi pour un  mensonge, Nous le pousserons vers la plus grande gêne. » (al-Layl, 6 à 10) – « Nous l’avons pourvu d’ouïe, de vue et mis sur la bonne voie, sans tenir compte de sa reconnaissance ni de son ingratitude. » (al-‘Imrân, 2,3)

            2 – La sharî’a expose tout ce qui préoccupe la société musulmane dans les divers et multiples domaines de la vie, tant du point de vue des relations entre ses membres et de leurs activités. Elle traite, dans leur globalité, toutes les affaires et résout potentiellement les problèmes qui se posent à l’individu, au groupe et à la communauté toute entière. C’est dire que le Coran et la Sunnah ne laissent rien en suspend, quant à ses grandes orientations sur lesquelles ils jettent une lumière en mesure de fixer clairement la démarche pour aboutir aux buts. Il est dans le Coran : « Nous n’avons rien négligé dans le Livre de la prédestination. » (al-An’âm, 38) - « Voici un Livre béni que Nous révélons pour qu’on réfléchisse sur ses versets et pour que les hommes doués d’intelligence le méditent. » (Sâd, 29) – « Une lumière est venue vers vous ainsi qu’un Livre édifiant, par lequel Dieu guide ceux qui cherchent à Lui plaire, vers les sentiers du salut, en les faisant sortir, avec Sa permission, des ténèbres vers la clarté et en les mettant sur la bonne voie. » (al-Maïda, 15 et 16) - « Nous ‘avons révélé le Coran comme une explication claire de toutes choses, comme Direction, Miséricorde et Bonne nouvelle pour les Musulmans. » (an-Naml, 89)

 

            3 – La sharî’a, quant à sa conception de l’Ordre social, s’appuie sur des règles générales dans la plupart des cas. Elle ne favorise pas les définitions dont la précision méticuleuse pourrait dresser des barrières devant les déductions à faire en vue de résoudre la diversité des problèmes dans le temps et l’espace. Bien au contraire, elle ordonne aux musulmans de se remettre en cause, de revoir leurs positions et leurs activités antérieures afin d’être à même de s’engager dans l’excellente voie et de demeurer la meilleure des communautés. Ce verset formule bien la philosophie de ce grand et constant djihâd à opérer sur soi-même pour apporter des changements dans le cadres des prescriptions divines : « Dieu ne change rien aux conditions d’un peuple si les individus qui le composent ne changent pas leur comportement. » (ar-Ra’d, 11)     

 

            4 – Stabilité et continuité constituent deux autres caractéristiques de la sharî’a. Le premier terme ne s’identifie point à la léthargie. Il fixe la permanence des idées qui ne dérogent pas aux règles, sur la base desquelles elle a été révélée. Quant au second vocable, il précise sa pureté que  les âges ne peuvent jamais altérer. « C’est Nous, en vérité, qui t’avons communiqué la remémoration et, certes, c’est Nous qui en sommes les gardiens. » (al-Hijr, 9) – « …et pourtant, c’est un Livre puissant, inaccessible à l’erreur, une révélation émanant d’un Sage digne de louanges. » (Fussilat, 41 et 42)

 

La sharî’a, étant vraiment et réellement une voie divine, implique une aptitude particulière à répondre aux besoins conséquents, aux variations du temps et aux spécificités des lieux géographiques. C’est d’ailleurs pourquoi, elle s’adresse à toute l’humanité depuis son origine jusqu’à son terme dont seul Dieu connaît l’Heure. « Dis : Ô hommes ! Je suis pour TOUS un Envoyé de Dieu. » (al-An’âm, 158) – « Béni soit Celui qui a révélé graduellement le Livre de la distinction à Son serviteur pour faire de lui l’avertisseur des mondes. »  (al-Furqân, 1)        

 

5 – La perfection de la sharî’a se précise quand elle se singularise par ses vues d’ensemble et offre à l’homme un large éventail de notions exactes et justes, aptes à aider à la résolution des problèmes de la société dans le cadre de la solidarité et de la fraternité. Pris à titre individuel ou collectif, l’être humain dispose aussi de moyens suffisants pour que les solutions arrêtées aillent dans le sens de l’intérêt public. A cet effet, la sharî’a se distingue par ses exposés où s’exclut la complexité pour être mieux comprise et, par ses recommandations, pour mieux rechercher les idées les moins compliquées. « Le Coran fut révélé pour servir la bonne direction aux hommes, d’explication claire aux préceptes divins, de critère à la vérité et à l’erreur….Dieu veut rendre votre religion non pas difficile mais facile pour vous. » (al-Baqara, 185) – « Dieu ne vous impose aucune gêne dans votre religion. » (al-Hajj, 78)  - « Dieu n’impose rien à l’âme qui soit au-dessus de ses forces. » (al-Baqara, 286)

L’examen de la sharî’a montre qu’elle compte plusieurs principes et règles dont le but consiste à parfaire le bonheur des êtres humains. Ses préceptes ne contredisent pas la noblesse de leur nature dont Dieu a façonné le corps et l’esprit. Aussi se préoccupe-t-elle de sauvegarder ce qu’il y a de précieux en eux : la vie, la raison, la descendance, la dignité et les biens. De la même manière, elle met à leur disposition les moyens pour satisfaire leur projet matériel et spirituel. « Demande : « Qui a déclaré illicites des vêtements et des aliments agréables dont Dieu a gratifié Ses serviteurs ? » Dis : « Ils sont destinés à ceux qui ont la foi en cette vie et ils seront leur apanage dans la vie future. » Ainsi, Nous exposons en détail les versets à des gens qui savent. » (al-A’râf, 32) – « Dis : Mon Seigneur a interdit les turpitudes tant publiques que secrètes, le péché l’agression sans droit, de même qu’Il a interdit de Lui donner sans arguments des associés et de dire de Lui ce qu’on ne sait pas.»  (akl-A’râf, 33)

Les enseignements de la sharî’a se proposent également de purifier l’âme et d’affermir les liens de pureté de l’homme avec ses semblables. A cet effet, ils portent sur les dogmes ((al-‘aqîda), les ‘ibâdât (les pratiques cultuelles) et autres avantages religieux. Sur ce plan, le Coran en détaille les aspects, complétés par la Sunnah, de manière à éviter les innovations qui détournent l’homme du chemin de Dieu. Quant aux mu’âmalât (les relations sociales) et autres utilités terrestres, il leur trace les grandes lignes sans en approfondir les données, laissant ce soin à l’ijtihâd afin que ceux qui s’y adonnent soient à même de conformer leurs efforts aux changements du temps et aux renouvellements des relations inter-groupes, sans déroger à la personnalité islamique.         

 

La question  culturelle résulte directement de l’Islâm en tant que religion mais aussi du brassage de la culture islamique avec les cultures locales et universelles. Elle me en lumière les valeurs des modes culturels et les comportements humains d’où l’étude des relations entre les forces intérieures aux sociétés et la mise en évidence de leurs rapports exacts avec la sharî’a. Elle est amenée à examiner la personnalité islamique, perçue au niveau de l’individu et de la collectivité, à travers la réalité ambiante

 

La sociologie islamique se penche également sur les problèmes qui se découlent au sein de la société, de manière à  les résoudre selon une méthode scientifique. L’examen des voies et moyens définis par l’Islâm permet non pas de corriger le comportement des hommes portés par leurs passions et leurs intérêts égoïstes mais d’exposer ce qu’il y a en eux, en vue de leur faire comprendre l’esprit et la lettre de la sharî’a. C’est que la compréhension de l’Islâm, en tant que religion, si elle a ouvert la voie à la croyance, laisse une partie du monde dans l’incroyance. Enfin, la sociologue islamique met en relief une méthode qui se fonde sur la religion laquelle appelle l’individu à reconnaître l’Unicité de Dieu et éduque les croyants selon ses valeurs et ses idéaux. Cet appel et cette éducation projettent d’élever les musulmans à la meilleure organisation communautaire sur le plan de l’obéissance à Dieu, du culte et du comportement.

 

Les théories sociales tournent actuellement autour d’une pluralité de questions. La plus importante serait celle qui s’efforce de répondre aux interrogations de la société, de sa culture et de sa personnalité. Elle s’évertue à faire connaître chacune des  unités sociales qui s’y contiennent et à les analyser. A ce sujet, elle tend à déceler la diversité des relations qui se nouent entre elles à l’intérieur d’une même société ou entre leur globalité et les cultures environnantes et dominantes. De ce point de vue, il n’y a pas de différence entre les deux formes de sociologie, bien que la fonction de la sociologie islamique soit plus délicate pour les raisons suivantes :      

Le domaine de la sociologie islamique se lie au phénomène religieux dont le caractère sacré ne peut pas faire l’objet d’une recherche aisée. La nature de son étude exige une plongée dans les profondeurs de l’histoire de toutes les révélations célestes antérieures à la sharî’a, du fait qu’elles préparent le terrain de sa manifestation et du moment qu’elles se confirment et se complètent par elle.

 

Son  espace de réflexion se rattache en premier lieu au Coran qui a été révélé graduellement sur une période relativement longue et dont la plupart des versets se comprennent mieux  en cernant le milieu et les circonstances de leur descente. Leur compréhension aide davantage à découvrir  les lois qui organisent le mouvement des sociétés humaines et qui, tout en dépassant les situations de l’époque, s’universalisent à travers le temps et l’espace. L’étude implique aussi la connaissance du vocabulaire coranique d’autant plus que le sens et la fonction des termes se différencient peu ou prou de la terminologie moderne.

 

Les études sociologiques ne doivent en aucun cas se dégager du cadre défini par la sharî’a, ni s’opposer à ses traits caractéristiques. C’est dire que leur harmonisation avec les Textes n’est pas une tâche facile. La difficulté tient au culte de Dieu que le Coran impose aux gens avant de déclarer leur comportement conforme à Ses préceptes. Ce culte ne se circonscrit aux cinq obligations de l’Islâm. Il exprime toutes les formes de la piété, en particulier celle en relation avec la compassion et la miséricorde, la solidarité et l’entraide, la liaison et l’enchaînement des diverses composantes de l’édification des sociétés musulmanes.

 

Différence des deux sociologies

 

Les théories sociales résultent des efforts individuels tendant à répondre aux interrogations de la société. La multiplicité et la variété des contextes expliquent leur transformation et la substitution des unes par d’autres. Ces modifications, avec tout ce qu’elles comportent en matière de construction, sont tout à fait naturelles puisqu’elles caractérisent l’évolution de la sociologie en relation avec les réalités locales. Elles sont tout à fait logiques du moment que les intérêts idéologiques des sociétés ne trahissent pas les époques vécues.

 

La différenciation naturelle des théories sociales dépend des facteurs du temps et des zones géographiques qui exercent une influence sur la pensée sociologique. Leurs effets, du point de vue national et universel, mettent les sociologues dans l’embarras voie même dans l’incapacité de saisir l’essence, la nature et le contenu de la théorie sociologique. La recherche n’aboutit pas toujours à la formulation d’une théorie claire et précise, que ce soit pour traiter les affaires courantes ou futures des sociétés humaines. Ceci nous éclaire sur les causes de certains débats controversés et la présence d’écoles différentes. Elle se comprend de la façon suivante :

 

La sociologie islamique se caractérise par son universalisme, sa globalité et la stabilité, pour autant, immobilisme. Ses particularités procèdent de la source coranique. Son idéologie, sa théorie et ses objectifs se puisent de’ l’Islâm qui, en sa qualité de religion, se destinait, dès les premiers de son apparition, à former la meilleure communauté guidée par la Parole de Dieu. « Vous êtes la meilleure communauté qui ait été donnée comme exemple aux hommes. » (al-‘Imrân, 110). A cet effet, de nobles valeurs sociales l’animent et assurent la sécurité et le bonheur de ses hommes rn ce monde et dans la vie dernière.

 

Dès le départ, la doctrine islamique se représentait en un culte de Dieu, sans associé dans Son Royaume et dans Ses arrêts, culte auquel se soumettent le monde visible et le monde invisible. Quelles que soient les circonstances, l’adoration des hommes se consacrait totalement au Créateur. A cet effet, la théorie de l’Islâm comporte des enseignements : Quelle que soit l’étendue de son d’action, deux idées maîtresses en marquent le contenu : obéissance et action. Elle repose sur l’incitation  au bien et à l’interdiction du mal, à l’Unicité de Dieu et à l’unité des croyants, l’engagement à se conformer aux préceptes divins.

 

Les Hudûd de Dieu contenu dans la sharî’a fixent les contours de l’équilibre social et déterminent les relations entre les hommes et leur Seigneur, d’une part, et entre les êtres humains entre eux, d’autre part. « Telles sont les lois de Dieu. Ne les transgressez pas. Ceux qui les transgressent sont des injustes » (al-Baqara, 229). Le Coran revient souvent sur l’énoncé des Hudûd et sur les conséquences de leur transgression que ce soit au niveau de l’individu que du groupe. Les limites fixées par Dieu se veulent tune purification de l’âme de toutes les formes de l’immoralité intérieure et extérieure de soi, et une opération efficace contre les péchés. Il est à faire remarquer que certaines infractions à la Loi transgressent le Droit de Dieu et la plupart des autres portent atteinte aux droits des gens.

 

Ancienneté et nouveauté de la sociologie : Conformément à la réalité scientifique contemporaine, la sociologie islamique abonde en éléments d’études des phénomènes sociaux. Ses données produisent de multiples influences sociales et forment un modèle de vie humaine telle que la sharî’a les illustre par des idées claires et des faits constants. Le chercheur, s’il ne quitte pas les observations retenues à l’époque à l’époque de la révélation, conclut à l’ancienneté de la sociologie islamique tant il est vrai que le Coran développe les grandes lignes de l’histoire de l’humanité depuis la création et l’anoblissement d’Adam en passant par l’expansion de divers peuples et de multiples nations sur la surface de la terre, chacun d’eux s’exprimant en une langue particulière. Lorsque ce chercheur aborde l’étude sociologique du Coran, sous l’angle des lois mobilisatrices des hommes et des voies d’organisation de rapport entre le Seigneur et Ses serviteurs, il constatera que la sharî’a se présente comme un mode d’existence complet encore en vigueur. C’est dans ce sens que ce verset se comprend : «Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, vous ai comblé de Mon bienfait et ai agrée l’Islâm comme doctrine religieuse pour vous. » (al-Maïda, 3)

           

Le Coran offre effectivement des éléments historiques d’appréciation et des données suivies d’objectifs à la sociologie moderne. Il fait de l’Islâm un Ordre religieux aux perspectives religieuses et un  Ordre temporel consacré aux affaires de ce monde d’où cette courante définition de l’Islâm : l’Islâm est Dîn (religion) et Dawla (Etat). Ce verset en résume la portée sur les deux plans indiqués : « A ceux qui, si nous consolidons leur position sur terre, accompliraient la prière, s’acquitteraient de l’aumône légale, ordonneraient toute bonne action et dénonceraient toute action répréhensible. A Dieu appartient, en dernier, l’issue de toute chose. » (al-Hajj, 41) 

 

L’étude de la sociologie dans les sciences humaines :

De l’équilibre des valeurs matérielles et religieuses.

 

Nous vivons une époque où les sciences offrent à la raison des thèmes qui nous incitent à cerner la réflexion et à l’approfondir en tenant compte de nos valeurs. Notre préoccupation doit être d’autant plus forte que la logique des résultats obtenus réveillent la pensée encore habitée par les illusions d’un passé détaché de l’avenir. Il est vrai que les livres, écrits par des auteurs contemporains, s’exposent sur les étalages des librairies mais nous remarquons que leur objet, d’une manière générale, se limite à transposer dans le monde moderne, le produit intellectuel des premières générations de l’Islâm.

 

Ces travaux ne peuvent pas se qualifier  de scientifiques si nous considérons que la science ne se définit pas la récupération d’arguments d’un passé lointain et a*sans ancrage sur la réalité et le vécu. Lorsque nous relevons des idées neuves dans de tels ouvrages, nous notons qu’elles ne font que reprendre, sous d’autres formes, les acquis d’une sphère culturelle étrangère à la nôtre. Si précieux soient-ils, ils ne demeurent pas moins qu’ils ne nous offrent que l’aspect matériel de notre existence. En effet, ils ne répondent pas à cette triple question qui embarrasse la pensée universelle : d’où vient l’homme, où va-t-il et pourquoi ?

 

La richesse en elle-même : L’un des plus grands maux de la modernité, que nous subissions, porte sur notre fort penchant à ne considérer que les problèmes matériels. Certes, il n’est point question de négliger notre d’un mieux-être et de notre confort matériel. La science islamique ne refoule point le besoin du matériel et du sensible mais elle en fait un moyen et n on pas une fin. Aussi, afin d’éviter de se méprendre sur la doctrine coranique, il est nécessaire de traiter ce qu’elle entend par la richesse/ A cet effet, en partant de l’expérience algérienne, l’exposé ci-après généralisera la question de l’emprise du matériel à travers le monde.

 

L’Islâm allie la foi à la justice sociale. De ce fait, le croyant aisé ne manque pas de se montrer généreux envers ses semblables. S’il est en droit de jouir de ses biens, il contribue toutefois à atténuer les difficultés matérielles de son prochain. Pourtant, dans les faits, il est à faire remarquer que, d’une manière générale, les frais occasionnés par le gaspillage dépassent le volume des aumônes accordés aux nécessiteux. La forte inclination aux plaisirs de ce monde ravale au dernier rang le sens de la solidarité. Il est vrai que le cœur de l’individu, familier des nivaux de vie élevés, se dépouille des sentiments humanitaires. Pire encore, l’habitude des jouissances terrestres en fait perdre le goût à celui qui s’y adonne sans retenue. C’est ce qui fait dire à ar-Râfi’î que Dieu a ôté la délectation de la bouche des riches et l’a placée dans les yeux des pauvres.

 

L’aisance incontrôlée et outrancière est un facteur de destruction du jugement de l’individu. Lorsque les gens en font leur seul objectif, ils contribuent à semer le malheur autour d’eux. Ils se font remarquer par la course aux divertissements au point de fouler aux pieds le droit et le bien de leur entourage, et de se détourner des exigences de la foi. Le Coran décrit la nature de cette catégorie d’hommes et les met sévèrement en garde contre le supplice de l’Enfer : « Malheur à tout détracteur aux mimiques hostiles qui accumule les biens, les multiplie et se figure qu’ils le rendent éternel ! Non  pas ! Qu’il soit rejeté dans la Hutama ! » (al-Humazât, 1 à 4)

 

Un phénomène s’est créé dans notre société. L’engouement des plaisirs de ce monde n’est pas l’apanage des seuls riches. Il se vérifie également dans les milieux les moins aisés, y compris chez la cohorte de mendiants dont la demande excède les besoins. Ceci est un indice de la tiédeur de la foi et du peu d’empressement à se conformer à la justice sociale. L’attachement aux biens licites ou illicites, se constituant en préoccupation majeure, fait effectivement perdre la notion de justice et accentue le désintéressement à faire triompher le Droit et à renforcer la foi. Le Messager de Dieu (s) attira l’attention des musulmans sur le danger de l’accumulation des richesses, car les auteurs, éblouis par la fortune acquise, perdent le sens des réalités ; S’adressant à ses Compagnons, il leur dit : « Ce que je crains pour vous, après moi, c’est que l’embellissement de ce monde vous ensorcelle. »     

Le Coran voit en ces gens riches, dont l’argent est le seul langage, une menace contre les tentatives de réformer la société, étant les adversaires du Droit et de la Justice. Il dirige contre eux de sévères accusations parce que leur existence se résume à leurs biens et à la prospérité de leurs enfants, alors que leurs efforts d’embellissement de la vie se comparent à cet homme dans le désert : « Il voit un mirage et, arrivé sur les lieux, il ne trouve pas ce qu’ils espéraient. » Ceci est expliqué par cet autre verset :  « Nous n’avons envoyé dans une cité u e personne donner l’alarme sans que les délicats de la société disent : « Nous dénions ce pour quoi vous êtes envoyés. Nous sommes, disent-ils, les mieux pourvus de biens et d’enfants. Nous ne sommes pas passibles de châtiment. » Dis : Ni vos biens ni vos enfants ne seront à même de vous rapprocher de Nous d’un pas, sinon qui aura œuvré salutairement. »i (Sabâ, 34 à 37)




Sharî'a et sociologie (Deuxième partie)

07 05 2009

Une société saine fonde ses valeurs sur la morale mais lorsque le microbe de l’immoralité pénètre les familles aux grandes potentialités financières, le mal s’étend, par un enchaînement logique, à toutes les composantes de la nation. Chacun s’efforce d’imiter son voisin, quitte à assurer sa subsistance par des procédés illégaux. La notion de travail perd sa valeur intrinsèque dès que le mauvais exemple venant d’en haut, l’individu assure son bien-être sans dépenser trop d’énergie. Et c’est toute l’économie du pays qui en souffre. C’est dire que l’origine de la décadence des peuples procède des catégories sociales qui font de la richesse leur raison d’être.

L’emprise de la matière : La science a pour objet l’homme et tout ce qui se rattache à son existence. Ses recherches portent sur tous les aspects de la vie : psychologie, sociologie, économie, politique et toutes les autres disciplines à caractère humain. Ils se situent également dans le domaine de la nature, de l’astronomie, des mathématiques, de la physique et de la médecine.

 

Cet ensemble de problèmes intéresse davantage le cerveau humain parce qu’il se soumet à l’examen, se vérifie par le calcul, l’expérimentation dans les laboratoires, la comparaison avec ce qui existe et enfin de compte aboutit à l’option de ce qui est le plus utile et le plus rentable. Il ne fait aucun doute que le monde a traversé de grandes étapes dans la voie du progrès de la logique et du rationnel dans les différentes branches de l’activité scientifique. Nous ne pouvons pas dire autant de la production spirituelle qui aurait pu équilibrer l’existence de l’homme et lui éviter de sombrer dans l’espace matériel de la vie avec toutes les implications immorales. Or, il se trouve que les enseignements du Coran et de la Sunnah avaient préparé le climat psychologique et intellectuel favorable à l’épanouissement de cette science.

C’est parce que la science moderne, du point de vue islamique, n’inclut pas la foi dans ses recherches, l’exclut même de ses objectifs, que la croissance économique accroît le profit et étend le domaine de la consommation, sans se soucier si ses racines plongent dans les couches les plus déshéritées de la société. Il n’est plus étonnant que la matérialité de l’époque contemporaine étouffe les sentiments, ce qui donne pleine satisfaction à ceux qui pensent que les élans du cœur favorisent la sclérose de la pensée. Ce qui pourrait se justifier pour les autres religions ne l’est pas pour l’Islâm dont les données coraniques ne séparent pas la science de la foi ou plus exactement toute connaissance doit aboutir au renforcement de la croyance en Dieu.

 

En vérité, la civilisation moderne en cours nous cerne de tous les côtés et se transforme en culte de la vie matérielle. Elle n’envisage les facultés intellectuelles et les énergies physiques que dans le sens de l’accroissement des biens meubles et immeubles et la course effrénée vers leur accumulation. Nous vivons effectivement dans un univers où les peuples, qu’ils vivent sous l’emprise d’un système d’économie libérale ou socialiste, ne perçoivent plus leur destin qu’à travers le prisme déformant des plaisirs et des passions, sans prendre conscience qu’ils entretiennent aveuglément l’expansion continue d’une idolâtrie fécondée par les puissances apparentes ou occultes de l’argent .

 

L’historien Arnold Toynbee observe que la portée des grandes religions s’atténue et cède son espace au culte des forces hégémoniques qui déploient leurs tentacules dans le monde moderne. Ce culte, dit-il, se manifeste sous deux formes traditionnalistes : le culte de l’Etat-nation et celui de l’Etat des grands ensembles.

 

Le culte de l’Eta-nation s’exprime par ses tendances au nationalisme étroit, vidé de ses valeurs profondes qui devaient situer son devenir culturel et spirituel dans une aire historique plus large, tandis que la société universelle se traduit par la concrétisation d’alliances plus ou moins homogènes s’exerçant sur des territoires de plus en plus étendus et fortement dominés par les valeurs matérielles. L’un et l’autre détournent le potentiel humain de son vrai sens et, en guise de modernité, l’assoient sur un  socle miné par des agitations sociales et des perturbations morales. Ils façonnent un homme insensible, plus préoccupé par sa petite personne et la réalité immédiate et donc peu enclin à envisager le lointaine avenir.

 

Le philosophe Alexis Carrel dit bien que les Etats, qui se construisent sur la seule civilisation  industrielle, s’exposent à des dangers intérieurs et extérieurs. Aussi ont-ils intérêt à transférer une partie de leurs préoccupations humaines au monde des instruments et des machines à celui plus soucieux du corps de l’homme et de son âme. C’est dans ce contexte que, du point de vue islamique, la science religieuse revêt une importance considérable car c’est elle qui développe la foi, réveille les consciences, propage les vertus, protège contre l’égoïsme et l’égocentrisme, contre l’asservisse- ment de la raison par les passions et, en règle générale, contre les déviations de la « science matérielle ».

 

L’émergence de la force humaine gagnerait donc à s’insérer dans la logique de la religion qui prend Dieu comme Maître et qui axe ses efforts vers Son adoration, partant de l’idée que toute œuvre utile et bénéfique entre dans le cadre de Son culte. La référence à la révélation et au produit de la raison permet de mieux connaître la nature réelle de l’homme et ses vrais besoins. Elle facilite le dévoilement théorique des maux et le recouvrement des moyens pratiques favorables à l’anoblissement de l’humain, à la purification de son âme et de ses actes.

 

Sur un autre plan, le monde n’est pas exempt de ces hommes sincères qui condamnent les conflits armés et les luttes sanglantes engagées à l’intérieur d’une même nation ou par des gouvernements aux religions différentes et aux idéologies rivales. Malheureusement, la majorité des peuples se lie à des principes et à des croyances pour lesquels elle sa sacrifie en faisant preuve de sectarisme et d’intolérance. Pourtant,  il est possible d’œuvrer pour affermir le confort matériel de tous les hommes et d’élever, chaque fois davantage, leur condition spirituelle.

 

Ce noble dessein ne peut être atteint que si l’être humain ne prend en considération que ses besoins matériels et ne réfléchit qu’aux moyens de consolider sa vie terrestre. Cette manière de penser le conduit à vouloir étendre sa puissance au-delà de sa région ou de son continent pour y imposer son mode de vie ou la joie de vivre ne cède que peu de place à la préparation de la vie dernière. C’est en quelque sorte la volonté d’instaurer un monde où la raison tranche ses liens avec Dieu et ne perçoit la religion  qu’au niveau des récits légendaires, sans conséquence sur l’immédiat et l’avenir.

Il va de soi que ceux qui orientent le monde vers ces sentiers épineux ne peuvent pas tout à fait se qualifier d’humanistes puisqu’ils n’observent que l’aspect corporel de l’homme et dédaignent son  côté spirituel. Ils ne peuvent pas faire valoir leurs sens de l’égalité et de la justice dès lors qu’ils manquent d’équité en accordant leur préférence à certains éléments des valeurs humaines au détriment d’autres. En d’autres termes, ils manquent à leur recherche la dimension religieuse. C’est pourquoi, l’humaniste est bien celui qui étudie la raison, le cœur et le corps, recherche, en toute humilité, la vérité et le bien, et traite, à cet effet, les questions soulevées par la foi et ses implications sur l’âme et la société, sans se départir de son sens du discernement et de la liberté de réflexion.

 

La relation des idées et des faits : Le Coran est « un  exposé détaillé de toute chose » en ce sens que la Parole de Dieu, se situant au-dessus de toute Sa création, gouverne incontestablement la marche inexorable de l’univers et le devance par Ses décrets. Elle garde Sa pérennité du moment qu’elle ne se confond pas avec la diversité et la variété de la vie matérielle et intellectuelle laquelle se transforme au gré des multiples activités humaines. Elle s’érige en une guidance que la connaissance du Livre de Dieu définit en une relation entre l’existence quotidienne des gens et la certitude de Ses données et de Ses fins qui lui servent de support.

 

Dieu veut, à travers cet « exposé détaillé de toute chose », couvrir Ses créatures humaines de Sa large et grande miséricorde. Il offre, à cet effet, au corps et à l’esprit les moyens de leurs besoins. Il en mesure la quantité et la qualité. Ce qu’il accorde ne se comprend pas comme un don produit selon la conjoncture du moment mais il se contient dans une Science et une Puissance transcendante et éternelles.

Il appartient à l’élite, capable de se libérer de ses passions, d’aimer la Vérité et d’être donc à même de situer la dimension du fait coranique dans le temps. A cet effet, il convient de saisir parfaitement le sens profond de ses versets dans leurs relations réciproques pour en mesurer toute la portée, sans quoi l’erreur et l’interprétation erronées guettent la lecture superficielle. « Nous avons fait parvenir aux hommes la Parole afin qu’ils réfléchissent », affirme le Livre saint (al-Qiçâç, 51)

 

La Parole de Dieu, le Très-Haut se place bien au-dessus des contingences quotidiennes de l’existence terrestre. En déclarant qu’Elle détaille toutes les choses de la vie, cela signifie qu’Elle maîtrise les réalités dans leur ensemble et cerne étroitement les relations des idées et des faits qui s’y contiennent. Aussi, l’homme, à la recherche des réalités matérielles environnantes, se compte parmi elles et analyse ses relations avec chacune d’elles. Ses témoignages se formulent à partir de son observation des manifestations de la création. Il constate, au bout de cette quête de l’immédiat et de l’infini, que cette toile enchevêtrée de diverses et multiples relations, conduit l’univers matériel et humain vers le Seigneur de toutes les choses, lesquelles ne se perçoivent pas comme des matières inertes ou de simples reproductions d’elles-mêmes.

La sourate « ar-Ra’ad) nous dévoile les réalités du mouvement avec ses contrastes et ses antagonismes, celle du changement et de la continuité. Ces mutations permanentes se présentent d’une façon compartimentée au regard humain qui isole la matière des créations qui en découlent. En vérité, une connexion rattache toutes les parties, les insère dans une globalité et les achemine vers leur destin final. 

Lorsqu’il est affirmé que le Coran expose et détaille le déroulement infini  de toutes les choses de la vie présente, cela veut dire aussi qu’il définit les étapes traversées par l’ignorance humaine pour parvenir à la connaissance. Il énonce une réalité scientifique préalable et la fait suivre de données qui en attestent la véracité, tout en reliant la matière à la création et au devenir de l’homme. C’est parce que l’Islâm assemble étroitement les convictions religieuses aux pratiques scientifiques qu’il joue un rôle de premier plan dans la formation de la pensée. Sa mission exhaustive et universelle coordonne la jonction entre le Créateur et la créature. De la même manière, il agence l’existence de l’homme en ce monde et dans l’Autre, sans qu’il y ait une interruption entre la vie présente et la vie dernière.    

 

Religion et raison : Lorsque Dieu énonce qu’Il a honoré les fils d’Adam et qu’Il les a privilégiés par rapport aux autres créatures, il est fait allusion également à la raison. Si le cœur est le siège de la foi, cette raison est celle de la réflexion qui couvre toute l’étendue de l’univers. C’est parce que l’homme est doué d’intelligence que le Coran le stimule à comprendre son environnement. La pensée, ouverte à la recherche et aux conclusions appropriées, s’enrichit chaque fois de données constantes et nouvelles qui lui assurent une meilleure connaissance de l’univers et l’élèvent chaque fois au niveau de la croyance en Dieu, Unique et sans associé..

 

La liberté de la pensée contribue donc à écarter l’individu des sentiers sinueux de l’égarement sans qu’aucune force ne l’accule à faire des choix contraires à la guidance du Seigneur et à ses propres intentions. «N’ont-ils pas cheminé la terre, ayant un cœur apte à raisonner, des oreilles capables d’entendre ! Or, ce ne sont pas les regards qui sont aveugles, mais s’aveuglent les cœurs qui battent dans les poitrines. » (al-Hajj, 46). Cette liberté de la pensée implique une connaissance vraie et réelle des problèmes ambiants. A cet effet, le Coran déconseille d’emprunter la voie de ceux qui n’ont aucune science relative à la discipline étudiée et qui, bien que formulant certaines vérités apparentes, n’apportent aucune preuve à leurs affirmations.

Cette méthode de réflexion donne nécessairement à la pensée la possibilité de s’ouvrir de nouveaux horizons fructueux, contrairement à celle qui se fie constamment et obstinément aux attitudes arrêtées dans le passé qu’elle qu’en soit le contenu. Aussi, le Coran fustige-t-il cette manière d’appréhender les problèmes du moment qu’elle ampute la pensée de la liberté de juger et de décider. « Si on leur dit : « Ralliez ce que Dieu a fait descendre », ils disent : « Bien plutôt rallierons-nous ce que nous avons trouvé déjà en cours auprès de nos pères. » Eh bien, et si leurs pères ne raisonnaient aucunement, non plus qu’ils ne se guidaient  justement ? »  (al-Baqara, 170)

Ainsi, l’attachement sincère et honnête à la religion de Dieu influe efficacement sur le comportement humain mais la voie juste et sûre à suivre ne peut être éclaircie que par le sérieux apprentissage et l’enrichissement constant des enseignements qu’elle véhicule. Si les fondements de l’Islâm orientent l’activité de l’intellectuel, il faut dire aussi que le milieu où il vit alimente sa réflexion  en  données particulières, car la raison humaine progresse te saisit la relation entre ses acquis et ceux des autres pour être à même de s’engager dans un effort intellectuel soucieux de sauvegarder le patrimoine, tout en assurant à la pensée sa nécessaire indépendance.

La manière de saisir les problèmes  de la vie évolue d’une époque à l’autre. Il s’ensuit que si les axes de réflexion demeurent permanents, les capacités de la raison ouvrent la voie à l’émergence d’écoles complémentaires, voire nuancées dans leur démarche et leur approche des problèmes, d’où cette gamme de constructions intellectuelles d’un siècle à un autre dans le même univers islamique. Telle est d’ailleurs la Volonté de Dieu : « Si ton Seigneur avait voulu, Il aurait fait des hommes une seule communauté. Or, ils sont en divergence continuelle. » (Hûd, 118)

 

Le travail de la raison s’articule donc autour de trois éléments : l’héritage universel, les milieux mouvants et la révélation. Si l’immuabilité de cette dernière ne peut pas être mise en doute, le premier ne compte pas que des facteurs positifs de la connaissance, et le second n’immunise pas la recherche de ses erreurs d’appréciations.

            L’histoire draine des doctrines et des idéologies dont le temps l’efficacité. Des écoles se formèrent sur la foi de théories apparemment irréfutables à une période donnée mais leur frottement aux réalités dévoila leur carence ou tout au moins leurs insuffisances. Des formulations intellectuelles  se dégagèrent de l’analyse d’événements en cours mais du fait de leur divorce avec le caractère spécifique des pays concernés, elles se heurtèrent à l’insensibilité morale des peuples.

 

Le Coran, en mentionnant cette tendance fallacieuse du raisonnement donne le motif des échecs assumés par ses promoteurs. « Dis : « Vous ferons-nous connaître les perdants en œuvre, ceux don t le zèle sera vain en la vie d’ici-bas, alors qu’ils s’imaginent  faire le bien ? » Ce sont eux qui nient les signes de leur Seigneur ainsi que Sa rencontre. Leurs œuvres auront été stériles et ils ne pèseront pas lourd le Jour de la résurrection. » (al-Kahf, 102 à 104) 

 

Il en résulte que le remède de ce décalage apparent entre les tendances des êtres humains et les objectifs innés qu’ils souhaitent atteindre, réside dans la critique objectif du passé et l’analyse, débarrassée de préjugés et d’arrières pensées, de la situation présente des sociétés. L’une et l’autre se guident d’un baromètre que les énoncés coraniques fournissent à la raison. C’est là la condition première à remplir si les intellectuels et les hommes politiques souhaitent vraiment aplanir les contradictions des acquis et atténuer l’âpreté de leurs divergences actuelles.

 

Le Coran et la Sunnah forment les deux premières et essentielles sources de la recherche dans ses diverses formes. Combien même leur contenu ne fournit pas à la raison une description exhaustive du physique et de l’âme de l’homme, il n’en reste pas moins que leurs enseignements lui offrent des données fondamentales irréfutables dans le domaine des relations humaines et du rapport des hommes avec leur Créateur.

            Les sciences humaines s’enrichissent de descriptions physiques, sociologiques, psychologiques etc. relatives à l’homme que le Coran ne rejette pas dans leur ensemble et systématiquement. C’est pourquoi, le travail intellectuel à accomplir ne peut que s’appuyer sur ces deux matériaux essentiels : d’une part, la compréhension de la révélation infaillible de Dieu en ce qu’elle apporte en connaissances de l’être humain, en remèdes inhérents à ses maux  et en garanties dd son bien être ; d’autre part, la compréhension de la pensée humaine qui approfondit l’étude du corps humain, de ses facultés psychologiques, de ses aptitudes mentales, de ses états sociaux qui s’imbriquent dans l’ensemble des relations inter-individuelles.

        

            Il est faux de croire et de prétendre que la raison humaine ne fleurit qu‘au prix du sacrifice de la foi, donc de sa perte. Bien au contraire, les siècles derniers témoignent d’une production intellectuelle considérable grâce à la foi qui en fut le stimulant. Il ne fait aucun doute que le proche futur s’ouvre largement devant d’autres acquisitions de la raison humaine. Les résultats obtenus feront certainement l’objet du respect de tout être sensé. Cependant, si les victoires qu’elle remportera ne s’accompagneront pas de la religion et de la morale, la puissance politique hégémonique et le déséquilibre socio-économique en faveur des possédants et, d’une manière générale, de tous les égocentriques, domineront la modernité qui en découlera.

            C’est une erreur d’imaginer que la pureté de l’âme ne s’accomplit que par la destruction du corps ou de son anéantissement et par l’évacuation du progrès scientifiques et technologiques, et que l’assurance de la vie dernière n’est possible qu’en perdant les sains avantages matériels que procure le monde immédiat. Cette vision irréaliste de la vie prépare inéluctablement le terrain à la décadence culturelle et économique parce que ses tenants, accrochés au passé et appréhendant les lendemains, ne jettent qu’un regard furtif sur la marche inexorable du progrès humain.

            Cette étroitesse d’esprit dessèche considérablement la pensée et prend à partie la science elle-même. A vraie religion n’est pas un corps que la faim de la raison appauvrit et que la fatigue des veillées amincit. C’est au contraire, un corps qui déborde de vitalité en mesure de lui faire supporter les lourds devoirs et que les aspirations de la vie amplifient de toutes les formes d’acquisition bonnes et utiles. Il suffit de ne pas perdre de vue que la grandeur de la foi compte d’abord sur la compréhension des versets relatifs à l’univers devant lesquels l’observateur s’arrête pour y découvrir les secrets de la création. Sa sève et son intensité se ressourcent dans l’effort intellectuel supporté par l’activité spirituelle, l’un et l’autre relevant de l’autorité de l’Etat.

 

            Mieux connaître l’homme et besoin du renouveau : L’homme contemporain aussi sensé que raisonnable doit, dans la mesure de ses possibilités, se connaître d’abord lui-même dans toute sa complexité, à la lumière du progrès scientifique dont il est témoin, de manière que sa pensée projette le présent sur l’avenir, en s’aidant des riches expériences et des connaissances fertiles en sa possession et en critiquant les erreurs introduites par le passé dans la vie courante.

 

            L’homme n’est pas une matière inerte que nous analysons dans l’absolu pour fixer définitivement les contours de son existence, quant à la profondeur de son âme et à la dimension de sa raison. Certes, des efforts o t été réalisés et ont permis de mettre en évidence ses caractéristiques psychologiques et intellectuelles, mais ils ne sont pas encore arrivés à dévoiler la dimension de toute sa nature. Alexis Carrel écrit admirablement dans son livre « l’homme, cet inconnu » ce qui suit :

 

            « L’homme, que connaissent les spécialistes, n’est donc pas l’homme concret, réel ; Il n’est qu’un  schéma, composé lui-même des schémas construit par des techniques de chaque science. Il est à la fois le cadavre disséqué par les anatomistes et les maîtres de la vie spirituelle, et la personnalité que l’introspection dévoile à chacun de nous. Il est les substances chimiques qui composent les tissus et les tumeurs du corps. Il est le prodigieux assemblage de cellules et de liquides nutritifs dont les psychologistes étudient les lois de l’association. Il est cet ensemble d’organes de conscience qui s’allonge dans le temps et que les hygiénistes et les éducateurs essaient de diriger vers son développement optimum. Il est le homo oeconomicus qui doit consommer sans cesse afin que puissent fonctionner les machines dont il est l’esclave.

 

« Il est aussi le poète, le héros et le saint. Il est, non seulement l’être prodigieusement complexe que les savants analysent sur leurs techniques spéciales, mais également la somme des tendances, des suppositions, des désirs de l’humanité. Les conceptions que nous avons de lui sont imprégnées de métaphysique. Elles se composent de tant et de si imprécises données que la tentation est grande de choisir parmi elles, celles qui nous plaisent. Aussi, notre idée de l’homme varie-t-elle suivant nos sentiments et nos croyances. »         

       

            Donc, il reste de nombreuses facettes de l’homme à découvrir. Mais commençons d’abord par extirper ce qui est mauvais en lui. Du moment que la connaissance coranique constitue l’un des conducteurs de la recherche, il est impérieux de purifier de nos cultures les imperfections qui entravent l’accomplissement de la mission que Dieu lui révéla. Ensuite, il est urgent de le préserver contre le rationalisme – et non point le rational – en ce sens que toute connaissance certaine vient de la seule raison. Il s’agit de savoir que beaucoup d’éléments échappent à l’intellect et de se découvrent que progressivement et que Dieu conduit l’évolution de l’homme vers sa destination finale, sans jamais l’(écarter de son innéité habituelle. Celle-ci se rapproche mieux de la Vérité que les cogitations du penseur qui réfute l’idée du refuge éternel. 

*

* *

            Le contexte dans lequel  le chercheur évolue se définit par la nature de l’homme qui est à la fois une matière et un esprit. Le Coran propose à la réflexion  deux exemples où la matérialité de la vie ne se dissocie pas de l’éthique monothéiste : Salomon et Dhû-l-Qarnayn, deux personnages ayant vécu à des époques différentes.

            Dieu mit à la disposition de Salomon un vaste royaume. Il lui fit transporter  le trône de Baqlîs, la reine de Sabâ, du Yémen jusqu’en Syrie. Bi son rayonnement politique ni sa puissance matérielle ne le détournèrent de la religion de Dieu. Bien au contraire, il rendit grâce à son Créateur, ainsi que ce verset l’indique. « Cela n’est dû qu’à la grâce de mon  Seigneur, aux fins de m’éprouver : serai-je reconnaissant ou ingrat ? – Qui témoigne de gratitude ne le fait que pour lui-même, qui témoigne d’ingratitude <… mon Seigneur est Suffisant à Soi, Généreux. » (an-Naml, 40)

 

            Il en fut ainsi de l’attitude arrêtée par Alexandre le Grand pour lequel Dieu ouvrit devant lui les territoires de l’Orient et de l’Occident et couronna son règne par la construction de la grande digue au moyen de laquelle d’instruments scientifiques de son époque. Ayant achevé l’édifice, il déclara en toute humilité : « C’est là une miséricorde de mon Seigneur. Quand la promesse de mon Seigneur viendra, Il nivellera (la digue). La promesse de mon Seigneur est vérité. » (al-Khaf, 98)

 

            C’est parce que l’Etat, qui se réclame de l’Islâm, n’a pas su répondre à ces questions qu’il traça la voie aux idées matérialistes. Il s’ensuit que les défauts de la cuirasse culturelle et spirituelle des sociétés musulmanes créèrent un vide qui s’ouvrit à la pénétration de principes politico-économiques, soutenus par une philosophie axée sur les seuls besoins matériels et permit le démantèlement d’une partie des enseignements islamiques. Pourtant, déjà au XIVème siècle, Ibn Khaldoun dénonça, au Maghreb,  la pétrification culturelle, dont il faut inclure la dimension spirituelle. Son génie créateur de la sociologie passa malheureusement inaperçu en milieu musulman.                        

            De nos jours encore, le khaldounisme, transposées au vécu de notre époque, ne fait pas l’objet d’une mûre et profonde réflexion à même de permettre aux dirigeants de l’Etat de relever les causes réelles de la décadence et de tirer les conclusions en mesure de mettre un terme à notre indigence aussi bien culturelle que spirituelle. Ne faudrait-il pas se décider, fermement, de reprendre en mains ce qui a été entamé les siècles derniers ? Mais, dans le dessein de faire participer l’intellectuel à la recherche, il est impératif de le débarrasser de ses soucis matériels, car comme l’a dit Mâlik ibn Anas, le penseur, préoccupé par la quête de ses besoins matériels, n’arrive jamais à se hisser convenablement au niveau de la production et de la création. 




Sharî'a et sociologie (Troisième partie)

07 05 2009

Les vertus morales : L’Etat se préoccupe au moyen d’une législation appropriée, de la collectivité de la société contre les maux sociaux et moraux auxquels elle s’expose. Il veille à la saine constitution de la nation de sorte que ses membres puissent s’acquitter de leurs obligations, débarrassés de l’immoralité qui mine leurs relations et porte atteinte à leur renommée.

 

Pourtant, d’une manière générale, les sociétés musulmanes, se font remarquer par un laxisme dans la préservation des biens et des revenus de la nation. Le gaspillage, le vol et les détournements de fonds s’inscrivent dans leurs mœurs. C’est que la politique économique du pays laisse croie aux gens que les sociétés estiment leur civilisation à travers les signes extérieurs de leur richesse et que les manifestations de progrès se traduisent par le luxe en toute chose et par les nombreuses jouissances.

 

            La société musulmane de notre époque inverse les situations, en ce sens qu’elle dérègle les normes  d’évaluation. Elle transforme le bien-être, produit de la civilisation, en un de ses fondements. Le côté matériel lui fait perdre de vue que les nations industrialisées, dès l’aube de leur éveil, s’étaient attaquées aux fléaux sociaux dont elles sont aujourd’hui parvenues à extraire certains d’entre eux au moment où les peuples musulmans assistent impuissants à leur émergence et à leur croissance. Toutes les sociétés de consommation connaissent maintenant d’autres plaies sociales lesquelles naissent et se développent également dans les pays islamiques avant d’annihiler les toutes les premières.

 

            Une nation se compose d’un ensemble cohérent d’individus dont la santé morale apparaît dans l’édifice qu’il construit. Le comportement social  des cellules familiales assainit les orientations du pays, évacue les activités de leurs impuretés  et redresse les déviations des objectifs nationaux, en les situant dans la bonne direction. Il est toujours préférable de prévenir que de guérir, ce qui n’exclut pas la nécessité de remédier, comme il est plus sage et judicieux d’éduquer que de condamner, ce qui ne dispense pas de sanctionner.

 

            La morale, en Islâm, équilibre les aspirations sociales entre le matériel et le spirituel. Elle participe à la construction d’une nation où les privilèges n’ont pas Droit de cité dans la répartition de la richesse. Elle intervient dans l’organisation de la vie sociale dans une proportion bien supérieure au degré prévu par les doctrines socio-économiques d’autres systèmes. C’est que l’Islâm accorde à l’éthique morale une valeur plus haute que le niveau établi par les autres religions, tant il est vrai que ces préceptes projettent fondamentalement la purification de l’âme et l’éducation des esprits. Il introduit les vertus dans chacun des actes de l’individu, avec comme perspective la formation d’une société où tous les secteurs de développement se distinguent par leur force morale et la pureté de l’œuvre.

 

            Il ne fait aucun doute que la société musulmane, parce qu’elle déroge à la morale islamique, supporte de dangereux maux sociaux. Ceux-ci naissent et progressent avec le développement matériel. Ils se manifestent diversement aussi bien à l’échelle de l’individu, de la famille que du peuple en général. Ils n’épargnent ni l’instruit ni l’ignorant, ni le puissant ni l’humble, ni le jeune ni le vieillard, ni le citadin ni le villageois. L’Etat en a conscience, connaît les divers fléaux qui perturbent la santé morale de la société. Cependant, les mesures adoptées pour les combattre sont inversement proportionnelles à leur étendue. Cette carence n’est pas sans influencer négativement la cohésion de la famille et l’harmonie de la nation.

 

            Le remède à l’immoralité et aux plaies sociales en général commence par l’individu, car il constitue la première cellule dans la construction de la société. Cette procédure s’avère plus efficiente que l’action globale sur les masses. Elle est d’autant plus percutante  qu’elle agit sur l’être que l’œil examine attentivement et de près, tandis que les opérations sur une grande échelle, au moyen de discours, ne portent que sur une matière aux contours inconsistants.

 

            L’histoire de l’humanité nous enseigne que ce sont les hommes aux fermes volontés et aux sûtes convictions morales qui parviennent à construire des Etats aux assises inébranlables et à promouvoir des civilisations aux rayonnements universels. Par leurs vertus, ils déchirent le voile de l‘ignorance et habillent les sociétés de science. Ils transforment le cours de l’histoire parce qu’en se donnant en exemple, ils influent sur la vie des peuples. C’est dire que l’éducation de l’individu jouie un rôle prépondérant dans ses contacts avec d’autres individus ; Il n’en reste pas moins que la fonction des associations, composées également d’individus, pèse sur l’action réformatrice des mœurs. Ces groupements, à caractère social ou culturel, assument une noble mission dans la diffusion et l’enracinement des principes moraux avec pour perspective : ouvrir la voie au Bien et à la Justice. Encore faut-il leur reconnaître leur Droit à une existence active au moyen d’une aide financière et matérielle substantielle. 

            La mosquée et ses cercles d’apprentissage, l’école et ses clubs éducatifs, la maison des jeunes et ses groupes culturels, dans la réciprocité de leur contact, se complètent harmonieusement. Si la mosquée insiste sur l’aspect spirituel de l’homme, l’école forge sa raison et les associations parfondent sa morale. Ainsi, l’éthique, qui s’inscrit dans leur programme, constitue une nécessité vitale de la vie quotidienne. L’absence de cet enseignement dans l’une de ces unités perturbe l’équilibre social, car il y a un besoin der conjugaison entre le spirituel, la raison et la morale. Le premier ne produit pas d’effet s’il ne se seconde pas de l’intellect. Les deux, sans le troisième, détraquent la cohésion du comportement individuel et collectif.    

            La moralisation de la société est un garant de toutes les formes de civilisations. La mise en œuvre des valeurs éthiques n’a pas pour seul objet de détourner l’individu des péchés sociaux. Soutenue par la foi, elle produit des effets psychologiques dès lors qu’elle apaise les troubles de l’esprit, atténue les soucis, dissipe la tristesse et calme les nerfs. Ses manifestations opèrent vraiment des changements dans le comportement dont la dimension sociologique entretient un climat spirituel  où s’occultent l’égoïsme et le repli sur soi-même.

           

            Il est vrai que la morale se perd dans tous les domaines de l’édification nationale. Pourtant, en dehors des normes matérielles, appelées à servir les justes répartitions des biens et les besoins de réajustement sociaux, la nation inclut les critères moraux dans ses efforts d’édification. A cet effet, non seulement elle tend à substituer l’inimité et la désunion par l’amitié et la solidarité, elle condamne et sanctionne également l’immoralité, quels que soient sa nature et son objet. Il est plus convenable d’accompagner la consolidation de l’Etat par une législation morale.

 

            Cet Etat doit se pencher sérieusement sur la codification de la morale en vue de l’incorporer dans les textes législatifs régissant les relations du travail, du commerce et, d’une manière générale, de l’économie. Parallèlement, l’apprentissage des valeurs éthiques commence par les écoles, d’une manière vivante et rationnelle, de sorte à préparer les enfants à s’engager sûrement dans la vie sociale. 

 

Droit comparé

 

Critique constructive du Droit musulman : Le réalisme désigne le comportement des individus et des sociétés. Compris dans ce sens, il correspond aux faits réels que les interrogations de la vie soulèvent. De là, la loi dégagée répond à toutes les orientations imprimées par la réalité objective. Les partisans de la liberté absolue en vue de l’obéissance des lois aux réalités morales ou immorales vécues par les personnes et les collectivités, soucieux qu’ils sont de satisfaire toutes les aspirations tendant vers la libération de l’homme de toutes les contraintes.

 

Le Droit musulman comporte deux formes de réalisme. Le premier, c’est le fiqh réaliste qui se circonscrit à la formulation des règles en fonction des faits événementiels : c’était le procédé en vigueur à l’époque du Prophète (s), celle des Compagnons et les suivants. Le second, c’est le fiqh estimatif : les fuqaha, sur la base de suppositions, dont ils supputent la manifestation, déduisent des règles à la lumière des fondements et des orientations du Coran et de la Sunnah Il prévalut lorsque Abû Hanîfa ouvrit la voie aux hypothèses et aux évaluations des cas de figures.

Les deux concepts du réalisme se fondent sur le vécu qui comporte des aspects positifs et d’autres négatifs. Les uns vont dans le sens du bien de l’individu et de la société, tandis que l’application des autres leur cause des préjudices moraux et matériels. La conception du Droit musulman, en prenant en considération les deux volets de la réalité, autorise les uns et interdit les autres.

 

D’aucuns revêtent le Droit musulman d’un idéalisme influencé par ces deux éléments : la morale et la religion. Ils voient en lui un Droit tantôt à caractère morale et tantôt à caractère religieux. Ils l’incriminent d’inertie, sans aucune réaction évolutive. S’il venait à sortir de sa torpeur, disent-ils, c’est pour se mouvoir dans un cercle étroit. Ils concluent à l’inaptitude de son application, du moment qu’il ne se conforme pas aux temps et ne s’adapte pas au ours des civilisations. A cet effet, ils se réfèrent aux législations de la majeure partie des pays qui se réclament de l’Islâm, lesquelles comportent des lois occidentales, en raison,  prétendent-ils, de l’incapacité de la Loi coranique à répondre aux problèmes de l’heure.

 

D’autres critiquent l’irréalisme du Droit musulman. Ils le situent dans le domaine de l’idéalisme, expression d’idéaux de justice et d’équité que la raison ou la révélation façonne, loin des réalités objectives. Ainsi, disent-ils, il comporte des règles religieuses ou morales révélées à une époque donnée, aujourd’hui complètement déplacée. Dans cette optique, il est, dans leur esprit, identifié au Droit qui influença, pendant une longue période, les enseignements de l’Eglise.

 

Le Droit positif : Avant d’aborder le fond de la question du Droit musulman et de répondre aux accusations tendancieuses, il est utile de faire un bref exposé historique des attitudes adoptées par les juristes dans la formation du Droit positif. A cet effet, et dans ce contexte, rappelons que trois grandes écoles se sont graduellement constituées dans le temps et l’espace. Deux d’entre elles s’opposaient du fait de leur position antagoniste : l’idéalisme et le réalisme. Elles se portaient mutuellement des critiques acerbes jusqu’à ce qu’un groupe d’hommes de loi constitua un e troisième voie dans le comportement se situait à l’intersection des deux premières.

 

1 – L’idéalisme : L’école idéaliste liait la règle juridique aux choix des idéaux conçus par la raison, sans se préoccuper des réalités de la société. Au début, elle désigna le produit de son activité par le Droit naturel. Elle prétendait que les lois ainsi formulées se distinguaient par leur stabilité, leur éternité et leur pratique à tous les temps. Il n’en restait pas moins que des modifications et des transformations s’y incorporaient et s’opéraient et que le Droit se revêtait ainsi de plusieurs formes.

 

Le Droit naturel s’imprègne, devant les vagues successives de changements, d’une coloration religieuse, sous l’égide de l’Eglise. Il s’identifia alors au Droit divin, considéré au-dessus du Droit positif. L’attitude de la hiérarchie ecclésiastique envers la science et les faveurs accordées à la féodalité conduisirent à la séparation entre le pouvoir religieux et le pouvoir civil, d’où cette célèbre formule : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » De pensée philosophique, le Droit naturel s’érigea en une conception religieuse au Moyen-âge. Lorsque l’autorité sacerdotale perdit de sa puissance au profit de l’autorité de l’Etat, il se mua en un instrument législatif durant le XVIIème et le XVIIIème siècle.

 

Au XIXème siècle, le Droit naturel fut attaqué, de la même manière que l’école idéaliste, à cause de son caractère perpétuel. Il connut des hauts et des bas sans que ses idéaux de justice puissent être vraiment applicables. Bien qu’il fit désigné sous le nom de Droit naturel au contenu variable, il n’échappa pas aux critiques, en raison de ses contradictions, car il ne pouvait pas se constituer en Droit stable et éternel, tout en lui reconnaissant une capacité de mutations diverses. En définitif, il lui fut reconnu la qualité de collimateur des idéaux préconisées par les lois positives. L’Etat s’obligeait à en respecter les normes chaque fois qu’il envisageait de formuler une règle juridique. Les mêmes obligations s’appliquaient au législateur et au juge. L’un et l’autre s’y référaient lorsque, pour un conflit donné, ils ne trouvaient pas de solutions dans les règles établies par le Droit positif.

 

2 - Le réalisme : L’école du réalisme se forma à la fin du XVIIème siècle et au début du XIXème siècle. Elle ne croyait pas aux conclusions forgées par la raison, d’une manière abstraite, sans lien avec la réalité concrète. Elle voyait en l’idéalisme une forme d’évaluation conjoncturelle et une anticipation sur le vécu. Aussi, s’évertua-t-elle d’harmoniser la loi à la vie sensible. Autrement dit, la loi reposait sur la réalité. Elle connut deux tendances. D’abord, le courant historique pour lequel le temps façonne les lois. Chaque nation crée son propre Droit dans les mêmes conditions que la formation de sa langue et de ses traditions. Ainsi, le Droit est une expression sociale engendré par les usages. Le travail du législateur ne consiste qu’à enregistrer les changements incessants opérés à travers les âges. Ensuite, le courant de solidarité sociale considérait que la base juridique nécessaire et obligatoire à la protection de la société était celle perçue par la masse des individus qui compose la collectivité. Il rejetait l’idée de conformer l’application  de la loi à un idéal, selon la formule consacrée par les partisans du Droit naturel.

 

Ce courant fut critiqué à cause de sa volonté de soumettre la loi aux expériences en cours. Il ne l’envisageait pas selon le Bien et le Mal mais il le fondait sur le réel, qu’il soit bon ou mauvais. De ce fait, il négligea la nature vraie du Droit et nia sa véritable fonction, tant il est vrai que la vocation de la loi ne consiste pas à légiférer le vécu mais à corriger ses imperfections et à redresser ses mauvaises inclinations. Si le réel et l’expérience entrent en considération, la raison et la réflexion interviennent dans le domaine de leur évaluation et de leur représentation.

 

3 – La voie intermédiaire : Les deux écoles antagonistes, réalisme et idéalisme, attachèrent leur théorie, chacune d’elles à un seul aspect. La première ne s’occupa que du côté spirituel de l’homme. Elle échoua en faisant du Droit une simple activité de la raison, sans la concorder avec les réalités de la vie sociale. Le second privilégia l’option matérielle de l’homme. Elle manqua son but dès lors qu’elle éleva le Droit au seul rang de la science expérimentale, sans accorder à la raison et à la réflexion la faculté de discerner entre le bon et le mauvais.

 

La direction excessive suivie d’un côté comme de l’autre par ces deux écoles amena des juristes à tracer une voie intermédiaire. Ces hommes de l’homme bâtirent leur pensée sur l’homme formée de deux éléments : la matière et l’esprit. Le Droit devenait une sorte de mixture entre la réalité de la vie sociale enregistrée par le témoignage et l’expérience, et l’idéal que la raison transforme en faits sensibles. L’orientation de la majorité des juristes, en matière du Droit positif, se rangea à cette association d’idées des deux écoles : le réalisme et l’idéalisme. Le Droit n’était plus une activité purement scientifique à la manière de la seconde, ni le résultat d’un travail spécifiquement rationnel selon la méthode adoptée par la première. Autrement dit, la raison prend en considération la réalité, tout en l’éloignant des passions et des convoitises vers lesquelles s’incline le comportement de l’être humain.

 

Ce rapide rappel historique du réalisme et de l’idéalisme nous conduit à résumer les résultats obtenus en trois points :

 

a)– Les lois positives, dans leurs diverses formes, se caractérisèrent à travers les siècles, par leur instabilité à cause de l’inexistence d’une source fixe et immuable d’où elles auraient pu nourrir leur contenu. Leur élaboration finale découle d’une lutte longue et pénible, emportée par l’excès d’imagination. Elle se laissa déborder par un réalisme débridée, sans compartimenter le Bien et le Mal. Ensuite, elle concilia les deux pensées dans un même moule pour en extraire un Droit intermédiaire.

 

b)- L’idéalisme représenté par le Droit naturel, se teinta de religion au cours de ses étapes lorsque l’Eglise l’adopta au Moyen-âge et s’y engagea à le conformer à ses enseignements religieux. Ceci est attesté par les hommes de loi qui, après que le Droit naturel passa des mains des philosophes et des gens de l’Eglise aux leurs, le distinguèrent du Droit positif. Selon leur point de vue, le premier comprenait un ensemble de principes antérieurs à l’existence humaine et émanait de Dieu. C’est donc un acquis divin. Le second contenait un recueil de textes formulés par l’homme, motivé par les exigences sociales. C’est donc une œuvre humaine.

 

C’est probablement cette différenciation entre les deux pensées du Droit qui incita les hommes de loi contemporains à présenter le Droit musulman comme un « Droit idéaliste ». Il est, à leurs yeux, l’expression d’un ensemble de règles révélées à une époque donnée et en un lieu déterminé du globe. Les deux éléments, qui le formulent, religion et morale, constituent, prétendent-ils, un idéalisme sans lien avec la réalité et inapte à l’application.

 

c)- Le stade final atteint par les juristes, après de longs efforts intellectuels, allie la réalité  - estimées à sa juste valeur – aux normes de l’équité. Sa formulation en valeurs juridiques n’expose pourtant aucune nouveauté puisqu’il est aisé d’en vérifier les principes dans la Législation divine, veille de plus de quinze siècles.

 

L’Islam a établi ces principes à l’aube de la révélation. Les fuqaha les ont pris pour modèles. Ainsi, la Loi de Dieu n’est pas idéaliste dans le sens que lui donnent les partisans de l’idéalisme. Elle n’est pas non plus réaliste selon la conception que lui impriment les adeptes du réalisme. Elle a été et demeure encore, à la fois réaliste et rationnelle. L’application de ses textes ne se gèle pas indéfiniment Bien au contraire, elle s’adapte et s’évalue sur la base de la Justice divine sur laquelle les desseins des hommes et leurs inclinations ne produisent aucun effet. Il en ressort que les accusations portées contre l’Islâm sont partisanes dès lors qu’elles ne se fondent pas sur une étude objective de son contenu et de ses orientations.

 

L’objet du réalisme islamique : Le réalisme du Droit musulman obéit au vécu mais pas quel qu’ne soit le contexte. Il ne s’érige pas non plus en cet idéalisme qui se confond avec l’utopisme vraiment inaccessible à la raison. Le Coran, en maints versets, dénonce clairement et catégoriquement ces individus qui, au nom de la liberté absolue, s’aliènent au réalisme qu’elles qu’en soient ses conséquences, autrement dit, à cette conduite qui ne dompte pas les passions. Dieu ordonne à Son Messager (s) de gouverner conformément à Sa révélation. Dans deux versets successifs, le Coran revient sur le sujet de ces gens qui s’éloignent de la réalité.

 

« A toi, Il a révélé le Livre contenant la vérité pour confirmer l’Ecriture antérieure et la préserver de toute altération. Juge entre eux d’après ce que Dieu a révélé et ne les suit pas dans leurs passions qui les écartent de la vérité que tu as reçue. A chacun de vous, Nous avons donné une loi et une voie. Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté. S’Il ne l’avait pas fait, c’est pour vous mettre à l’épreuve  eu égard à ce qu’Il vous a donné. Rivalisez en vitesse vers les bonnes actions. Vous retournerez tous à Dieu. Il vous informera sur ce qui vous divise. » (5, 48)

« Et juge d’après ce qu’Il t’a révélé. Ne les suit dans leurs passions. Méfie-toi d’eux pour  éviter qu’ils ne te détournent par tentation d’une partie de ce que t’a révélé. Sache que s’ils te tournent le dos, c’est que Dieu veuille leur infliger la sanction de quelques-uns de leurs péchés et que beaucoup d’hommes sont pervers. » (5, 40)

1 – Lutte permanente contre les passions : Le Coran menace ceux qui ne maîtrisent leurs mauvaises inclinations, car si la teneur de Sa législation s’abandonnait aux multiples caprices des hommes et des femmes, n la terre s’embourberait dans l’immoralité qu’aucun remède ne pourra plus traitée. Ce n’est donc pas sans raison que la Parole divine énonce des conditions de vie en mesure d’assurer le bien-être des humains. Dans quatre versets de sourates différentes, Il réitère les mêmes propos pour aboutir à des conclusions aux diverses formes mis à la même finalité.

« Certes, si tu les suivais dans leurs passions, après ce que tu as reçu comme science, tu ne trouverais, pour te protéger contre Dieu, ni mandataire ni soutien. » (al-Baqara, 120) – «Tu serais assurément au nombre des in justes si, malgré la science que tu as reçue, tu les suivais dans leurs passions. » (al-Baqara, 145) – « Certes, si tu les suivais dans leurs passions, après avoir reçu une partie de la science, tu n’aurais ni maître ni préservateur pour te protéger contre Dieu. » (ar-Ra’d) – « Si la vérité était conforme à leurs passions, les cieux et la terre et ceux qui y sont, seraient, certes, corrompus. » (al-Mu’minûn, 71)         

 

Il est certain que si les hommes détenaient la liberté absolue et n’obéissaient qu’à leurs instincts, à leurs affectivités, à leurs désirs et à leurs plaisirs, la terre se transformera en une jungle où le plus fort dévorera le plus faible. Il n’est qu’à voir les puissants Etats de notre époque. Leur attitude l’atteste, eux qui, parce qu’ils transgressent toutes les lois ne répondant pas à leur stratégie hégémonique, sèment l’injustice  et l’inégalité. Ils répondent la misère, la terreur et le sang de ceux qui ne se rangent pas à l’ordre international adapté aux fantasmes de leur politique.

 

Le Coran annonce un supplice douloureux à eux qui, se détachant de la lucidité de la raison, cèdent à leur passion le droit de légiférer et, partant, décident du licite et de l’illicite. « Dis : avez-vous vu les dons que Dieu vous a accordés ? Vous tenez les uns pour licites et les autres pour illicites. Dieu vous l’a-t-Il permis ? Sont-ce des mensonges que vous attribuez à Dieu ? Qu’imaginent ceux qui usent d’imposteurs contre Dieu, au Jour de la résurrection ? Pourtant, Dieu est plein de grâce à l’endroit des hommes, mais ceux-ci sont  ingrats pour la plupart. » (Yûnus, 59 et 60)    

La Loi de Dieu ne date pas du jour où le Prophète (s) diffusa le Message. Le refus du réalisme perverti par le mal et l’injustice est antérieur. Une mise en garde fut adressée au prophète David qui assumait une fonction politique et judiciaire. Le Seigneur le rappela à l’ordre, le sommant de ne point trancher en faveur de ses préférences. Il l’avertit qu’un châtiment attend ceux qui ne se libèrent pas de la concupiscence, la convoitise, la cupidité et l’envie. «Ô David ! Nous avons fait de toi un vicaire sur terre. Sois un juge impartial parmi les hommes et ne suis pas leur passion, car elle te perdrait hors du chemin de Dieu. En vérité, ceux qui s’égarent loin du chemin de Dieu, auront un dur supplice pour leur oubli du jour des comptes.» (Sâd, 26)   

Des exemples de cette nature se multiplient dans le Coran. Ils montrent que la législation islamique ne se soumet pas à la volonté incontrôlable des passions et aux désirs irraisonnés des insensés. Son idéalisme ne va pas à contre-courant des lumières contenues dans les aspirations humaines, mais au même moment, il met en évidence l’obscurantisme des maux qu’elles recèlent et s’évertue à les annihiler. C’est d’ailleurs là son objet. «Alîf. Lâm. Mîm. Voici un Livre que Nous te communiquons pour que tu  fasses sortir, avec la permission de leur Seigneur, les gens des ténèbres vers la lumière, vers la voie de Dieu Tout-Puissant et Digne de louange, la voie de Dieu à qui appartient ce qui est dans les cieux et sur la terre. Et malheur aux impies ! Ils subiront un supplice atroce. »  (Ibrâhîm, 1 et 2)

 

2 – Nature humaine et réalisme : Dieu créa l’homme. Il connaît parfaitement ses qualités et ses défauts, ses qualifications et ses incapacités. Il nous enseigne que le bien et le mal, l’agréable et le désagréable, le vrai et le faux ne s’enracinent pas dans les dispositions innées de l’être humain. Ce sont des causes additionnelles qui ne se greffent pas dans sa nature originelle. Ces phénomènes auxiliaires ne se présentent pas de la même manière car leur caractère change selon les circonstances et les personnes. Ils peuvent être utiles à certains individus au moment où d’autres les repoussent. Ils s’annoncent avantageux à une société tandis qu’une autre n’y verrait que des inconvénients.

 

D’ailleurs, il est aisé de constater dans notre vécu que, pour un même dessein, les opinions divergent. Ainsi, les bombes lancées sur un peuple causent à ce dernier de grosses pertes matérielles et humaines, tandis que les auteurs de la tuerie manifestent leur satisfaction du moment que leur volonté de destruction se conforme à leurs objectifs réels et occultes. C’est dire que la Loi de Dieu ne tient pas en considération la totalité de la réalité de l’homme ou de la nation, sans observer les penchants d’où elle extirpe les visions malsaines. Elle se charge de situer l’utilité absolue au-dessus des tendances qui consistent à évaluer le vécu des gens au moyen des normes de l’équité et loin des vues égocentriques des uns et des autres.

 

La réalité témoigne que les préoccupations humaines établissent leurs propres critères pour définir le bien. D’aucuns s’obstinent à l’identifier avec leurs coutumes si mauvaises soient-elles. Aujourd’hui, comme le fait remarquer Gustave Le Bon, ce qui guide les gens, surtout lorsqu’ils se forment en groupes sociaux, ce sont leurs traditions qui, bien que dépassées par les événements, ne les changent pas d’un iota. Elles ne font, en réalité que revêtir d’autres formes et d’autres noms.

 

Or, l’Islâm établit, dès le départ, des critères précis et immuables, de sorte à définir le bien, combien même il ne satisfait pas apparemment la société sur laquelle il s’applique. D’ailleurs, il authentifia l’utile et élimina le corrompu. Si son réalisme n’avait consisté qu’à instituer des lois sur la base de tous les faits, il aurait alors admis le comportement de la société jâhilienne. En effet, sur de nombreuses questions, les Qurayshites avaient déformé la religion d’Abraham et inventé des usages en harmonie avec leurs passions. Le Prophète (s) sous la conduite de Dieu, garda ce qui restait pur et ordonna de s’y conformer. Il écarta le mauvais qui s’était additionné au cours des siècles et il en a interdit la pratique. C’est ainsi  que le Coran contient des textes restrictifs et prohibitifs car « Dieu ordonne l’équité, la bienfaisance, la libéralité envers les proches parents et interdit la turpitude, tout ce qui soulève la réprobation et l’insolence. » (an-Nahl)

 

Ainsi, tandis que certains dénient à la Législation coranique tout lien avec la réalité, d’autres la confondent avec l’idéalisme. Il est certains que si l’Islâm se cantonnait aux valeurs morales et religieuses, il ne serait plus qu’une religion spirituelle destinée à éduquer et parfaire les esprits. C’est alors que son idéalisme s’éloignerait du monde matériel. Le camper dans ces deux domaines revient à évacuer l’ordre social prescrit par le Coran. L’Islâm, quant à son fond, est bien l’expression de commandements révélés dans le but de former la pensée de l’homme en la situant dans l’organisation multiple de la société. Il reste que la réalisation de son projet terrestre dépend des intentions de ceux qui se chargent de le mettre en œuvre.




Science et foi (Première partie)

07 05 2009

 

Un ancien bédouin, vivant dans les confins du désert, a énoncé cette parole, exacte et certaine : « La crotte indique le passage d’un chameau, et la trace de pas révèle la marche (d’une personne). Quant au ciel aux constellations et la terre aux défilés étroits ne se réfèrent-ils pas à la manifestation du Compatissant, le Bien Informé ? » Ce point de vue aussi intuitif qu’évident atteste qu’il faut un organisateur à toute organisation et que les phénomènes de l’univers, caractérisé par la précision, la cohésion et l’harmonie de ses composantes, renvoient à la Présence d’un Régisseur Sage, Connaisseur, Capable de gérer les affaires de toutes les créations qui se dressent devant l’homme afin de lui annoncer l’existence de Dieu, le Glorieux, le Très-Haut. Le discours de ce bédouin procède de la logique de la foi originelle qui n’a pas besoin d’être longuement analysée pour mettre en évidence la vérité qui s’y  contient. Pourtant, il est étonnant que ce raisonnement simple mais éloquent ne se soit pas imposé totalement à la vision scientifique contemporaine.

 

Cependant, le combat, engagé par la raison humaine à travers sa longue histoire, et ses luttes, menées face aux mystères de l’univers, ont été couronnées par la victoire de l’intelligence de l’homme, armée de ses instruments méthodologiques, lesquels se résument dans le dialogue fructueux entre elle et l’expérience.  C’est ainsi que la plupart des savants de notre époque ont adopté la même attitude que cet ancien bédouin. Les lois physiques, les études astronomiques et les recherches de la science cosmique attestent aujourd’hui que nous vivons vraiment et effectivement dans un univers organisé et structuré.

 

            Le Coran est le Message de Dieu révélé à la meilleure de Ses créatures, le Sceau des envoyés. Le Très-Haut ordonne donc à Son dernier Prophète de communiquer ce Message à Ses serviteurs afin qu’ils en connaissent le contenu et qu’ils  y conforment leur vie. C’est là le moyen de leur bonheur en ce bas monde et dans la vie dernière. Du moment que le Coran est un Livre de guidance destiné à toute l’humanité, il avait donc besoin d’être explicité. Cela a été la fonction de l’Envoyé de Dieu (s) qui, effectivement, clarifiait chaque fois qu’il le fallait, les versets révélés. Le Créateur dit à Son Messager (s) :

 

« Et à toi Nous envoyons ce Coran afin que tu expliques clairement aux hommes ce qui leur a été révélé. Peut-être seront-ils amenés à réfléchir. » - « Nous ne t’avons révélé ce Coran qu’afin que tu éclaires les hommes sur le motif de leurs différends, et pour qu’il soit aussi un guide et une miséricorde pour ceux qui ont la foi. » [1]

            L’Envoyé de Dieu (s) a expliqué Le Livre par ses paroles, ses actes, ses décisions,  ses silences, ses guidances et son comportement irréprochable. C’est pourquoi, Il a dit : « Certes, j’ai apporté le Coran et, avec lui, quelque chose de similaire », à savoir sa sunnah. L’imâm ash-Shâfi’i a dit : « Il (l’Envoyé de Dieu) est l’explication même du Coran et tout ce que les ‘ulama ont mentionné, constituent l’explication de la Sunnah. » ‘Abd ar-Rahmân as-Salmâ a dit : « Ceux qui ont appris intégralement le Coran, tels que ‘Uthmân ibn ‘Affân, ‘Abd Allah ibn Mas’ûd etc. nous ont dit : « Quand ils apprenaient dix versets du Prophète (s), ils ne passaient à l’apprentissage d’autres versets qu’après avoir appris ce qu’ils contenaient en matière théorique (ou scientifique) et pratique. »  Quant aux intéressés, ils ont dit : « Nous avons appris le Coran, la science et l’action. »

 

            Le Coran n’a pas été révélé pour nous dévoiler les mystères de l’Univers. Dieu n’en lève certains voiles que pour nous permettre de mieux comprendre les données du Livre saint en relation avec les secrets de l’existence. Ainsi, en fonction de l’évolution du temps et chaque fois que l’homme découvre de nouveaux phénomènes aussi bien cosmiques qu’en lui-même, le miracle coranique lui apparaît dans toute sa dimension. Ces faits miraculeux se manifestent à travers l’allusion d’un verset ou d’un ensemble de versets. Bien que le texte soit allusif, il n’en reste pas moins qu’il attire notre attention sur sa correspondance qui existe avec de récents faits psychologiques, observés chez les humains ou à la suite de découvertes scientifiques. Ce n’est pas non plus une raison de faire correspondre nécessairement le Livre de Dieu à toute nouvelle découverte ou invention scientifique.

 

            Le Coran interpelle des dons cachés dans l’âme, dons que nous ne connaissons pas mais connus de Dieu car Il est le Créateur de l’homme et Il connaît bien Sa créature humaine. Ces dons s’émotionnent lorsqu’ils entendent le Coran. Elles attendrissent les cœurs dans lesquels la foi pénètre. D’ailleurs, l’attention des mécréants de l’époque de la révélation a été attirée par l’influence du Coran sur l’âme humaine, influence inexplicable qui traînait l’âme dans la voie de la foi et introduisait la miséricorde dans les cœurs. C’est pourquoi, les notables qurayshites usaient de tous les moyens pour empêcher les gens d’écouter la récitation du Coran, Parole du Très-Haut, et agressaient ceux qui en lisaient les versets aussi attachants et irrésistibles les uns que les autres. C’est dire qu’ils craignaient que l’âme des mécréants soit captivée par la Parole divine et attirée par la foi en Dieu. « Les négateurs disent : N’écoutez pas ce Coran, mais faites du chahut quand il est récité ! Peut-être en triompherez-vous ainsi ! »[2]

 

La conversion de ‘Umar Ibn al-Khattâb illustre cette attirance vers la religion, attirance provoquée par l’écoute des versets du Coran. Il avait certainement entendu le Coran auparavant, sans pourtant ne subir aucune influence. Cependant, quand il apprit que sa sœur Fâtima et son mari, Sa’îd ibn Zayd, avaient embrassé l’Islâm, il se précipita chez eux avec la ferme intention de les assaillir violemment. Arrivé sur les lieux, il fonça sur l’époux mais l’épouse s’interposa pour le protéger. ‘Umar la frappa et fit couler du sang sur le visage de sa sœur. A la vue de ce sang, le cœur de ‘Umar s’attendrit. Le sentiment de miséricorde, plutôt que celui de la nuisance, gagna son cœur. La haine se libéra de son organe. Aussitôt, il demanda à sa sœur de lui remettre le feuillet du Coran qu’elle et son mari lisaient avant son arrivée à la maison. Quand il lut, avec émotion, les premiers versets de la sourate Tâ.Hâ[3], il dit : « Que ces paroles sont belles et combien sont-elles vénérables ! » Ensuite, il courut vers l’Envoyé de Dieu (s) pour lui annoncer son adhésion à l’Islâm.

 

Ainsi, lorsque l’entêtement et l’obstination, sources d’aveuglement et d’égarement, se dégagent du cœur, ils entraînent la mécréance sur leur sillage. Et quand l’homme écoute, avec sérénité et calme, le Coran, la foi pénètre aussitôt dans son cœur. C’est dire que pour que la foi soit acceptée, il convient tout d’abord que le cœur se libère de la mécréance. C’est ainsi que nous constatons que le Coran exerce une influence particulière sur l’âme humaine. En effet, les mécréants reconnaissaient qu’il s’y contenait douceur, charme et élégance, que sa Parole véhiculaire se plaçait au-dessus de tout sans laisser quoi que ce soit au-dessus d’elle. Tel a été le premier miracle car le Coran est la Parole de Dieu, le Béni, le Très-Haut.

 

Les Compagnons et les croyants, contemporains de l’Envoyé de Dieu (s), recevaient les données du Coran au fur et à mesure de leur descente. Ils les comprenaient selon les capacités de leurs raisons à saisir les secrets de l’univers et ceux du Livre saint. Aucun Compagnon n’avait interrogé le Prophète (s) sur le sens des versets relatifs à l’univers ou sur leur signification linguistique.

 

Par exemple, aucun ne s’était interrogé sur l’acception de ces lettres énigmatiques « Alif. Lâm. Mîm », ou « ‘A.Sîn.Qaf » ou encore « Ha.Mîm ». Pourtant, l’Envoyé de Dieu (s) accueillait beaucoup de ceux qui croyaient au Livre de Dieu  et beaucoup aussi de ceux qui ne croyaient pas à ce que Dieu faisait descendre. Ces mécréants ne demandaient pas mieux de mettre en difficulté le Messager de Dieu (s) sujet de la conception du Coran. Aucun d’entre eux, bien que tous étaient des experts en rhétorique et connus pour leur éloquence, n’intervient pour demander des éclaircissements sur ces lettres incompréhensibles qui ouvraient certaines sourates et se lisaient isolément l’une de l’autre.

 

L’existence de ces lettres de l’alphabet au début de certaines sourates aurait dû être, pour les mécréants, l’occasion de débattre, par exemple, de la valeur linguistique du Coran. Ils n’avaient pas, toutefois, soulevé des objections à ce sujet. Il ne fait aucun doute que l’absence de discussions et de critiques négatives à propos de ces « ouvertures » des sourates est une preuve que les mécréants en étaient, sans y croire, impressionnés. Ils n’avaient trouvé aucun argument à opposer au Coran et n’avaient éprouvé aucun élément théorique ou pratique à même de mettre absolument en doute son contenu. En effet, s’ils y avaient trouvé matière à controverse, ils n’auraient pas manqué de le proclamer publiquement d’user de tous les moyens à leurs dispositions pour servir leur but et réussir dans leur entreprise.

 

Pour sa part, l’Envoyé de Dieu (s) a expliqué et clarifié tout ce qui se rattachait à la foi, laissant aux générations futures, avec l’évolution du temps, le soin de découvrir les secrets des versets coraniques. Ainsi, les données du Livre de Dieu étaient appelées à livrer quelques uns de leurs mystères au fur et à mesure des mutations sociologiques et des capacités de la raison de chaque époque à saisir les nouvelles dimensions scientifiques du moment. C’est dire que la signification du Livre saint n’est pas figée, contrairement aux autres Ecritures scripturales. C’est que les Messages précédents l’Islâm étaient limités dans le temps et dans l’espace. Ce n’était pas le cas du Coran, appelé à être opérationnel et à exercer son influence jusqu’au Jour de la résurrection. C’est pourquoi, de nouveaux miracles s’afficheront devant toutes les générations, en eux-mêmes ou dans le cosmos,  de sorte que le dernier Message demeurera un miracle pour chaque siècle et ce jusqu’à la fin des temps.

Le Coran était descendu et avait mis, dans le domaine littéraire et de la rhétorique, les Arabes au défi. Cependant, étant la religion de tous les hommes de la terre, et que Dieu est le Seigneur de tous les hommes, Créateur des cieux et de la terre, son défi s’adressait à toutes les créatures humaines jusqu’à la fin des temps. Déjà, au moment de la révélation, lorsqu’un conflit opposa les deux grandes puissances de l’époque, les Byzantins aux Perses et que les premiers furent défaits par les seconds, le Coran descendit avec cette Parole : « Alîf. Lâm. Mîm.*  Les Byzantins ont été vaincus, *  dans la contrée voisine, et après leur défaite, ils seront les vainqueurs, * dans quelques années. La décision finale appartient, aussi bien avant qu’après, appartient à Dieu, et ce jour-là les croyants se réjouiront * du secours de Dieu, qui accorde la victoire à qui Il veut, car Il est le Tout-Puissant, le Tout-Compatissant. »[4][5]

Si ce Coran avait été l’œuvre de l’Envoyé de Dieu (s), celui-ci ne se serait jamais hasardé à lancer une telle prédication. Il ne pouvait point émettre une opinion aussi téméraire, au niveau de la pensée humaine, dans un Livre dont la lecture était destinée à se perpétuer dans le temps et dans l’espace. C’est dire qu’il ne se serait jamais permis d’annoncer une victoire d’un des deux belligérants à la suite d’une bataille qui n’aurait eu lieu que des années plus tard. Qu’en serait-il arrivé à la religion si la prédication ne s’était pas réalisée ou encore si la revanche n’avait pas eu lieu ? Cela aurait été un  échec total et complet. Mais, ce n’était pas le cas car c’était Dieu qui parlait et c’était Lui l’Agent qui agissait. Ainsi, cette annonce d’une victoire lointaine, qui s’était par la suite réalisée, constituait bien, sans contexte, un fait miraculeux, qui ne concernait pas seulement les Arabes mais d’autres peuples voisins et ayant vécu pendant la période de la révélation.

 

Le Livre de Dieu montrera son caractère miraculeux à chaque génération selon le domaine où elle excellera. Ainsi, en considérant les découvertes scientifiques des derniers siècles, découvertes tenues aujourd’hui pour des réalités indiscutables, nous constatons que le Coran y a déjà fait allusion d’une manière stupéfiante et que les termes employés, il y a plus de quinze siècles, ne heurtent pas la terminologie scientifique actuelle. Prenons cet exemple parmi tant d’autres aussi significatif l’un que l’autre : « et la terre, comment Nous l’avons étendue, comment Nous y avons implanté des montagnes et comment Nous y avons fait croître toutes sortes de couples de plantes. »

 

Lorsque ce verset était descendu, cette expression « Nous l’avons (la terre) étendue » ne présentait aucun problème à la raison des contemporains de la révélation. En effet, les hommes voyaient bien que la terre était plane, donc étendue. Avec le progrès scientifique, les gens ont appris que la terre était ronde. Ceux qui ont traversé l’espace ont vu du haut de leur engin que la terre présentait une forme sphérique. D’aucuns ont déduit qu’il existe donc une contradiction entre le Coran et la science. C’est une affirmation gratuite, produite à la suite d’une lecture rapide et irréfléchie. En effet, Dieu n’a pas indiqué quel est cet endroit de la terre qui était plane et étendue. Il a parlé de la terre d’une manière générale.

 

N’est-ce pas que, quel que soit l’endroit où nous nous trouvons sur la surface de la terre, nous voyons que celle-ci se déroule et s’étend devant nos yeux ? Que nous soyons au pôle nord ou au pôle sud, à l’est ou à l’ouest, au centre ou à l’équateur, notre regard est projeté chaque fois sur une surface plane. Que nous nous déplacions d’un point géographique à un autre, nous continuerons à marcher sur tendre étendue devant nous. Cependant, nous sommes contraints d’admettre qu’il n’y a jamais une fin. Il y aurait eu une extrémité si  la terre était triangulaire ou carré, par exemple.

 

Du moment que le sol, que nous foulons de nos pieds, demeure constamment étendu, quel que soir le lieu atteint dans nos déplacements et quel que soit nos moyens de locomotion, cela prouve que la terre ne peut être que ronde. Il s’ensuit que la science ancienne et moderne n’a pas, jusqu’à ce jour, pris en défait la terminologie coranique. C’est dire que les versets du Coran s’accordent harmonieusement avec la réalité scientifique d’une manière qui ne surprendrait que les incrédules. Il faut admettre que Seul Dieu, Tout puisant et Omniscient et non pas un humain, est Capable d’un si extraordinaire prodige.

 

Le Prophète (s) n’a pas expliqué tous les aspects apparents et ésotériques et toutes les composantes cosmiques du Coran. S’il l’avait fait, aucun humain n’aurait pu donner une meilleure clarification que la sienne. Les données du Livre saint auraient été gelées. Aussi, l’Envoyé de Dieu (s) a-t-il donné l’occasion aux futurs commentateurs et chercheurs le soin de renouveler l’explication des versets en fonction de l’évolution du temps. Cet aspect du problème est également une autre des manifestations miraculeuses du dernier Message divin. Quand nous entendons le mot « Qurân », nous comprenons que c’est quelque chose qui se lit puisque le terme dérive du verbe « qara.a » qui signifie « lire ».

 

Qui dit « lire », entend apprendre pour être récité par cœur. Une fois que le Coran est descendu, « Qurân » est devenu un nom qui désigne une Parole révélée par Dieu à Son Envoyé avec l’idée de lancer un défi aux mortels. En outre, le Très-Haut a appelé le « Coran » Livre, à savoir « kitâb », du verbe « kataba » qui veut dire écrire ». Donc, en plus d’être lu, il est nécessaire d’écrire le Coran. Il s’ensuit que le saint Coran est un moyen efficient de lecture qui doit être gardé dans les mémoires et un moyen aussi efficace d’être écrit sur les lignes ; il est alors possible de le lire à tous les moments.

Lorsque l’entreprise de composer le Coran, pour en faire un maçhaf a commencé, les versets n’étaient repris et reproduits que s’ils étaient écrits sur des peaux ou sur des troncs de palmiers ou encore sur n’importe quel autre moyen d’écriture en usage lors de la révélation. En outre, il fallait, pour être accepté, qu’il y ait au moins deux Compagnons qui connaissaient par cœur le verset considéré. Toutefois, il y a eu une exception au sujet de celui-ci : « Il est parmi les croyants des hommes qui ont tenu loyalement leur engagement vis-à-vis de Dieu. Certains d’entre eux ont déjà accompli leur destin ; d’autres attendent leur tour. Mais ils n’ont rien changé à leur comportement. » (S.33, 23). Ce verset n’était écrit nulle part et une seule personne, Khazîma ibn Thâbit, l’avait retenu. Une discussion s’engagea pour décider s’il fallait l’agréer ou le rejeter. Zayd ibn Thâbit rappela que l’Envoyé de Dieu (s) avait dit que le témoignage de cette femme valait celui de deux hommes.

 

Rappelons le pourquoi de ce privilège : Un malentendu avait opposé l’Envoyé de Dieu (s) et un Bédouin au sujet de l’achat d’un cheval. Le premier assura que cette bête avait été déjà achetée par lui tandis que le second contestait cet achat, disposé alors à le vendre à un autre acheteur. Le Bédouin demanda au Prophète (s) s’il avait un témoin. Ce fut alors que Khazîma ibn Thâbit intervint et témoigna en faveur de Messager de Dieu alors qu’elle n’avait pas du tout assisté à la transaction. Devant l’étonnement du Sceau des envoyés (s), cette femme déclara : « Ô Envoyé de Dieu ! Comment peut-on tenir pour vraie toute information que tu nous apportes du Ciel et que nous te traitons de menteur pour cette affaire ? »  Ce fut à partir de cet événement que l’Envoyé de Dieu (s) avait déclaré : « Le témoignage de Khazîma vaut celui de deux hommes. ».

 

Le Coran est la Parole de Dieu, descendue sur Muhammad (s) pour qu’en lançant un défi aux hommes et en revêtant un  caractère miraculeux, il puisse, en même temps, montrer à l’humanité entière le vrai chemin du Très-Haut. La voie indiquée par le Coran correspond à celle qui a été tracée par les Ecritures précédentes, à cette différence qu’il les corrigea et rectifia leurs déviations. En outre, les Livres antérieurs définissaient seulement la voie à suivre, tandis que le Coran y ajouta une propriété particulière et spécifique : il est un miracle.

 

Ainsi, la Torah était la voie conçue pour Moïse dont le bâton fut l’élément miraculeux de sa mission. L’Evangile était la voie inspirée à Jésus, fils de Marie, dont la guérison, avec la permission de Dieu, de l’aveugle et du paralytique, représentait le facteur prodigieux de sa fonction prophétique. Par rapport aux envoyés précédents, le miracle en question se distinguait donc nettement de la voie proposée. Le miracle était une chose et la voie en était une autre différente. Il n’en a pas été ainsi du Coran : il était et est à la fois une voie et un  miracle. C’est parce que les premières voies révélées par Dieu à Ses messagers étaient appelées à se transformer, voire à être complétées ou remplacées, tandis que le Coran devait se perpétuer dans le temps et l’espace : il allait être éternel.

 

Il s’ensuit que le Coran a été révélé pour perdurer jusqu’au Jour de la résurrection. C’est pourquoi, il était indispensable que sa voie soit soutenue par un miracle afin qu’aucun des partisans ou des adversaires ne disent que Muhammad est l’Envoyé de Dieu (s), d’une part, et que le Coran est un miracle, d’autre part. Les miracles des prophètes précédents se sont réalisés et ensuite ont disparu : il n’y a aucune preuve tangible ou visuelle de leur existence. Il était normal qu’ils ne laissent plus de trace puisque c’était des phénomènes sensibles et perceptibles. Celui qui les avait vus était amené à y croire. Quant à celui qui n’en a pas été un témoin oculaire, il pouvait en douter. De toute façon, ni le miracle de Moïse, ni celui de Jésus, fils de Marie, ne peuvent se manifester de nouveau. Les juifs d’aujourd’hui ne peuvent pas exposer, en public, le bâton de Moïse qui fendit la mer. De leur côté, les chrétiens de notre ère ne peuvent pas montrer du doigt le paralytique ou l’aveugle guéris par le Messie.

Or, le Coran est un miracle permanent. Il contient des données dont le sens s’éclaircit au fil du temps avec les découvertes scientifiques que l’homme réalise aussi bien dans le corps humain que dans la nature et l’espace. C’est dire que Dieu a inscrit dans Son Livre, d’une part, des Signes cosmiques et, d’autre part, des secrets dans la constitution physique de l’homme de sorte que celui-ci les découvrira graduellement avec l’avancement du progrès scientifiques et, partant, attestera de l’authenticité de la révélation, à savoir que celle-ci émane, sans conteste, du Seigneur des humains et des univers. C’est pourquoi, Dieu, le Très-Haut nous avertit dans ce verset prémonitoire et annonciateur de nouveautés dans notre monde d’ici-bas et d’originalités en nous-mêmes : « Nous continuerons à leur montrer Nos signes aussi bien dans l’Univers qu’en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’ils reconnaissent que ce Coran est bien la Vérité. Ne suffit-il donc pas que ton Seigneur soit Témoin de toute chose ? »

La nature du miracle coranique se manifeste selon le contexte de l’époque. Il a défié les Arabes sur ce en quoi ils excellaient, c’est-à-dire leur talent littéraire. Ce fut pourquoi, Dieu les mit au défi de composer un écrit similaire ne serait-ce qu’à une seule sourate du Coran. Pour les autres, le défi porte sur les Signes de l’univers et ceux de la création. Ainsi, nous relevons, à titre d’exemple, cette Parole concernant les hôtes du Feu : «En vérité, ceux qui auront renié Nos signes, Nous les précipiterons dans l’Enfer et chaque fois que leur peau aura été consumée, Nous leur en donnerons une autre en échange, afin qu’ils savourent toute l’horreur de leur supplice, car Dieu est Puissant et Sage.» [6]

          

Lorsque ce verset a été révélé, il a été compris, à cette époque, que la peau se renouvelait après avoir été brûlée. Quand la science moderne a atteint l’étude des centres nerveux existant directement sous la peau, les hommes ont compris que la sensation de la souffrance se perdait lorsque la peau subissait de profondes brûlures. C’est de cette manière que le miracle coranique se répète au fil des siècles et apporte la preuve que le Coran est la Parole divine. Un autre fait miraculeux porte sur le choix de l’Envoyé de Dieu (s) et sa préparation à assumer sa mission. Dieu l’a choisi illettré, ne sachant ni lire ni écrire. Puis, Il l’a soutenu par des miracles qui parlaient tous de l’authenticité de sa mission prophétique. Cela va de soi puisque l’Envoyé de Dieu (s) n’était connu comme qui excellait en matière de poésie ou en prose. Il se trouvait que sa rhétorique était aussi manifeste qu’éclatante sans qu’il ait un don particulier et exceptionnel dans l’une ou l’autre branche littéraire.

 

            Or, la mission du Sceau des envoyés (s) était venue lancer un défi à un peuple renommé pour ses dons linguistiques et de rhétorique. Ces gens, experts en la matière, étaient qualifiés pour apprécier et juger l’éloquence des hommes. Donc, si le Prophète (s) était renommé pour ses aptitudes poétiques et oratoires, ses ennemis auraient vite conclu que le Coran est une œuvre littérale géniale produite grâce aux dons innés chez l’Envoyé de Dieu (s) depuis sa tendre enfance. En générale, les aptitudes spécifiques et exceptionnelles apparaissent avant la vingtième année ou la trentaine si elles sont marquées par quelque retard. Ce qui est certain, c’est qu’elles ne se manifestent pas spontanément chez un homme ayant atteint la quarantaine. Le génie ne demeure pas caché pendant une longue période et puis il éclate subitement, inopinément au terme de quarante années d’existence.

 

Or, avant la mission prophétique, aucun contemporain de Muhammad (s) ne pouvait prétendre que ce dernier était, depuis son jeune âge, célèbre par ses sermons aussi éloquents que pénétrants, réputé par sa perspicacité et par ses poésies riches en rimes. D’où tenait-il donc cette parole miraculeuse qu’il communiquait, à l’âge de quarante anas, aux gens et avec laquelle il défiait les humains et les djinns ?

 

Certaines personnes ont prétendu que l’Envoyé de Dieu (s) possédait un don linguistique miraculeux mais qu’il l’avait dissimulé aux gens jusqu’à sa quarantième année et ensuite il l’a dévoilé publiquement au moment opportun, celui qui lui convenait le mieux. Cette prétention ne s’accorde pas avec la raison parce que nous vivons dans un monde où la mort ne tient pas compte du nombre des années vécues. Comment Muhammad (s) pouvait-il savoir qu’il allait vivre quarante années de suite ? Qui pouvait le renseigner qu’il ne rencontrerait pas la mort avant cette date au point qu’il s’était permis de celer précieusement ce don aussi longtemps ? Il avait appris que son père était mort avant même qu’il naisse.  Sa mère décéda alors qu’il n’était qu’un petit garçon.



[1] S.16, 44 et 64

 

[2] S.41, 26

[3] Tâ.H^a. * Nous t’avons envoyé le Coran non pas pour te rendre malheureux, *  mais plutôt comme rappel pour celui qui craint le Seigneur * et comme révélation émanant de Celui qui a créé la Terre et les Cieux sublimes, *  le Miséricordieux qui S’(est établi sur le Trône, * le Souverain des Cieux, de la Terre, des espaces interstellaires et de tout ce qui se trouve dans les profondeurs  du sol. * Que tu élèves ta voix ou non, Il connaît tous les secrets et même les pensées les plus intimes. * Il est Dieu ! Il n’y a de divinité que Lui ! Et Il porte les Noms les plus sublimes. (S.20, 1 à 8)

[4] La défaite évoquée dans le verset 2, est celle que subirent les Byzantins en Palestine, en 614. Les Byzantins faisaient partie de ce que le Coran appelle les gens du Livre (ahl al-kitâb). Ils occupaient au VIIe siècle l’Egypte, la Syrie, l’Asie Mineure et une grande partie de l’Afrique du Nord. Les Perses étaient, eux, des adorateurs du feu. Byzantins et Perses étaient perpétuellement en guerre. Héraclus, empereur romain d’Orient, résolu à s’opposer à la manœuvre expansionniste des Perses, affronta l’armée sassanide près d’Al-Quds (Jérusalemn).

Son armée fut écrasée (verset 3). Les Perses occupèrent la Syrie et l’Egypte, mirent à sac les églises et s’emparèrent des plus valeureuses reliques de la chrétienté. Les Qurayshites, idolâtres de la Mecque, se réjouirent de la défaite de l’Empire de Rome. Cette victoire leur servait d’argument contre les musulmans qui, eux, espéraient la victoire des Byzantins. La révélation (verset 4) annonçait la revanche à venir des Byzantins. La prédication se réalisa en 622. Héraclius vainquit les Perses et, quelques années plus tard, il combattit et remporta la bataille en Iraq.

 

[5] S.30, 1 à 5

 

[6] S.4, 56

 




Science et foi (Deuxième partie)

07 05 2009

Ces faits ne pouvaient pas laisser Muhammad (s) dans l’ignorance que la mort était imprévisible. S’il avait eu ce don qu’ont les génies, il n’aurait point attendu cet âge avancé pour l’exercer à son profit et à celui de son peuple. C’est pourquoi, lorsque les mécréants étaient venus lui demander de changer le Coran ainsi qu’il est indiqué dans ce verset, Dieu lui fit dire que cela ne relevait de ses prérogatives : « Lorsque Nos versets sont récités, comme preuves évidentes, à ceux qui n’espèrent pas Notre rencontre, ils te disent : « Apporte-nous un autre Coran que celui-ci, ou change-en la teneur ! » Réponds-leur : Il ne m’appartient pas de le changer de ma propre initiative. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé. En vérité, je crains, si je désobéis à mon Seigneur, le châtiment d’un grand jour ! »

 

Si ce Coran provenait vraiment de Muhammad (s), Sceau des envoyés mais humain comme tous les mortels, il aurait pu prendre la liberté d’en changer tout le contenu ou une partie afin de contenter les mécréants et les amener à la foi qui leur convenait. Cependant, le Très-Haut apprend à Son Messager (s) comment répondre à ces détracteurs en recourant à des preuves et en  usant d’arguments percutant et concluants : «Dis-leur : Si Dieu l’avait voulu, je ne vous l’aurais pas récité et Il ne vous l’aurait pas fait connaître. Et avant cela, je suis bien demeuré parmi vous toute une vie sans le faire. Ne raisonnez-vous donc point ? »  

 

Ainsi, le Prophète (s) informe ses compatriotes qu’il avait vécu parmi eux pendant quarante années avant d’être choisi par Dieu. Ces hommes savaient donc fort bien qu’il n’avait eu à aucun moment des dispositions littéraires d’une telle envergure. Si ces mécréants réfléchissaient quelque peu et raisonnaient correctement, ils auraient certainement déduits que le Coran ne pouvait pas être son œuvre ou celle de n’importe quel humain, si génial soit-il. Un autre regard sur le miracle du Coran doit aussi être porté sur le fait que le Prophète (s) ne sait ni lire ni écrire. Dans un  tel contexte, pouvait-il posséder trois formes de style et de formulation, tout à fait distinctes l’une de l’autre ? Il s’agit de la forme du Coran, d’abord, puis de celle des hadîths qudusiyya et ensuite des hadîths du Prophète (s) lui-même. Il n’existe pas, en ce monde, depuis sa création, un génie ayant trois styles d’écriture, chacun d’eux revêtant un caractère particulier, sans commune mesure avec l’autre ?

 

Il va de soi que l’Envoyé de Dieu (s) ne pouvait pas, tout en s’exprimant publiquement, faire une distinction entre les trois formes et passer aisément de l’une à l’autre, sans jamais se tromper. En fait, chaque personne a ses propres expressions qui le distinguent et le différencient des autres. On dit bien que le style définit la personnalité de l’homme. Certes, il est possible de changer la forme des constructions grammaticales de ses phrases après quelques temps d’une expérience plus ou moins longue, mais il est impensable de le faire le même jour,  simultanément et au même moment. Il en résulte que la distinction entre ces trois genres littéraires, que sont le Coran, le hadîth qudusî et le hadîth prophétique, est une autre indication probante que le premier cité, ne provient point du cru personnel du Sceau des envoyés (s).

L’inquiétude des mécréants grandissait de jour en jour. N’ayant trouvé aucune ouverture à travers laquelle, ils pouvaient s’attaquer sérieusement à l’Envoyé de Dieu (s), ils ne trouvèrent rien de mieux que de l’accuser d’être tantôt un  sorcier, tantôt d’un magicien. Or, si ces impies avaient fait travailler leurs méninges, ils se seraient demandés que si, effectivement, leur compatriote était un sorcier, celui-ci n’aurait pas manqué de recourir à sa magie pour les délivrer de leur mécréance et de les contraindre à s’engager dans le droit chemin de la foi. Or, ces associationnistes n’avaient, à aucun moment, pris des dispositions pour se préserver des possibles et néfastes effets que produiraient les incantations de leur concitoyen. 

 

Les mécréants avaient dit également que l’Envoyé de Dieu (s) était un fou. Là encore, ils lançaient des accusations à tort et à travers, sans jamais vérifier ce qu’ils disaient. En effet, un fou ne prononce jamais des paroles censées. Or, les versets du Coran étaient d’une clarté lumineuse. Un fou agit à un moment donné et n’a plus conscience de son acte un moment après. Pourtant, ces mécréants étaient témoins que le Prophète (s) avait des suites dans les idées. Certains fous peuvent s’emporter et frapper parfois les gens sans raison. Or, ces infidèles irréfléchis ne s’étaient jamais plaints de coups reçus par celui qu’ils avaient pourtant toujours appelé al-Amîn = le loyal.  Aussi, Dieu a-t-Il répondu à toutes ces dénonciations aussi saugrenues, absurdes qu’extravagantes en quelques versets courts et pertinents.

 

« Nûn. Par la plume et par ce que les scribes mettent en lignes ! * Par la grâce de ton Seigneur, tu n’es point un possédé ! * En vérité, une récompense sans reproche t’est réservée * et tu es doué d’un caractère élevé. * Bientôt tu verras et les négateurs, eux aussi, verront * lequel d’entre vous a perdu la raison, * car c’est ton Seigneur qui connaît le mieux ceux qui s’égarent de Son chemin et ceux qui sont bien dirigés. »

Les mécréants, devant ce Verbe éloquent qu’est la Coran, ayant été dans l’incapacité de produire une sourate d’une aussi grande valeur, avaient pensé que le Messager de Dieu (s) était un poète et un devin. Le Très-Haut a répondu aussi à ce fallacieux et inique réquisitoire. « J’en jure par ce que vous voyez* et par ce que vous ne pouvez voir* que c’est bien là la parole d’un noble Messager, * et non point le propos d’un poète, pour peu que vous croyiez, ni d’un vulgaire devin, pour peu que vous réfléchissiez ! * Ce Coran est, en effet, une révélation émanant du Maître de l’Univers. *  [1]

En réalité, Il n’est pas permis à la constitution humaine de recevoir directement quoi que ce soit de Dieu. Celui-ci indique à Ses envoyés la voie à suivre selon divers et différents procédés. Quant au Sceau des messagers (s), Il l’a fait à travers la révélation : c’est une infirmation discrète qui n’est entendue ou compris par personne sauf par celui qui la reçoit ; elle suppose un Transmetteur (Dieu) et un Récepteur (le Prophète).« Il n’est pas donné à un homme que Dieu lui parle directement, si ce n’est par inspiration ou derrière un voile ou par l’envoi d’un messager qui lui révèle, par Sa permission, ce qu’Il veut. Dieu est Sublime et Sage.» [2]

 

Dieu a fait des révélations aux envoyés et Il l’a fait à d’autres également. Ainsi, Il a fait des révélations aux anges, à la mère de Moïse, aux apôtres, aux abeilles et à la Terre.  Dans ces cas, il s’agit essentiellement d’inspiration. Cependant, ce qui est appelée « révélation légale », c’est ce qui émane du Très-Haut et se destine aux messagers. Ce fut ainsi que le Livre saint a été transmis graduellement au Sceau des envoyés (s) qui le recevait sans quelques souffrances physiques. A titre d’exemple, citons ce cas parmi tant d’autres : Un jour que la révélation descendit, le Prophète (s) fut pris de tremblement et des sueurs froides coulaient de son front. Son corps s’alourdit au point que son genou, appuyé sur celui d’un de ses Compagnons, assis à ses côtés, faillit s’écraser. Quand l’Envoyé de Dieu (s) se trouvait sur sa chamelle et que la révélation arrivait, la bête pliait les genoux et s’affaissait sur le sol parce qu’elle ne pouvait pas supporter le poids de celui qu’elle portait sur son dos. 

 

Ainsi, le Prophète (s) reçut le Coran exempt de toute erreur. Ce Livre porte la Parole de Dieu qui a fixé aux humains la voie à suivre. Aussi longtemps que l’homme se conformera aux préceptes coraniques, il jouira de la beauté de l’univers avec son cortège de paix, de miséricorde et de guérison des maux moraux. Par contre s’il s’en détourne, il ne fait que cumuler malheur et infortune. C’est pourquoi, le Très-Haut a dit : « Ce Coran que Nous révélons et qui apporte aux croyants guérison et miséricorde ne fait, en réalité, qu’aggraver la ruine des méchants. »[3]

 

De la science à la foi

 

            Dieu a placé dans l’homme une fitra (religion innée, originelle) pure et généreuse. Il l’a pourvue de dons et de moyens de perceptions utiles grâce auxquels il peut accéder à la connaissance des grandes réalités de cette existence. La religion originelle croyante s’oriente dans la direction de l’univers pour y découvrir les merveilles qu’il contient. La science utile obtenue par l’homme lui procure les fruits qui enracinent sa croyance islamique et approfondissent sa foi en Dieu. C’est que la foi est d’abord un état originel avant d’être une affaire intellectuelle. L’homme n’a nullement besoin de s’efforcer d’acquérir la fitra puisqu’elle est déjà ensemencée et incrustée dans son être même. La preuve de cette réalité en est donnée par ce verset qui rappelle l’engagement pris par les descendants d’Adam dans les temps les plus reculés de l’histoire de l’humanité.  A ce sujet, Dieu le Très-Haut dit : « Et lorsque ton Seigneur tira des lombes des fils d’Adam leurs descendants et les fit témoigner contre eux-mêmes, en leur demandant : « Ne suis-pas votre Seigneur ? » Et ils répondirent : « Oui, nous en témoignons ! » Et ce afin que vous ne puissiez plus dire le Jour de la Résurrection : « Nous avons été pris au dépourvu. » (S.7, 172)

 

            En fait, tout ce qui existe dans l’univers exprime, à sa façon, sa foi en Dieu, le Seigneur des mondes. Ce verset le rappelle s’il en était besoin : « Les sept Cieux, la Terre et tout ce qu’ils renferment célèbrent le Nom du Seigneur, et il n’est rien dans la Création qui ne proclame sa gloire. Mais vous ne comprenez pas leur façon de L’exalter. En vérité, Dieu est Plein de compassion  et de mansuétude. » (S.17, 44)

 

            Il ne fait aucun doute que les sauts réalisés par le progrès scientifique et technologique s’observent à travers les manifestations de l’univers et de la vie.  Cependant, il est surprenant que les scientifiques limitent leurs études aux seules conséquences de leurs aspects matériels. Ils ne poussent pas leurs investigations au point de tenter de découvrir les choses cachées des lois divines et de saisir l’extrême sagesse de la création de Dieu. Celui qui ne voit du ciel que le bleu de sa surface apparente, et de la terre que les poussières soulevées par les vents, celui-là se montre d’une grande insouciance. Il s’assimile dès lors au bétail et s’abaisse même à un niveau plus bas que lui. Le Très-Haut dit : « … Ils ont des cœurs pour ne pas comprendre, des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Comparé à de bestiaux, ils sont plus égarés encore. Tels sont ceux qui vivent dans l’insouciance ! » (S.7, 179)

 

            Les chercheurs, dune manière générale, et des sciences cosmiques en particulier se préoccupent seulement des études scientifiques. Ils ne s’élèvent au niveau de l’univers que lorsque cette Parole de Dieu se vérifie en leur sein : «… Et c’est ainsi que, de tous les serviteurs de Dieu, seuls les savants e craignent véritablement. En vérité, Dieu est Puissant et Clément. » (S.35, 28).

 

Le langage de ces érudits, en matière de foi en Dieu correspond à leurs discours scientifiques. C’est qu’ils ont une conscience aigue que l’univers est un grand et immense livre ouvert lequel offre à la raison saine et au cœur pur les moyens qui les conduisent à la connaissance de leur Seigneur et à Sa crainte révérencielle.

 

Prenons, par exemple, cette observation scientifique, à savoir que les quatre cinquième de la surface du globe terrestre, dans lequel nous vivons, est couvert d’eau et que c’est le magnétisme terrestre qui préserve la stabilité de cette eau de sorte qu’elle ne se déverse pas les espace cosmique. Cependant, la conclusion du savant croyant ne s’arrête pas, dans les limites de la science humaine, à ce stade de l’explication. Bien au contraire, il recourt à la vérification de la vision coranique correspondante à la fitra (l’origine) de la création. Il se conduit, avec son sens du discernement et de la clairvoyance, en direction de la Cause des causes qui a maintenu l’eau sous terre et empêcha les vagues de se répandre dans l’espace. Il trouve la réponse de ce phénomène dans cette Parole du Très-Haut : « Nous faisons descendre du ciel en quantité bien mesurée de l’eau que Nous maintenons sous terre, bien qu’il soit en Notre pouvoir aussi de la faire disparaître. » (S.23, 18)

 

Lorsque nous réfléchissons au cycle traversé par les eaux dans nos vies, nous relevons la constance de sa répétition et de son renouvellement. Ainsi, nous buvons l’eau des fleuves, des rivières et de toutes les sources. Les animaux en font de même. Les plantes et toutes les végétations en absorbent également. Ce liquide descend des nuages composés de vapeurs d’eau après avoir été évaporé des mers et des océans. Il suit ainsi constamment le même circuit, de la terre au ciel et du ciel vers la terre, passant des nuages et des pluies aux sources et aux fleuves. Le même mouvement se produit en sens inverse. C’est ainsi que la continuité de la vie est rattachée à ce cycle avec la même quantité d’eau qui ne diminue pas et n’augmente pas. Le Très-Haut dit à ce sujet : « Et il n’est rien dont Nous ne détenons les trésors. Mais Nous ne les faisons descendre qu’en quantité déterminée. * Nous envoyons des vents fécondants et Nous faisons descendre du ciel une eau avec laquelle Nous étanchons votre soif, et que vous n’aviez pas vous-mêmes emmagasinée. * C’est Nous qui donnons la vie et la mort et c’est Nous qui sommes l’Héritier de l’Univers. » (S.15, 21 à 23)

            Si nous prenons un autre exemple, celui des astres, des étoiles et de la galaxie, nous remarquons que ceux qui s’occupent des sciences mathématiques, physiques et astronomiques se vantent et se glorifient de la découverte de cette force attractive qui agit conformément à une loi qui préserve l’équilibre cosmique et maintient les corps célestes dans une orbite stable. A partir de là, le langage scientifique s’est enrichi d’une nouvelle terminologie tels que gravitation e force centrifuge. Par contre, le regard des gens doués d’intelligence et connectés au Livre de Dieu se projette bien au-delà de ces considérations lorsqu’ils lisent, avec une foi empreinte d’humilité et de piété cette Parole du Très-Haut : « C’est Dieu qui a élevé les cieux  sans piliers visibles et qui S’est établi sur Son Trône ; c’est Lui qui a imposé au soleil et à la lune de poursuivre chacun sa course jusqu’au terme fixé, et qui préside à l’ordre universel, et expose en détail Ses signes Seriez-vous enfin convaincus de votre rencontre avec Lui ? » (S.13, 2) et « Dieu maintient les cieux et la terre pour les empêcher de s’affaisser. Et si jamais ils s’affaissaient, qui pourrait les soutenir si ce n’est Lui ? Il est toute indulgence et toute clémence. » (S.35, 41)

 

            C’est ainsi que nous enregistrons  que l’Islâm – l’islâm du Coran et de la Sunnah – offre à ses adeptes une vision d’ensemble et une voie parfaite qui ne séparent pas la matière de l’esprit.  Il fonde le dogme de l’Unicité à travers l’exposé des scènes du cosmos et de ses réalités, loin des illusions philosophiques athées qui voilent à ses partisans la lumière de la science et de la foi.

 

            Dieu dit : « Et afin que les initiés sachent que ces versets expriment la vérité émanant de ton Seigneur, qu’ils y croient et que leurs cœurs s’y soumettent en toute humilité, car Dieu guide vers le droit chemin ceux qui croient. » (S.22, 54). Cette expression coranique nous indique la relation entre la science et la foi. La première est suivie par la seconde et celle-ci est suivie par le mouvement du cœur, avec humilité et soumission à Dieu, le Très-Haut. C’est ainsi que la science fructifie la foi et celle-ci suscite la  simplicité et la modération devant le Seigneur des univers.

 

            Le Coran insiste sur cette idée dans plusieurs autres versets. Les expressions, qui réveillent la pensée de son insouciance, s’y répètent. Elle libère l’homme du cordon de l’imitation et de la léthargie sous forme d’interrogation et d’exclamation de ce genre : « Ne raisonnez-vous pas ? Ne réfléchissez-vous pas ? N’observez-vous pas ? Et s’ils observaient ! Et s’ils réfléchissaient ! Aux gens qui raisonnent ! Aux gens qui savent ! Aux gens qui réfléchissent ! Il ne fait aucun doute que le Coran, à travers son incitation répétée d’observer, de réfléchir et de raisonner, a fait de l’exercice de la saine recherche scientifique, dans les divers domaines de la connaissance, une impérieuse obligation pour tous les musulmans. De la même manière que l’Islâm a imposé aux gens l’adoration, il les a astreints à réfléchir. Ainsi, l’Envoyé de Dieu (s) a eu raison de Dire : « La recherche de » la science est une obligation pour tout musulman (et toute musulmane) ». Il est certain que ‘Abbâs al-‘Aqqâd avait en esprit cette conception de la science et de sa mission  lorsqu’il intitula l’un de ses livres : « La réflexion est une obligation islamique. »

 

            L’Islâm veut que la croyance religieuse repose sur le socle de la vraie science et non point sur la base des imitations ou des conjectures ou encore de la soumission aveugle. Le Coran répondit ainsi aux prétentions des associationnistes relatives à leurs divinités : « Alors qu’ils n’en servent rien, mais suivent en cela de simples conjectures. Or, les conjectures ne sauraient tenir lieu de certitude. » (S.53, 28) .De la même manière, il critiqua ceux qui disaient : « Nous devons plutôt nous conformer à ce que nous ont légué nos ancêtres »  Il répondit à leur absurdité en disant : « Eh quoi ! Les suivront-ils même s’ils manquaient de discernement, même s’ils étaient dans l’erreur ? » (S.2, 170). Le Livre de Dieu dit aux partisans des fausses et vaines croyances : « Apportez-en la preuve si vous êtes véridiques ! » (S.2, 111). Aussi, exigea-t-il de cette catégorie de gens de réfléchir et d’aller à la recherche de la science, de la même manière qu’il les somma de s’adonner à l’adoration de leur Créateur, de rechercher à la fois Son agrément et Son pardon.

 

            Le dogme de l’Islâm, du moment qu’il s’appuie sur la juste science, consolide, sans contexte, sa force et ses aspirations. Il ne craint en aucun cas que les résultats de la science contredisent les réalités de la religion et ses stables fondements. Il est vrai que la vérité ne peut démentir la vérité ou s’y opposer. Si une contradiction apparente venait à être observée, c’est que cette science n’en est pas une et que les faits en question n’ont rien à avoir avec la vraie religion.

 

            Compris dans cette optique, la science, selon la conception islamique, est une voie qui conduit vers la foi dune manière clairvoyante. Dans ce contexte, la recherche scientifique est toujours rattachée à la Volonté de Dieu laquelle cautionne la continuité des lois cosmiques et l’enchaînement de ses manifestations de manière à les saisir correctement et à en profiter dans notre vie, non sans avoir pris connaissance de la nature de leur mouvement et de leurs implications en nous-mêmes et dans l’univers dans son ensemble. C’est ce que nous confirme cette Parole de Dieu : « Nous continuerons à leur montrer Nos signes aussi bien dans l’univers qu’en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’ils reconnaissent que ce Coran est bine la Vérité.» (S.41, 53)  

 

            Il s’ensuit que la Réalité se manifeste aussi bien dans le cosmos que dans l’homme. Au sujet du premier, Dhû-l-Nûn al-Mis[4]dit : « Ô Dieu, je n’ai jamais prêté l’oreille au cri des bêtes sauvages ni au bruissement des arbres, au clapotement des eaux ni au chant des oiseaux, au sifflement du vent ni aux roulements du tonnerre sans percevoir en eux en témoignage de Ton unité – wahdaniya – et une preuve de Ton caractère incomparable. Tu es le Tout-Puissant, l’Omniscient, le Sage, le Juste, le Vrai, en Toi il n’est défaite, ni ignorance, ni folie, ni injustice, ni mensonge. O Dieu, je Te reconnais dans la preuve de l’œuvre de Tes mains et dans le Témoignage de Tes actes : accorde-moi, ô Dieu, de chercher Ta satisfaction avec ma satisfaction et les délices d’un Père dans son enfant, me souvenant de Toi dans mon amour pour Toi, avec une sereine tranquillité et une ferme résolution. »

 

            Quant à l’homme, il est également aussi un livre ouvert. A ce sujet, Jurjânî dit[5] : « Lhomme parfait est la réunion est la réunion de tous les mondes divins et naturels, universels et partiels. Il est le livre dans lequel dans lequel sont réunis tous les livres divins et naturels. A raison de son esprit – het de son intellect – ‘aql , c’est un livre raisonnable nommé la mère du livre (ummu-l-kitâb. Terme coranique désignant le prototype céleste des livres révélés, le verbe et l’esprit divin, que Jurjânî identifie à l’intelligence première). A raison de son cœur -  qalb -, c’est le livre de la tablette bien gardée (sur laquelle sont inscrites toutes les choses de prescience divine). A raison de son âme  - nafs -, c’este le livre des choses effacées et des choses écrites  (le monde sensible des choses transitoires) ; c’est lui qui est ces feuillets vénérables, élevés, purs qui ne doivent être touchées que par ceux qui sont purifiés des voiles ténébreux. Le rapport de l’intelligence première – al-‘aql al-awwal – au grand monde – al-‘âlam al-kabîr – et à ses réalités est comme le rapport de l’esprit humain au corps et à ses facultés ; l’âme universelle  - an-nafs al-kulliya – est le cœur du grand monde, comme l’âme raisonnable est le cœur de l’homme, et c’est pour cela que le monde est appelé « le grand homme ». »

 

            Dans le chapitre intitulé « Les scientifiques confirment les Signes de Dieu », Harun Yahya[6] écrit : « (…) Les attributs de l’Univers découverte par la science nous dirigent vers l’existence de Dieu. La science nous amène donc à la conclusion que l’Univers  a un Créateur et que ce Créateur est parfait en puissance, en sagesse et en connaissance. C’est la religion qui nous montre la voie en nous faisant connaître Dieu. Il est donc possible de dire que la science est une méthode que nous utilisons pour mieux voir et étudier les réalités révélées par la religion.(…)

 

            « (…) Il existe aujourd’hui et cela é été vrai tout au long de l’histoire des scientifiques qui confirment l’existence de Dieu et considèrent la science comme un moyen de Le connaître. Quelques mouvements qui se sont développés aux Etats-Unis tels que « le créationnisme » ou « la conception intelligente » cherchent à démontrer par  des preuves scientifiques  que tous les êtres humains ont été créés par Dieu. 

            « Ceci nous montre que la science et la religion ne sont pas forcément des sources d’informations contradictoires, mais au contraire, que la science peut être une méthode confirmant les vérités absolues fournies par la religion. Le conflit entre la religion et la science ne peut être vrai que pour des religions qui incorporent des éléments superstitieux aux sources divines. Ceci est cependant inadmissible pour l’Islâm qui est fondé uniquement sur la révélation pure de Dieu. D’ailleurs, l’Islâm préconise en particulier l’enquête  scientifique, et révèle que l’exploration de l’Univers est une méthode pour découvrir la création de Dieu. Le verset suivant du Coran aborde cette question :

 

            « N’ont-ils donc pas observé le ciel au-dessus d’eux, comment Nous l’avons bâti et embelli et comment il est sa fissures ? Et la terre, Nous l’avons étendue et Nous y avons enfoncé fermement des montagnes et y avons fait pousser toutes sortes de magnifiques couples (de végétaux), à titre d’appel à la clairvoyance et un appel pour tout serviteur repentant. Et Nous avons fait descendre du ciel une eau bénie, avec laquelle Nous avons fait pousser des jardins et le grain qu’on moissonne, ainsi que les hauts palmiers aux régimes superposées ». (S.50, 6 à 10)

 

            « Comme les versets ci-dessus le révèlent, le Coran incite constamment les gens à penser, à raisonner et à explorer le monde dans lequel ils vivent. Ceci est dû au fait que la science soutient la religion, sauve l’individu de l’ignorance et le fait réfléchir plus consciemment ; elle lui permet d’ouvrir sa pensée sur le morale et l’aide à comprendre les signes évidents qui se trouvent dans l’univers. Le proéminent physicien allemand Max Plank dit un jour que « quiconque quel que soit son domaine, étudie la science sérieusement se doit de lire l’expression suivante sur la porte du temple de la science : ayez la foi. » Selon lui, la foi est la qualité essentielle  d’un savant.

            « Tous les sujets que nous avons traités s’accordent à dire que l’existence de l’Univers et de tous les êtres vivants ne peut pas être le résultat de coïncidences. Beaucoup de scientifiques, qui ont laissé leur marque sur le monde de la science, ont confirmé toujours cet état de fait. Plus les gens se renseignent sur l’Univers, plus leur admiration pour son ordre parfait augmente. Chaque détail nouvellement découvert soutient d’une façon incontestable l’idée de la création. (…)

 

            « (…) William Thompson (Lord Kelvin), le grand physicien, fondateur de la thermodynamique, était également chrétien et il croyait en Dieu. Il s’était du reste fortement opposé à la théorie de l’évolution de Darwin et l’avait totalement rejetée. Peur avant sa mort, il a expliqué que la science, quand elle s’intéresse aux origines de la vie, ne fait que confirmer l’existence de cette grande puissance. »

 

            L’existence du Créateur est donc bien une réalité indubitable et la foi en Lui est ancrée incontestablement dans les âmes pures. Il s’ensuit que le premier sentiment qui pointe des profondeurs de l’homme, s’il réfléchit à ce qui existe en lui-même et à ce qui se meut dans son univers environnant, porte sur l’existence d’une grande force qui transcende l’univers et la vie, qui administre et gère leurs mouvements et qui exerce son pouvoir dominateur sur le cours de leurs événements Il suffit que l’homme croit en une chose et a foi en elle pour que ses sentiments innés et ses sensations naturelles correspondent aux conclusions auxquelles les chercheurs scientifiques parviennent. Encore faut-il que la recherche scientifique soit débarrassée des passions et du sectarisme. Dans ces conditions, le chercheur aboutit à des résultats, nés de la réalité cosmique, conformes aux perceptions de la fitra authentique. Il parvient, au même moment, à la foi en Dieu, en Ses attributs et à tout ce que la religion islamique a décrété.

           

 

Il n’y a pas lieu de s’étonner si des savants admettent l’existence de Dieu. Mieux encore, ils voient, à travers les phénomènes de l’univers et les manifestations de la vie, des preuves de Son Unicité. C’est tout le contraire du cheminement intellectuel des athées. En effet, « S’il y avait d’autres divinités que Dieu dans les cieux et sur la terre la marche de ces derniers aurait été gravement compromise. Gloire donc à Dieu, Maître du Trône, qui est au-dessus de leurs allégations mensongères. »  (S.21, 22). Ce verset, comme beaucoup d’autres, fait appel à l’indispensable recours à la logique, dépoussiérée des arrières pensées et des objectifs préalablement établis, pour établir cette Vérité d’un Dieu unique, Connaissant et Créateur. Cette existence divine est d’ailleurs une nécessité impérative dans la réalité vivante de cet univers et dans la poursuite de son mouvement depuis le début de sa création jusqu’à la fin des temps.

            Cependant, les athées et les mécréants ne connaissent pas ou ne veulent pas connaître cette réalité éclatante, en dépit du fait que certains d’entre eux admettent l’existence d’une organisation dans l’univers, administrée et gérée avec sagesse. Toutefois, ils ne sont pas à même de ressentir la Présence de l’Organisateur et du Gestionnaire de cet univers. Cette carence s’explique par leur tendance à placer leur pensée sous le contrôle de leur passion et à vouloir sacraliser le rôle de la raison  C’est qu’ils oublient ou feignent d’oublier l’existence du Créateur de la raison, de la science et de toute chose, d’autant plus qu’ayant un cœur aveugle, aucun argument et aucune preuve ne pourra les amener à un raisonnement objectif et constructeur. « Quant aux infidèles, il leur est égal que tu les avertisses ou que tu ne les avertisses pas. Ils sont rebelles  à toute croyance. * Et Dieu a scellé leur cœur et leur entendement. De même qu’un voile leur barre la rue, et ils son voué à un terrible châtiment. » (S.2, 6 et 7) Cette catégorie de scientifiques, qui nient l’existence de Dieu, attribuent l’expression matérielle de notre univers au hasard. Comment cette cohérente construction cosmique peut-elle être le fruit du hasard ? Est-il raisonnable qu’un bel et merveilleux immeuble puisse surgir subitement de la terre, avec ses pierres et ses armures de fer ?

 

            Ce qui est et restera un secret de la vie, c’est cet esprit (ar-rûh) dont Dieu a érigé en tant qu’origine de la conscience et en source des sentiments. Dieu a créé en l’homme et a réuni en lui la matière et l’esprit (ar-rûh). L’être humain, avec son corps matériel, est rattaché à la vie de la terre. Il a des motivations, des envies et des appétits de la même manière que les animaux. Et avec son esprit (ar-rûh), il est attiré vers les hauteurs en direction de Dieu. Quant à l’âme (an-nafs), elle a une double nature qui renferme les sens du bien et du mal, de la piété et de l’impudicité. 



 

[2] (S.70, 38 à 43) : Ce verset indique les trois façons différentes de recevoir la révélation. Par inspiration (wahy), comme lors d’un rêve : Abraham reçut en songe l’ordre d’immoler son fils Ismaël (37/102). Derrière un voile : c’est ainsi que Dieu s’adressa à Moïse (4/164 ; 7/143 ; 27/8). L’envoi d’un messager (rasûl) : c’est l’ange Jibrîl (Gabriel) qui transmit la révélation au Prophète (2/97). C’est par cette voie que le Coran fut entièrement révélé.

[3] S.17, 82

[4] Anthologie du soufisme : Eva de Vitray-Meyerovitch : Ed. Albin Michel

[5] Idem

[6] Connaître Dieu par la raison. Ed. Arrisala




De quelques impressions sur le Coran (Première partie)

05 05 2009

            Le Coran est la voie du salut de l’humain et de l’humanité. Il est une direction à la fois cultuelle, morale, juridique et spirituelle. Il est, par la même occasion, un Rappel destiné aux hommes doués d’intelligence, au sujet desquels le Livre saint dit :

 

« Bienheureux, en vérité, sont les croyants, * qui prient avec humilité,* qui s’acquittent de la zakât, qui s’abstiennent de tout rapport charnel sauf avec leurs épouses ou leurs esclave, ce en quoi ils ne sont pas à blâmer. » (S.23, 1 à 6).

 

Le Coran parle aussi bien à l'homme qu'à la femme. C'est dire que les textes s'adressent en générale à tous les êtres humains. Dans ce contexte, ils placent le mâle et la femelle sur le même pied d'égalité. Le Prophète (p) précise bien que "Les femmes sont les sœurs germaines des hommes". Il en découle de cette fraternité du genre humain que toutes les lois qui s'adressent à l'homme s'appliquent aussi à la femme. Il n'est donc pas question d'exposer tous les versets qui associent, sans les désigner nommément, l'homme à la femme Toutefois, si le Livre de Dieu contient des normes qui les mentionnent les deux à la fois pour mieux marquer leurs étroites relations; il en est d'autres qui concernent plus particulièrement la seconde dès lors que certaines questions l'intéressent spécialement. Ce sera l'objet de ce livre.

 

Du point de vue de la création originelle, l'égalité entre les deux sexes est indiscutable. Des textes coraniques montrent que la femme a été créée de la même âme que l'homme. C'est dire que, de par leur formation première, il n'existe pas une supériorité de l'un sur l'autre, ni une préférence de l'un par rapport à 'l'autre.

 

"Ô hommes, gardez-vous de votre Seigneur qui vous a créés d'un seul être (litt. ; d'une âme unique), puis qui a créé de celui-ci son  épouse et qui a fait naître de leur union un grand nombre d'hommes et de femmes. Gardez-vous de Dieu dont vous vous réclamez pour vous adresser des requêtes ! Et prémunissez-vous aussi des liens du sang car Dieu vous observe attentivement." (S.4, 1) - "C'est Lui qui vous a créés d'une personne (nafs), parfois traduit par âme) unique dont Il a tiré son épouse afin qu'auprès d'elle il trouve du repos." (S.7, 189) Dans le même esprit, Dieu réitère avec insistance l'origine de la création : "Il vous a créés à partir d'une seule personne (nafs) dont il a tiré son épouse" (S.39, 6)

 

Cette égalité entre l'homme et la femme se vérifie dans la responsabilité qui incombe à l'un comme à l'autre ainsi que dans la récompense des actes légaux qui en découle. En effet, l'Islam ne conçoit ni différence, ni distinction dans les attributions qui reviennent aux croyants et aux croyantes après le jugement de leurs œuvres. De nombreux versets en témoignent. Nous citerons quelques-uns à titre d'exemple.

 

"Leur Seigneur répondit à leurs invocation : Je n'omettrai pas de comptabiliser les œuvres d'aucun d'entre vous, hommes et femmes, car vous êtes issus les uns des autres." (S.3, 195) -  "Et quiconque, homme ou femme, accomplit des œuvres pies alors qu'il a la foi entrera au Paradis où il ne sera pas lésé, fût-ce d'un noyau de datte." (S.4, 124) - "Dieu a promis aux croyants et aux croyantes des jardins sous lesquels s'écoulent des fleuves et où ils demeureront à jamais ainsi dans des demeures agréables  dans les jardins d'Eden. Mais l'agrément consenti par Dieu sera encore plus formidable: telle est la réussite éclatante ! "(S.9, 72) -  "Certes ceux qui sont soumis à Dieu et celles qui Lui sont soumis, les croyants et les croyantes, les hommes pieux et les femmes pieuses, les hommes sincères et les femmes sincères, les hommes patients et les femmes patientes, les hommes et les femmes qui sont recueillis, les hommes et les femmes qui font l'aumône, les hommes et les felles qui jeûnent, les hommes et les femmes chastes, les hommes et les femmes qui mentionnent fréquemment Dieu : voilà ceux auxquels Dieu a préparé un pardon et une récompense sans limite." (S.33, 35)

 

Dans un cadre plus général, si l'homme et la femme ont les mêmes droits, ils sont soumis aussi aux mêmes devoirs. Dès lors, ils sont tenus, dans le même esprit et dans les mêmes conditions, d'accepter préalablement la Loi divine, de l'appliquer et de se conformer sans restrictions, aux Décrets qui en découlent. Le Tout Puissant, s'adressant à Son Prophète (p), lui dit au sujet des conflits qui opposent les croyants et les croyantes et des jugements qui en résultent :

 

"Non par ton Seigneur, ils (les croyants et les croyantes) n'atteindront pas la plénitude de la foi tant qu'ils ne t'auront pas fait juge de leurs différends et qu'ensuite ils n'éprouveront plus aucune réticence à l'égard du jugement que tu auras prononcé et ne s'y soumettront sans réserves." (S.4, 65)

 

Il est certain que la constitution de l'homme et de la femme est différente. C'est pourquoi, Dieu, qui connaît le mieux Ses créatures, a révélé des prescriptions qui leur conviennent le mieux. Il va donc de soi que les normes applicables aux uns ne peuvent pas être identiques aux autres, chaque fois que des distinctions les caractérisent et les singularisent. Autrement dit, elles prennent en considération les différences qui spécifient la nature de la gente féminines. Il est dit dans le Coran: Dieu

 

"Ignorerait-Il qui a créé alors qu'Il est le Sublime, l'Informé ?" (S.67, 14)

 

En plus de ces versets qui établissent clairement l'égalité entre les deux sexes, il se trouve des femmes qui ont embrassé l'Islâm et, dans ce contexte, ont précédé les hommes dans la foi en Dieu. Il en a été ainsi de Sayyida Khadîja, épouse de l'Envoyé de Dieu (p) et Sumiyya (Ummu 'Imâra, épouse de Yâsir). Il convient de rappeler que celle-ci a été la première femme martyre : a été tuée avec son mari, à l'aube de la révélation, par les mécréants de la Mecque.

 

L'islam a reconnu à la femme, au même titre qu'à l'homme, la liberté de la croyance et de la gestion des biens qu'elle possède. Ainsi, la femme majeure et douée d'une raison saine, célibataire ou mariée, est dotée de la personnalité physique et morale quant à la libre administration de ses affaires du point de vue, entres autres, de la vente et de l'achat. Ni son père, ni son frère, ni son époux, ni son fils n'ont le pouvoir de s'opposer à ces tractations commerciales  et de l'empêcher à sa guise.

 

Le Coran, en réalité, offre à toute l’humanité les moyens de leur bonheur à travers les sources de leur religion, la constitution de leur organisation socio-économique, fondée sur la justice entre les gens, leur égalité devant la Loi, leur concertation concernant leurs affaires et la liberté de leur raison et de leur jugement dans le cadre constitutionnel des normes coraniques.

 

Quant à ceux qui s’efforcent de mutiler les textes du Coran, cherchant à leur substituer le produit de la seule raison humaine,  à ceux qui se présentent en prétendus réformateurs sous le couvert du progrès, alors qu’il s’agit de satisfaire leurs propres désirs,  le Très-Haut dit :

 

« Lorsqu’on leur dit : « Ne faites pas de mal sur la Terre ! », ils répliquent : « Nous ne sommes que des réformateurs. » Qu’y faire ? Ce sont des êtres malfaisants, mais ils n’en ont pas conscience. » (S.2, 11 et 12)

 

            Pourtant, le Coran contient et réunit tout à la fois des valeurs scientifiques, des connaissances historiques, des réalités sur la création de l’homme et de l’univers qui interpellent la raison humaine et l’incitent à s’exercer correctement. Il renferme aussi des enseignements sur les dogmes, les pratiques cultuelles, la morale, les relations sociales où s’inscrivent les fiances, les législations inhérentes au code civil et au code pénal. Il examine les problèmes de la guerre et de la paix, des droits politiques et sociaux de l’homme. La morale s’inclut dans chacun des domaines étudiés ainsi que le Messager de Dieu l’a dit :

 

 « J’ai été envoyé pour parfaire les nobles vertus de la morale. »

 

            Le Coran est le Message de Dieu révélé à la meilleure de Ses créatures, le Sceau des envoyés. Le Très-Haut ordonne donc à Son dernier Prophète de communiquer ce Message à Ses serviteurs afin qu’ils en connaissent le contenu et qu’ils  y conforment leur vie. C’est là le moyen de leur bonheur en ce bas monde et dans la vie dernière.

 

            Du moment que le Coran est un Livre de guidance destiné à toute l’humanité, il avait donc besoin d’être explicité. Cela a été la fonction de l’Envoyé de Dieu (s) qui, effectivement, clarifiait chaque fois qu’il le fallait, les versets révélés. Le Créateur dit à Son Messager (s) :

 

            « Et à toi Nous envoyons ce Coran afin que tu expliques clairement aux hommes ce qui leur a été révélé. Peut-être seront-ils amenés à réfléchir. » - « Nous ne t’avons révélé ce Coran qu’afin que tu éclaires les hommes sur le motif de leurs différends, et pour qu’il soit aussi un guide et une miséricorde pour ceux qui ont la foi. »  (S.16, 44 et 64))

           

L’Envoyé de Dieu (s) a expliqué Le Livre par ses paroles, ses actes, Ses décisions,  ses silences, ses guidances et son comportement irréprochable. C’est pourquoi, le Prophète (s) a dit : « Certes, j’ai apporté le Coran et, avec lui, quelque chose de similaire », à savoir sa sunnah. L’imâm ash-Shâfi’i a dit : « Il (l’Envoyé de Dieu) est l’explication même du Coran et tout ce que les ‘ulama ont mentionné, constituent l’explication de la Sunnah. »

 

‘Abd ar-Rahmân as-Salmâ a dit : « Ceux qui ont appris intégralement le Coran, tels que ‘Uthmân ibn ‘Affân, ‘Abd Allah ibn Mas’ûd etc. nous ont dit : « Quand ils apprenaient dix versets du Prophète (s), ils ne passaient à l’apprentissage d’autres versets qu’après avoir appris ce qu’ils contenaient en matière théorique (ou scientifique) et pratique. »  Quant aux intéressés, ils ont dit : « Nous avons appris le Coran, la science et l’action. »

*

* *

            Le Coran n’a pas été révélé pour nous dévoiler les secrets de l’Univers. Dieu n’en lève certains voiles que pour nous permettre de mieux comprendre les données du Livre saint en relation avec les secrets de l’existence. Ainsi, en fonction de l’évolution du temps et chaque fois que l’homme découvre de nouveaux phénomènes aussi bien cosmiques qu’en lui-même, le miracle coranique lui apparaît dans toute sa dimension. Ces faits miraculeux se manifestent à travers l’allusion d’un verset ou d’un ensemble de versets. Bien que le texte soit allusif, il n’en reste pas moins qu’il attire notre attention sur sa correspondance avec de récents faits psychologiques observés chez les humains ou à la suite de découvertes scientifiques. 

 

            Le Coran interpelle des dons cachés dans l’âme, dons que nous ne connaissons pas mais connus de Dieu car Il est le Créateur de l’homme et Il connaît bien Sa créature humaine. Ces dons s’émotionnent lorsqu’ils entendent le Coran. Elles attendrissent les cœurs dans lesquels la foi pénètre. D’ailleurs, l’attention des mécréants de l’époque de la révélation a été attirée par l’influence du Coran sur l’âme humaine, influence inexplicable qui traînait l’âme dans la voie de la foi et introduisait la miséricorde dans les cœurs. C’est pourquoi, les notables qurayshites usaient de tous les moyens pour empêcher les gens d’écouter la récitation du Coran, Parole du Très-Haut, et agressaient ceux qui en lisaient les versets aussi attachants et irrésistibles les uns que les autres. C’est dire qu’ils craignaient que l’âme des mécréants soit captivés par la Parole divine et attirée par la foi en Dieu.

 

« Les négateurs disent : N’écoutez pas ce Coran, mais faites du chahut quand il est récité ! Peut-être en triompherez-vous ainsi ! » (S.41, 26)

 

La conversion de ‘Umar Ibn al-Khattâb illustre cette attirance vers la religion, attirance provoquée par l’écoute des versets du Coran. Il avait certainement entendu le Coran auparavant, sans pourtant ne subir aucune influence. Cependant, quand il apprit que sa sœur Fâtima et son mari, Sa’îd ibn Zayd, avaient embrassé l’Islâm, il se précipita chez eux avec la ferme intention de les assaillir violemment. Arrivé sur les lieux, il fonça sur l’époux mais l’épouse s’interposa pour le protéger. ‘Umar la frappa et fit couler du sang sur le visage de sa sœur. A la vue de ce sang, le cœur de ‘Umar s’attendrit. Le sentiment de miséricorde, plutôt que celui de la nuisance, gagna son cœur. La haine se libéra de son organe. Aussitôt, il demanda à sa sœur de lui remettre le feuillet du Coran qu’elle et son mari lisaient avant son arrivée à la maison. Quand il lut, avec émotion, les premiers versets de la sourate Tâ.Hâ[1], il dit : « Que ces paroles sont belles et combien sont-elles vénérables ! » Ensuite, il courut vers l’Envoyé de Dieu (s) pour lui annoncer son adhésion à l’Islâm.

 

Ainsi, lorsque l’entêtement et l’obstination, sources d’aveuglement et d’égarement, se dégagent du cœur, ils entraînent la mécréance sur leur sillage. Et quand l’homme écoute, avec sérénité et calme, le Coran, la foi pénètre aussitôt dans son cœur. C’est dire que pour que la foi soit acceptée, il convient tout d’abord que le cœur se libère de la mécréance. C’est ainsi que nous constatons que le Coran exerce une influence particulière sur l’âme humaine. En effet, les mécréants reconnaissaient qu’il s’y contenait douceur, charme et élégance, que sa Parole véhiculaire se plaçait au-dessus de tout sans laisser quoi que ce soit au-dessus d’elle. Tel a été le premier miracle car le Coran est la Parole de Dieu, le Béni, le Très-Haut.

 

Les Compagnons et les croyants, contemporains de l’Envoyé de Dieu (s), recevaient les données du Coran au fur et à mesure de leur descente. Ils les comprenaient selon les capacités de leurs raisons à saisir les secrets de l’univers et ceux du Livre saint. Aucun Compagnon n’avait interrogé le Prophète (s) sur le sens des versets relatifs à l’univers ou sur leur signification linguistique. Par exemple, aucun ne s’était interrogé sur l’acception de ces lettres énigmatiques « Alif. Lâm. Mîm », ou « ‘A.Sîn.Qaf » ou encore « Ha.Mîm ». Pourtant, l’Envoyé de Dieu (s) accueillait beaucoup de ceux qui croyaient au Livre de Dieu  et beaucoup aussi de ceux qui ne croyaient pas à ce que Dieu faisait descendre. Ces mécréants ne demandaient pas mieux de mettre en difficulté le Messager de Dieu (s) sujet de la conception du Coran. Aucun d’entre eux, bien que tous étaient des experts en rhétorique et connus pour leur éloquence, n’intervient pour demander des éclaircissements sur ces lettres incompréhensibles qui ouvraient certaines sourates et se lisaient isolément l’une de l’autre.

 

L’existence de ces lettres de l’alphabet au début de certaines sourates aurait dû être, pour les mécréants, l’occasion de débattre, par exemple, de la valeur linguistique du Coran. Ils n’avaient pas, toutefois, soulevé des objections à ce sujet. Il ne fait aucun doute que l’absence de discussions et de critiques négatives à propos de ces « ouvertures » des sourates est une preuve que les mécréants en étaient, sans y croire, impressionnés. Ils n’avaient trouvé aucun argument à opposer au Coran et n’avaient éprouvé aucun élément théorique ou pratique à même de mettre absolument en doute son contenu. En effet, s’ils y avaient trouvé matière à controverse, ils n’auraient pas manqué de le proclamer publiquement et, partant, d’user de tous les moyens à leurs dispositions pour servir leur but et réussir dans leur entreprise.

 

Pour sa part, l’Envoyé de Dieu (s) a expliqué et clarifié tout ce qui se rattachait à la foi, laissant aux générations futures, avec l’évolution du temps, le soin de découvrir les secrets des versets coraniques. Ainsi, les données du Livre de Dieu étaient appelées à livrer quelques uns de leurs mystères au fur et à mesure des mutations sociologiques et des capacités de la raison de chaque époque à saisir les nouvelles dimensions scientifiques du moment. C’est dire que la signification du Livre saint n’est pas figée, contrairement aux autres Ecritures scripturales. C’est que les Messages précédents l’Islâm étaient limités dans le temps et dans l’espace. Ce n’était pas le cas du Coran, appelé à être opérationnel et à exercer son influence jusqu’au Jour de la résurrection. C’est pourquoi, de nouveaux miracles s’afficheront devant toutes les générations de sorte que le dernier Message demeurera un miracle pour chaque siècle.

 

Le Coran était descendu et avait mis, dans le domaine littéraire et de la rhétorique, les Arabes au défi. Cependant, étant la religion de tous les hommes de la terre, et que Dieu est le Seigneur de tous les hommes, Créateur des cieux et de la terre, son défi s’adressait à toutes les créatures humaines jusqu’à la fin des temps. Déjà, au moment de la révélation, lorsqu’un conflit opposa les deux grandes puissances de l’époque, les Byzantins aux Perses et que les premiers furent défaits par les seconds, le Coran descendit avec cette Parole du Très-Haut :

 

« Alîf. Lâm. Mîm.*  Les Byzantins ont été vaincus, *  dans la contrée voisine, et après leur défaite, ils seront les vainqueurs, * dans quelques années. La décision finale appartient, aussi bien avant qu’après, appartient à Dieu, et ce jour-là les croyants se réjouiront * du secours de Dieu, qui accorde la victoire à qui Il veut, car Il est le Tout-Puissant, le Tout-Compatissant. »[2] (S.30, 1 à 5)

 

Si ce Coran avait été l’œuvre de l’Envoyé de Dieu (s), celui-ci ne se serait jamais hasardé à lancer une telle prédication. Il ne pouvait point émettre une opinion aussi téméraire, au niveau de la pensée humaine, dans un Livre dont la lecture était destinée à se perpétuer dans le temps et dans l’espace. C’est dire qu’il ne se serait jamais permis d’annoncer une victoire d’un des deux belligérants à la suite d’une bataille qui n’aurait eu lieu que des années plus tard. Qu’en serait-il arrivé à la religion si la prédication ne s’était pas réalisée ou encore si la revanche n’avait pas eu lieu ? Cela aurait été un  échec total et complet. Mais, ce n’était pas le cas car c’était Dieu qui parlait et c’était Lui l’Agent qui agissait. Ainsi, cette annonce d’une victoire lointaine constituait bien un fait miraculeux, qui ne concernait pas seulement les Arabes mais d’autres peuples voisins et ayant vécu pendant la période de la révélation.

Le Livre de Dieu montrera son caractère miraculeux à chaque génération selon le domaine où elle excellera. Ainsi, en considérant les découvertes scientifiques des derniers siècles, découvertes tenues aujourd’hui pour des réalités indiscutables, nous constatons que le Coran y a déjà fait allusion d’une manière stupéfiante et que les termes employés, il y a plus de quinze siècles, ne heurtent pas la terminologie scientifique actuelle. Prenons cet exemple :

 

« Et la terre, comment Nous l’avons étendue (madadnâ-hâ), comment Nous y avons implanté des montagnes et comment Nous y avons fait croître toutes sortes de magnifiques couples de plantes. » (S.50, 7)

 

Lorsque ce verset était descendu, cette expression « Nous l’avons (la terre) étendue » ne présentait aucun problème à la raison des contemporains de la révélation. En effet, les hommes voyaient bien que la terre était plane, donc étendue. Avec le progrès scientifique, les gens ont appris que la terre était ronde. Ceux qui ont traversé l’espace ont vu du haut de leur engin que la terre présentait une forme sphérique. D’aucuns ont déduit qu’il existe donc une contradiction entre le Coran et la science. C’est une affirmation gratuite, produite à la suite d’une lecture rapide et irréfléchie. En effet, Dieu n’a pas indiqué quel est cet endroit de la terre qui était plane et étendue. Il a parlé de la terre d’une manière générale.

 

N’est-ce pas que, quel que soit l’endroit où nous nous trouvons sur la surface de la terre, nous voyons que celle-ci se déroule et s’étend devant nos yeux ? Que nous soyons au pôle nord ou au pôle sud, à l’est ou à l’ouest, au centre ou à l’équateur, notre regard est projeté chaque fois sur une surface plane. Que nous nous déplacions d’un point géographique à un autre, nous continuerons à marcher sur tendre étendue devant nous. Cependant, nous sommes contraints d’admettre qu’il n’y a jamais une fin. Il y aurait eu une extrémité si  la terre était triangulaire ou carré, par exemple. Du moment que le sol, que nous foulons de nos pieds, demeure constamment étendu, quel que soir le lieu atteint dans nos déplacements et quel que soit nos moyens de locomotion, cela prouve que la terre ne peut être que ronde.

 

Il s’ensuit que la science ancienne et moderne n’a pas, jusqu’à ce jour, pris en défait la terminologie coranique. C’est dire que les versets du Coran s’accordent harmonieusement avec la réalité scientifique d’une manière qui ne surprendrait que les incrédules. Il faut admettre donc que Seul Dieu, et non pas un humain, est Capable d’un si extraordinaire prodige.

 

Le Prophète (s) n’a pas expliqué tous les aspects apparents et ésotériques et toutes les composantes cosmiques du Coran. S’il l’avait fait, aucun humain n’aurait pu donner une meilleure clarification que la sienne. Les données du Livre saint auraient été gelées. Aussi, l’Envoyé de Dieu (s) a-t-il donné l’occasion aux futurs commentateurs et chercheurs le soin de renouveler l’explication des versets en fonction de l’évolution du temps. Cet aspect du problème est également une autre des manifestations miraculeuses du dernier Message divin.

*

* *



[1] Tâ.H^a. * Nous t’avons envoyé le Coran non pas pour te rendre malheureux, *  mais plutôt comme rappel pour celui qui craint le Seigneur * et comme révélation émanant de Celui qui a créé la Terre et les Cieux sublimes, *  le Miséricordieux qui S’(est établi sur le Trône, * le Souverain des Cieux, de la Terre, des espaces interstellaires et de tout ce qui se trouve dans les profondeurs  du sol. * Que tu élèves ta voix ou non, Il connaît tous les secrets et même les pensées les plus intimes. * Il est Dieu ! Il n’y a de divinité que Lui ! Et Il porte les Noms les plus sublimes. (S.20, 1 à 8)

[2] La défaite évoquée dans le verset 2, est celle que subirent les Byzantins en Palestine, en 614. Les Byzantins faisaient partie de ce que le Coran appelle les gens du Livre (ahl al-kitâb). Ils occupaient au VIIe siècle l’Egypte, la Syrie, l’Asie Mineure et une grande partie de l’Afrique du Nord. Les Perses étaient, eux, des adorateurs du feu. Byzantins et Perses étaient perpétuellement en guerre. Héraclus, empereur romain d’Orient, résolu à s’opposer à la manœuvre expansionniste des Perses, affronta l’armée sassanide près d’Al-Quds (Jérusalemn). Son armée fut écrasée (verset 3). Les Perses occupèrent la Syrie et l’Egypte, mirent à sac les églises et s’emparèrent des plus valeureuses reliques de la chrétienté. Les Qurayshites, idolâtres de la Mecque, se réjouirent de la défaite de l’Empire de Rome. Cette victoire leur servait d’argument contre les musulmans qui, eux, espéraient la victoire des Byzantins. La révélation (verset 4) annonçait la revanche à venir des Byzantins. La prédication se réalisa en 622. Héraclius vainquit les Perses et, quelques années plus tard, il combattit et remporta la bataille en Iraq.




De quelques impressions sur le Coran (Deuxième partie)

05 05 2009

Quand nous entendons le mot « Qurân », nous comprenons que c’est quelque chose qui se lit puisque le terme dérive du verbe « qara.a » qui signifie « lire ». Qui dit « lire », entend apprendre pour être récité par cœur. Une fois que le Coran est descendu, « Qurân » est devenu un nom qui désigne une Parole révélée par Dieu à Son Envoyé avec l’idée de lancer un défi aux mortels. En outre, le Très-Haut a appelé le « Coran » Livre, à savoir « kitâb », du verbe « kataba » qui veut dire écrire ». Donc, en plus d’être lu, il est nécessaire d’écrire le Coran. Il s’ensuit que le Coran est un moyen de lecture qui doit être gardé dans les mémoires et un moyen d’être écrit sur les lignes, de sorte qu’il est possible de le lire à tous les moments.

 

Lorsque l’entreprise de composer le Coran pour en faire un maçhaf a commencé, les versets n’étaient repris et reproduits que s’ils étaient écrits sur des peaux ou sur des troncs de palmiers ou encore sur n’importe quel autre moyen d’écriture en usage lors de la révélation. En outre, il fallait, pour être accepté, qu’il y ait au moins deux Compagnons qui connaissaient par cœur le verset considéré. Toutefois, il y a eu une exception au sujet de celui-ci :

 

« Il est parmi les croyants des hommes qui ont tenu loyalement leur engagement vis-à-vis de Dieu. Certains d’entre eux ont déjà accompli leur destin ; d’autres attendent leur tour. Mais ils n’ont rien changé à leur comportement. » (S.33, 23)

Ce verset n’était écrit nulle part et une seule personne, Khazîma ibn Thâbit, l’avait retenu dans sa mémoire. Une discussion s’engagea pour décider s’il fallait l’agréer ou le rejeter, jusqu’au moment où Zayd ibn Thâbit rappela que l’Envoyé de Dieu (s) avait dit que le témoignage de cette femme valait celui de deux hommes. Rappelons le pourquoi de ce privilège :

 

Un malentendu avait opposé l’Envoyé de Dieu (s) et un Bédouin au sujet de l’achat d’un cheval. Le premier assura que cette bête avait été déjà achetée par lui tandis que le second contestait cet achat, disposé alors à le vendre à un autre acheteur. Le Bédouin demanda au Prophète (s) s’il avait un témoin. Ce fut alors que Khazîma ibn Thâbit intervint et témoigna en faveur de Messager de Dieu alors qu’elle n’avait pas du tout assisté à la transaction. Devant l’étonnement du Sceau des envoyés (s), cette femme déclara : « Ô Envoyé de Dieu ! Comment peut-on tenir pour vraie toute information que tu nous apportes du Ciel et que nous te traitons de menteur pour cette affaire ? » Ce fut à partir de cet événement que l’Envoyé de Dieu (s) avait déclaré : « Le témoignage de Khazîma vaut celui de deux hommes. ».

*

* *

Le Coran est la Parole de Dieu, descendue sur Muhammad (s) pour qu’en lançant un défi aux hommes et en revêtant un  caractère miraculeux, il puisse, en même temps, montrer à l’humanité entière le vrai chemin du Très-Haut. La voie indiquée par le Coran correspond à celle qui a été tracée par les Ecritures précédentes, à cette différence qu’il les corrigea et rectifia leurs déviations. En outre, les Livres antérieurs définissaient seulement la voie à suivre, tandis que le Coran y ajouta une propriété particulière et spécifique : il est un miracle.

 

Ainsi, la Torah était la voie conçue pour Moïse dont le bâton fut l’élément miraculeux de sa mission. L’Evangile était la voie inspirée à Jésus, fils de Marie, dont la guérison, avec la permission de Dieu, de l’aveugle et du paralytique, représentait le facteur prodigieux de sa fonction prophétique. Par rapport aux envoyés précédents, le miracle en question se distinguait donc nettement de la voie proposée. Le miracle était une chose et la voie en était une autre différente. Il n’en a pas été ainsi du Coran : il était et est à la fois une voie et un  miracle. C’est parce que les premières voies révélées par Dieu à Ses messagers étaient appelées à se transformer, voire à être complétées ou remplacées, tandis que le Coran devait se perpétuer dans le temps et l’espace : il allait être éternel.

 

Il s’ensuit que le Coran a été révélé pour perdurer jusqu’au Jour de la résurrection. C’est pourquoi, il était indispensable que sa voie soit soutenue par un miracle afin qu’aucun des partisans ou des adversaires ne disent que Muhammad est l’Envoyé de Dieu (s), d’une part, et que le Coran est un miracle, d’autre part. Les miracles des prophètes précédents se sont réalisés et ensuite ont disparu : il n’y a aucune preuve tangible ou visuelle de leur existence. Il était normal qu’ils ne laissent plus de trace puisque c’était des phénomènes sensibles et perceptibles. Celui qui les avait vus était amené à y croire. Quant à celui qui n’en a pas été un témoin oculaire, il pouvait en douter. De toute façon, ni le miracle de Moïse, ni celui de Jésus, fils de Marie, ne peuvent se manifester de nouveau. Les juifs d’aujourd’hui ne peuvent pas exposer, en public, le bâton de Moïse qui fendit la mer. De leur côté, les chrétiens de notre ère ne peuvent pas montrer du doigt le paralytique ou l’aveugle guéris par le Messie.

Or, le Coran est un miracle permanent. Il contient des données dont le sens s’éclaircit au fil du temps avec les découvertes scientifiques que l’homme réalise aussi bien dans le corps humain que dans la nature et l’espace. C’est dire que Dieu a inscrit dans Son Livre, d’une part, des Signes cosmiques et, d’autre part, des secrets dans la constitution physique de l’homme de sorte que celui-ci les découvrira graduellement avec l’avancement du progrès scientifiques et, partant, attestera de l’authenticité de la révélation, à savoir que celle-ci émane, sans conteste, du Seigneur des humains et des univers. C’est pourquoi, Dieu, le Très-Haut nous avertit dans ce verset prémonitoire et annonciateur de nouveautés dans notre monde d’ici-bas et d’originalités en nous-mêmes :

« Nous continuerons à leur montrer Nos signes aussi bien dans l’Univers qu’en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’ils reconnaissent que ce Coran est bien la Vérité. Ne suffit-il donc pas que ton Seigneur soit Témoin de toute chose ? » (S.41, 53)

 

La nature du miracle coranique se manifeste selon le contexte de l’époque. Il a défié les Arabes sur ce en quoi ils excellaient, c’est-à-dire leur talent littéraire. Ce fut pourquoi, Dieu les mit au défi de composer un écrit similaire ne serait-ce qu’à une seule sourate du Coran. Pour les autres, le défi porte sur les Signes de l’univers et ceux de la création. Ainsi, nous relevons, à titre d’exemple, cette Parole concernant les hôtes du Feu :

«En vérité, ceux qui auront renié Nos signes, Nous les précipiterons dans l’Enfer et chaque fois que leur peau aura été consumée, Nous leur en donnerons une autre en échange, afin qu’ils savourent toute l’horreur de leur supplice, car Dieu est Puissant et Sage.» (S.4,56)

                             

Lorsque ce verset a été révélé, il a été compris, à cette époque, que la peau se renouvelait après avoir été brûlée. Quand la science moderne a atteint l’étude des centres nerveux existant directement sous la peau, les hommes ont compris que la sensation de la souffrance se perdait lorsque la peau subissait de profondes brûlures. C’est de cette manière que le miracle coranique se répète au fil des siècles et apporte la preuve que le Coran est la Parole divine.

 

            Un autre fait miraculeux porte sur le choix de l’Envoyé de Dieu (s) et sa préparation à assumer sa mission. Dieu l’a choisi illettré, ne sachant ni lire ni écrire. Puis, Il l’a soutenu par des miracles qui parlaient tous de l’authenticité de sa mission prophétique. Cela va de soi puisque l’Envoyé de Dieu (s) n’était connu comme qui excellait en matière de poésie ou en prose. Il se trouvait que sa rhétorique était aussi manifeste qu’éclatante sans qu’il ait un don particulier et exceptionnel dans l’une ou l’autre branche littéraire.

 

            Or, la mission du Sceau des envoyés (s) était venue lancer un défi à un peuple renommé pour ses dons linguistiques et de rhétorique. Ces gens, experts en la matière, étaient qualifiés pour apprécier et juger l’éloquence des hommes. Donc, si le Prophète (s) était renommé pour ses aptitudes poétiques et oratoires, ses ennemis auraient vite conclu que le Coran est une œuvre littérale géniale produite grâce aux dons innés chez l’Envoyé de Dieu (s) depuis sa tendre enfance. En générale, les aptitudes spécifiques et exceptionnelles apparaissent avant la vingtième année ou la trentaine si elles sont marquées par quelque retard. Ce qui est certain, c’est qu’elles ne se manifestent pas spontanément chez un homme ayant atteint la quarantaine.

 

Le génie ne demeure pas caché pendant une longue période et puis il éclate subitement, inopinément au terme de quarante années d’existence. Or, avant la mission prophétique, aucun contemporain de Muhammad (s) ne pouvait prétendre que ce dernier était, depuis son jeune âge, célèbre par ses sermons aussi éloquents que pénétrants, réputé par sa perspicacité et par ses poésies riches en rimes. D’où tenait-il donc cette parole miraculeuse qu’il communiquait, à l’âge de quarante anas, aux gens et avec laquelle il défiait les humains et les djinns ?

 

Certaines personnes ont prétendu que l’Envoyé de Dieu (s) possédait un don linguistique miraculeux mais qu’il l’avait dissimulé aux gens jusqu’à sa quarantième année et ensuite il l’a dévoilé publiquement au moment opportun, celui qui lui convenait le mieux. Cette prétention ne s’accorde pas avec la raison parce que nous vivons dans un monde où la mort ne tient pas compte du nombre des années vécues. Comment Muhammad (s) pouvait-il savoir qu’il allait vivre quarante années de suite ? Qui pouvait le renseigner qu’il ne rencontrerait pas la mort avant cette date au point qu’il s’était permis de celer précieusement ce don aussi longtemps ? Il avait appris que son père était mort avant sa naissance. Sa mère décéda alors qu’il n’était qu’un peut garçon. Ces faits ne pouvaient pas laisser Muhammad (s) dans l’ignorance que la mort était imprévisible. S’il avait eu ce don qu’ont les génies, il n’aurait point attendu cet âge avancé pour l’exercer à son profit et à celui de son peuple. C’est pourquoi, lorsque les mécréants étaient venus lui demander de changer le Coran ainsi qu’il est indiqué dans ce verset, Dieu lui fit dire que cela ne relevait de ses prérogatives :

 

« Lorsque Nos versets sont récités, comme preuves évidentes, à ceux qui n’espèrent pas Notre rencontre, ils te disent : « Apporte-nous un autre Coran que celui-ci, ou change-en la teneur ! » Réponds-leur : Il ne m’appartient pas de le changer de ma propre initiative. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé. En vérité, je crains, si je désobéis à mon Seigneur, le châtiment d’un grand jour ! » (S.10, 15)

 

Si ce Coran provenait vraiment de Muhammad (s), humain comme tous les mortels, il aurait pu prendre la liberté d’en changer tout le contenu ou une partie afin de contenter les mécréants et les amener à la foi qui leur convenait. Cependant, le Très-Haut apprend à Son Messager comment répondre à ces détracteurs en usant d’arguments percutant et concluant :

 

«Dis-leur : Si Dieu l’avait voulu, je ne vous l’aurais pas récité et Il ne vous l’aurait pas fait connaître. Et avant cela, je suis bien demeuré parmi vous toute une vie sans le faire. Ne raisonnez-vous donc point ? »  (S.10, 16)

 

            Ainsi, le Prophète (s) informe ses compatriotes qu’il avait vécu parmi eux pendant quarante années avant d’être choisi par Dieu. Ils savaient fort bien qu’il n’avait eu à aucun moment des dispositions littéraires d’une telle envergure. Si ces mécréants réfléchissaient quelque peu et raisonnaient correctement, ils auraient certainement déduits que le Coran ne pouvait pas être son œuvre ou celle de n’importe quel humain, si génial soit-il.

 

            Un autre regard sur le miracle du Coran doit aussi être porté sur le fait que le Prophète (s) ne sait ni lire ni écrire. Dans un  tel contexte, pouvait-il posséder trois formes de style et de formulation, tout à fait distinctes l’une de l’autre ? Il s’agit de la forme du Coran, d’abord, puis de celle des hadîths qudsiyya et ensuite des hadîths du Prophète (s) lui-même. Il n’existe pas, en ce monde, depuis sa création, un génie ayant trois styles d’écriture, chacun d’eux revêtant un caractère particulier, sans commune mesure avec l’autre ?

Il va de soi que l’Envoyé de Dieu (s) ne pouvait pas, tout en s’exprimant publiquement, faire une distinction entre les trois formes et passer aisément de l’une à l’autre, sans jamais se tromper. En fait, chaque personne a ses propres expressions qui le distinguent et le différencient des autres. On dit bien que le style définit la personnalité de l’homme. Certes, il est possible de changer la forme des constructions grammaticales de ses phrases après quelques temps d’une expérience plus ou moins longue, mais il est impensable de le faire le même jour,  simultanément et au même moment.  

Il en résulte que la distinction entre ces trois genres littéraires, que sont le Coran, le hadîth qudsî et le hadîth prophétique, est une autre indication probante que le premier cité, à savoir le Livre saint, ne provient point du cru personnel du Sceau des envoyés (s).

L’inquiétude des mécréants grandissait de jour en jour. N’ayant trouvé aucune ouverture à travers laquelle, ils pouvaient s’attaquer sérieusement à l’Envoyé de Dieu (s), ils ne trouvèrent rien de mieux que de l’accuser d’être tantôt un  sorcier, tantôt d’un magicien. Or, si ces impies avaient fait travailler leurs méninges, ils se seraient demandés que si, effectivement, leur compatriote était un sorcier, celui-ci n’aurait pas manqué de recourir à sa magie pour les délivrer de leur mécréance et de les contraindre à s’engager dans le droit chemin de la foi. Or, ces associationnistes n’avaient, à aucun moment, pris des dispositions pour se préserver des possibles et néfastes effets que produiraient les incantations de leur concitoyen. 

 

Les mécréants avaient dit également que l’Envoyé de Dieu (s) était un fou. Là encore, ils lançaient des accusations à tort et à travers, sans jamais vérifier ce qu’ils disaient. En effet, un fou ne prononce jamais des paroles censées. Or, les versets du Coran étaient d’une clarté lumineuse. Un fou agit à un moment donné et n’a plus conscience de son acte un moment après. Pourtant, ces mécréants étaient témoins que le Prophète (s) avait des suites dans les idées. Certains fous peuvent s’emporter et frapper parfois les gens sans raison. Or, ces infidèles irréfléchis ne s’étaient jamais plaints de coups reçus par celui qu’ils avaient appelé al-Amîn = le Loyal. Aussi, Dieu a-t-Il répondu à toutes ces dénonciations aussi saugrenues, absurdes qu’extravagantes en quelques versets courts et pertinents.

 

« Nûn. Par la plume et par ce que les scribes mettent en lignes ! * Par la grâce de ton Seigneur, tu n’es point un possédé ! * En vérité, une récompense sans reproche t’est réservée * et tu es doué d’un caractère élevé. * Bientôt tu verras et les négateurs, eux aussi, verront * lequel d’entre vous a perdu la raison, * car c’est ton Seigneur qui connaît le mieux ceux qui s’égarent de Son chemin et ceux qui sont bien dirigés. » (S.68, 1 à 7)

 Les mécréants, devant ce Verbe éloquent qu’est la Coran, ayant été dans l’incapacité de produire une sourate d’une aussi grande valeur, avaient pensé que le Messager de Dieu (s) était un poète et un devin. Le Très-Haut a répondu aussi à ce fallacieux et inique réquisitoire.

 

« J’en jure par ce que vous voyez* et par ce que vous ne pouvez voir* que c’est bien là la parole d’un noble Messager, * et non point le propos d’un poète, pour peu que vous croyiez, ni d’un vulgaire devin, pour peu que vous réfléchissiez ! * Ce Coran est, en effet, une révélation émanant du Maître de l’Univers. *  (S.70, 38 à 43)

 

En réalité, Il n’est pas permis à la constitution humaine de recevoir directement quoi que ce soit de Dieu. Celui-ci indique à Ses envoyés la voie à suivre selon divers et différents procédés. Quant au Sceau des messagers (s), Il l’a fait à travers la révélation : c’est une infirmation discrète qui n’est entendue ou compris par personne sauf par celui qui la reçoit ; elle suppose un  Transmetteur (Dieu) et un Récepteur (le Prophète).

 

« Il n’est pas donné à un homme que Dieu lui parle directement, si ce n’est par inspiration ou derrière un voile ou par l’envoi d’un messager qui lui révèle, par Sa permission, ce qu’Il veut. Dieu est Sublime et Sage. » [1] (S.42, 51)

 

Dieu a fait des révélations aux envoyés et Il l’a fait à d’autres également. Ainsi, Il a fait des révélations aux anges, à la mère de Moïse, aux apôtres, aux abeilles et à la Terre.  Dans ces cas, il s’agit essentiellement d’inspiration. Cependant, ce qui est appelée « révélation légale », c’est ce qui émane du Très-Haut et se destine aux messagers. Ce fut ainsi que le Livre saint a été transmis graduellement au Sceau des envoyés (s) qui le recevait sans quelques souffrances physiques. A titre d’exemple, citons ce cas parmi tant d’autres :

 

Un jour que la révélation descendit, le Prophète (s) fut pris de tremblement et des sueurs froides coulaient de son front. Son corps s’alourdit au point que son genou, appuyé sur celui d’un de ses Compagnons, assis à ses côtés, faillit s’écraser. Quand l’Envoyé de Dieu (s) se trouvait sur sa chamelle et que la révélation arrivait, la bête pliait les genoux et s’affaissait sur le sol parce qu’elle ne pouvait pas

supporter le poids de celui qu’elle portait sur son dos.  

 

Ainsi, ce Livre porte la Parole de Dieu qui a fixé aux humains la voie à suivre. Aussi longtemps que l’homme se conformera aux préceptes coraniques, il jouira de la beauté de l’univers avec son cortège de paix, de miséricorde et de guérison des maux moraux. Par contre s’il s’en détourne, il ne fait que cumuler malheur et infortune. C’est pourquoi, le Très-Haut a dit :

 

« Ce Coran que Nous révélons et qui apporte aux croyants guérison et miséricorde ne fait, en réalité, qu’aggraver la ruine des méchants. » (S.17, 82)

            . 

 



[1] Ce verset indique les trois façons différentes de recevoir la révélation. Par inspiration (wahy), comme lors d’un rêve : Abraham reçut en songe l’ordre d’immoler son fils Ismaël (37/102). Derrière un voile : c’est ainsi que Dieu s’adressa à Moïse (4/164 ; 7/143 ; 27/8). L’envoi d’un messager (rasûl) : c’est l’ange Jibrîl (Gabriel) qui transmit la révélation au Prophète (2/97). C’est par cette voie que le Coran fut entièrement révélé.




Portée et dimension du Coran (Première Partie)

05 05 2009

Il ne fait aucun doute que le dernier message véhicule les valeurs et les expériences théoriques et pratiques de toutes les prophéties antérieures. Dans ce contexte, il  expose l’histoire des envoyés et leur relation avec leur peuple respectif, avec ce qu’elle comportait en dialogues et en débats qui les opposaient. Il énonce le contenu de leurs discours avec ses composantes où s’alternaient les approbations et les acceptations, les refus et les oppositions. La mission de l’Envoyé de Dieu (s) a suivi le même itinéraire. Il n’a donc pas fait exception au parcours prophétique connu par les prophètes antérieurs.

 

            Les résistances et les réfutations, les consentements et les ententes se perpétuaient jusqu’à la mort du prophète. La tombe de celui-ci était ensuite idolâtrée. Lui-même était sanctifié, voire même pris pour dieu. Ce fut ainsi qu’avec le temps, des confusions s’étaient opérées sur le sens de la prophétie, de l’intercession, de la divinité, de la volonté humaine etc. Aussi le Coran prit-il soin de ne pas renouveler cette situation entre l’Envoyé de Dieu (s) et son peuple. C’est ainsi que le Coran s’emplit de versets qui définissaient les concepts avec précision et posaient des cloisons aussi hautes qu’hermétiques entre la prophétie qui relève du monde du mystère, du Commandement, de la seigneurie et de la divinité afin de ne donner aux croyants aucune occasion de répéter les erreurs des anciennes nations.

 

Les fausses interprétations données à ces concepts furent à l’origine de fautes grossières qui conduisirent à l’égarement, au lieu d’indiquer la voie de la guidance. C’est pourquoi, le Coran ne cessa-t-il pas d’insister sur la nature humaine de l’Envoyé de Dieu (s) et, en même temps, sur l’obligation de lui obéir dans le domaine de ce qu’il apporta de la part de Dieu. Dans le même élan, il mit l’accent sur les responsabilités assumées par ceux qui s’opposaient à lui particulièrement. Il traça la limite séparatrice entre celui qui transmet le message, en l’occurrence Dieu, et celui qui le reçoit, à savoir le Prophète (s).

 

Dans ce contexte, il est possible de saisir la solennité des nombreux versets qui se rattachent à ces domaines et la clarté des éclaircissements opérés à ce sujet. « Dis : Je ne suis qu’un humain comme vous auquel une révélation a été faite ». Il nous est possible aussi de comprendre comment l’Envoyé de Dieu (s) mettait en garde les gens qui exagéraient les éloges qui lui étaient adressées. Selon Abû Hurayra, l’Envoyé de Dieu (s) a dit : « Ne prenez pas ma tombe comme un lieu de fête et ne faites pas de vos maisons des tombes là ou soyez. Priez pour moi car vos prières m’atteindront. » 

 

            Tout cela pour que les malheurs ne se répètent pas, que les lumières de la prophétie ne s’éteignent pas et que la guidance ne se voile pas pour les humains. C’est donc pour que ces derniers ne renoncent pas aux Traditions des prophètes en tant que méthode pour comprendre et pratiquer le Message de Dieu, Sa religion et Sa législation. Si cette communauté prête attention, dans les prochains stades de son histoire, comme l’ont fait les Compagnons de l’Envoyé de Dieu (s) à l’importance des concepts et si elle prenait soin à ne pas les confondre, elle éviterait les nombreuses agitations relatives à la réalité muhammadienne, la prophétie, le Message, la raison, la révélation, le monde d’ici-bas, la vie dernière, l’adoration, les desseins et les buts etc. C’est ce mélange des concepts qui a fait des enfants d’une seule communauté des sectes l’une traitant l’autre de mécréante sans aucune raison logique.

*

* *

Un ancien bédouin, vivant dans les confins du désert, a énoncé cette parole, exacte et certaine : « La crotte indique le passage d’un chameau, et la trace de pas révèle la marche (d’une personne). Quant au ciel aux constellations et la terre aux défilés étroits ne se réfèrent-ils pas à la manifestation du Compatissant, le Bien Informé ? »

 

Ce point de vue aussi intuitif qu’évident atteste qu’il faut un organisateur à toute organisation et que les phénomènes de l’univers, caractérisé par la précision, la cohésion et l’harmonie de ses composantes, renvoient à la Présence d’un Régisseur Sage, Connaisseur, Capable de gérer les affaires de toutes les créations qui se dressent devant l’homme afin de lui annoncer l’existence de Dieu, le Glorieux, le Très-Haut. Le discours de ce bédouin procède de la logique de la foi originelle qui n’a pas besoin d’être longuement analysée pour mettre en évidence la vérité qui s’y  contient. Pourtant, il est étonnant que ce raisonnement simple mais éloquent ne se soit pas imposé totalement à la vision scientifique contemporaine.

 

Cependant, le combat, engagé par la raison humaine à travers sa longue histoire, et ses luttes, menées face aux mystères de l’univers, ont été couronnées par la victoire de l’intelligence de l’homme, armée de ses instruments méthodologiques, lesquels se résument dans le dialogue fructueux entre elle et l’expérience.  C’est ainsi que la plupart des savants de notre époque ont adopté la même attitude que cet ancien bédouin. Les lois physiques, les études astronomiques et les recherches de la science cosmique attestent aujourd’hui que nous vivons vraiment et effectivement dans un univers organisé et structuré.

 

Le Livre de Dieu, le Très-Haut, qui décrit à grands traits cet univers, renferme la nécessité de la croyance en un Gestionnaire Unique. La religion à laquelle il fait appel est celle de l’Unicité, du Tawhîd. A cet effet, elle s’adresse à la raison humaine et l’incite à la réflexion et à la méditation. Il est dit, entre autres, dans le Coran à titre d’exemple : « Ô hommes ! Qu’est-ce qui te fait douter de la magnanimité de ton Seigneur * qui t’a créé, t’a constitué, t’a modelé avec harmonie, * suivant la forme qu’Il a bien voulu te donner ? »[1] - « Périsse l’homme ! Comme il est ingrat ! * Oublie-t-il d’où son Seigneur l’a tiré ? * C’est d’une goutte de sperme qu’Il le crée et fixe sa destinée. »[2]. Ces appels, et bien d’autres encore, s’accompagnent de prescriptions applicables au comportement humain.

 

C’est que le Coran est la voie du salut de l’humain et de l’humanité. Dans cette perspective, Il est une direction à la fois cultuelle, morale, juridique et spirituelle. Il est, par la même occasion, un Rappel destiné aux hommes doués d’intelligence, au sujet desquels le Livre saint dit : « Bienheureux, en vérité, sont les croyants, * qui prient avec humilité,* qui s’acquittent de la zakât, qui s’abstiennent de tout rapport charnel sauf avec leurs épouses ou leurs esclave, ce en quoi ils ne sont pas à blâmer. »

 

Le Coran offre à toute l’humanité, hommes et femmes, les moyens les plus opérants de leur bonheur à travers les sources de leur religion, la constitution de leur organisation socio-économique, fondée sur la justice entre les gens, leur égalité devant la Loi, leur concertation relatives à leurs affaires locales, nationales et internationales. Il en est ainsi également de  la liberté de leur raison et de leur jugement dans le cadre constitutionnel des normes coraniques. Quant à ceux qui s’efforcent de mutiler des textes du Coran ou de les abroger, cherchant à leur substituer le produit de la seule raison humaine,  à ceux qui se présentent en prétendus réformateurs sous le couvert du progrès, alors qu’il s’agit de satisfaire leurs propres désirs,  le Très-Haut dit : « Lorsqu’on leur dit : « Ne faites pas de mal sur la Terre ! », ils répliquent : « Nous ne sommes que des réformateurs. » Qu’y faire ? Ce sont des êtres malfaisants, mais ils n’en ont pas conscience. »[3]

 

            Pourtant, le Coran contient et réunit tout à la fois des valeurs scientifiques, des connaissances historiques, des réalités sur la création de l’homme et de l’univers qui interpellent la raison humaine et l’incitent à s’exercer correctement. Il renferme aussi des enseignements sur les dogmes, les pratiques cultuelles, la morale, les relations sociales où s’inscrivent les fiances, les législations inhérentes au code civil et au code pénal. Il examine les problèmes de la guerre et de la paix, des droits politiques et sociaux de l’homme. La morale s’inclut dans chacun des domaines étudiés ainsi que le Messager de Dieu l’a dit : « J’ai été envoyé pour parfaire les nobles vertus de la morale. »

 

            Le Coran est le Message de Dieu révélé à la meilleure de Ses créatures, le Sceau des envoyés. Le Très-Haut ordonne donc à Son dernier Prophète de communiquer ce Message à Ses serviteurs afin qu’ils en connaissent le contenu et qu’ils  y conforment leur vie. C’est là le moyen de leur bonheur en ce bas monde et dans la vie dernière. Du moment que le Coran est un Livre de guidance destiné à toute l’humanité, il avait donc besoin d’être explicité. Cela a été la fonction de l’Envoyé de Dieu (s) qui, effectivement, clarifiait chaque fois qu’il le fallait, les versets révélés. Le Créateur dit à Son Messager (s) : « Et à toi Nous envoyons ce Coran afin que tu expliques clairement aux hommes ce qui leur a été révélé. Peut-être seront-ils amenés à réfléchir. » - « Nous ne t’avons révélé ce Coran qu’afin que tu éclaires les hommes sur le motif de leurs différends, et pour qu’il soit aussi un guide et une miséricorde pour ceux qui ont la foi. »  [4]

           

L’Envoyé de Dieu (s) a expliqué Le Livre par ses paroles, ses actes, ses décisions,  ses silences, ses guidances et son comportement irréprochable. C’est pourquoi, Il a dit : « Certes, j’ai apporté le Coran et, avec lui, quelque chose de similaire », à savoir sa sunnah. L’imâm ash-Shâfi’i a dit : « Il (l’Envoyé de Dieu) est l’explication même du Coran et tout ce que les ‘ulama ont mentionné, constituent l’explication de la Sunnah. » ‘Abd ar-Rahmân as-Salmâ a dit : « Ceux qui ont appris intégralement le Coran, tels que ‘Uthmân ibn ‘Affân, ‘Abd Allah ibn Mas’ûd etc. nous ont dit : « Quand ils apprenaient dix versets du Prophète (s), ils ne passaient à l’apprentissage d’autres versets qu’après avoir appris ce qu’ils contenaient en matière théorique (ou scientifique) et pratique. »  Quant aux intéressés, ils ont dit : « Nous avons appris le Coran, la science et l’action. »

 

            Le Coran n’a pas été révélé pour nous dévoiler les mystères de l’Univers. Dieu n’en lève certains voiles que pour nous permettre de mieux comprendre les données du Livre saint en relation avec les secrets de l’existence. Ainsi, en fonction de l’évolution du temps et chaque fois que l’homme découvre de nouveaux phénomènes aussi bien cosmiques qu’en lui-même, le miracle coranique lui apparaît dans toute sa dimension. Ces faits miraculeux se manifestent à travers l’allusion d’un verset ou d’un ensemble de versets. Bien que le texte soit allusif, il n’en reste pas moins qu’il attire notre attention sur sa correspondance qui existe avec de récents faits psychologiques, observés chez les humains ou à la suite de découvertes scientifiques. Ce n’est pas non plus une raison de faire correspondre  nécessairement le Livre de Dieu à toute nouvelle découverte ou invention scientifique.

 

            Le Coran interpelle des dons cachés dans l’âme, dons que nous ne connaissons pas mais connus de Dieu car Il est le Créateur de l’homme et Il connaît bien Sa créature humaine. Ces dons s’émotionnent lorsqu’ils entendent le Coran. Elles attendrissent les cœurs dans lesquels la foi pénètre. D’ailleurs, l’attention des mécréants de l’époque de la révélation a été attirée par l’influence du Coran sur l’âme humaine, influence inexplicable qui traînait l’âme dans la voie de la foi et introduisait la miséricorde dans les cœurs. C’est pourquoi, les notables qurayshites usaient de tous les moyens pour empêcher les gens d’écouter la récitation du Coran, Parole du Très-Haut, et agressaient ceux qui en lisaient les versets aussi attachants et irrésistibles les uns que les autres. C’est dire qu’ils craignaient que l’âme des mécréants soit captivée par la Parole divine et attirée par la foi en Dieu. « Les négateurs disent : N’écoutez pas ce Coran, mais faites du chahut quand il est récité ! Peut-être en triompherez-vous ainsi ! »[5]

La conversion de ‘Umar Ibn al-Khattâb illustre cette attirance vers la religion, attirance provoquée par l’écoute des versets du Coran. Il avait certainement entendu le Coran auparavant, sans pourtant ne subir aucune influence. Cependant, quand il apprit que sa sœur Fâtima et son mari, Sa’îd ibn Zayd, avaient embrassé l’Islâm, il se précipita chez eux avec la ferme intention de les assaillir violemment. Arrivé sur les lieux, il fonça sur l’époux mais l’épouse s’interposa pour le protéger. ‘Umar la frappa et fit couler du sang sur le visage de sa sœur. A la vue de ce sang, le cœur de ‘Umar s’attendrit. Le sentiment de miséricorde, plutôt que celui de la nuisance, gagna son cœur. La haine se libéra de son organe. Aussitôt, il demanda à sa sœur de lui remettre le feuillet du Coran qu’elle et son mari lisaient avant son arrivée à la maison. Quand il lut, avec émotion, les premiers versets de la sourate Tâ.Hâ[6], il dit : « Que ces paroles sont belles et combien sont-elles vénérables ! » Ensuite, il courut vers l’Envoyé de Dieu (s) pour lui annoncer son adhésion à l’Islâm.

 

Ainsi, lorsque l’entêtement et l’obstination, sources d’aveuglement et d’égarement, se dégagent du cœur, ils entraînent la mécréance sur leur sillage. Et quand l’homme écoute, avec sérénité et calme, le Coran, la foi pénètre aussitôt dans son cœur. C’est dire que pour que la foi soit acceptée, il convient tout d’abord que le cœur se libère de la mécréance. C’est ainsi que nous constatons que le Coran exerce une influence particulière sur l’âme humaine. En effet, les mécréants reconnaissaient qu’il s’y contenait douceur, charme et élégance, que sa Parole véhiculaire se plaçait au-dessus de tout sans laisser quoi que ce soit au-dessus d’elle. Tel a été le premier miracle car le Coran est la Parole de Dieu, le Béni, le Très-Haut.

 

Les Compagnons et les croyants, contemporains de l’Envoyé de Dieu (s), recevaient les données du Coran au fur et à mesure de leur descente. Ils les comprenaient selon les capacités de leurs raisons à saisir les secrets de l’univers et ceux du Livre saint. Aucun Compagnon n’avait interrogé le Prophète (s) sur le sens des versets relatifs à l’univers ou sur leur signification linguistique. Par exemple, aucun ne s’était interrogé sur l’acception de ces lettres énigmatiques « Alif. Lâm. Mîm », ou « ‘A.Sîn.Qaf » ou encore « Ha.Mîm ». Pourtant, l’Envoyé de Dieu (s) accueillait beaucoup de ceux qui croyaient au Livre de Dieu  et beaucoup aussi de ceux qui ne croyaient pas à ce que Dieu faisait descendre. Ces mécréants ne demandaient pas mieux de mettre en difficulté le Messager de Dieu (s) sujet de la conception du Coran. Aucun d’entre eux, bien que tous étaient des experts en rhétorique et connus pour leur éloquence, n’intervient pour demander des éclaircissements sur ces lettres incompréhensibles qui ouvraient certaines sourates et se lisaient isolément l’une de l’autre.

 

L’existence de ces lettres de l’alphabet au début de certaines sourates aurait dû être, pour les mécréants, l’occasion de débattre, par exemple, de la valeur linguistique du Coran. Ils n’avaient pas, toutefois, soulevé des objections à ce sujet. Il ne fait aucun doute que l’absence de discussions et de critiques négatives à propos de ces « ouvertures » des sourates est une preuve que les mécréants en étaient, sans y croire, impressionnés. Ils n’avaient trouvé aucun argument à opposer au Coran et n’avaient éprouvé aucun élément théorique ou pratique à même de mettre absolument en doute son contenu. En effet, s’ils y avaient trouvé matière à controverse, ils n’auraient pas manqué de le proclamer publiquement d’user de tous les moyens à leurs dispositions pour servir leur but et réussir dans leur entreprise.

 

Pour sa part, l’Envoyé de Dieu (s) a expliqué et clarifié tout ce qui se rattachait à la foi, laissant aux générations futures, avec l’évolution du temps, le soin de découvrir les secrets des versets coraniques. Ainsi, les données du Livre de Dieu étaient appelées à livrer quelques uns de leurs mystères au fur et à mesure des mutations sociologiques et des capacités de la raison de chaque époque à saisir les nouvelles dimensions scientifiques du moment. C’est dire que la signification du Livre saint n’est pas figée, contrairement aux autres Ecritures scripturales. C’est que les Messages précédents l’Islâm étaient limités dans le temps et dans l’espace. Ce n’était pas le cas du Coran, appelé à être opérationnel et à exercer son influence jusqu’au Jour de la résurrection. C’est pourquoi, de nouveaux miracles s’afficheront devant toutes les générations de sorte que le dernier Message demeurera un miracle pour chaque siècle.

Le Coran était descendu et avait mis, dans le domaine littéraire et de la rhétorique, les Arabes au défi. Cependant, étant la religion de tous les hommes de la terre, et que Dieu est le Seigneur de tous les hommes, Créateur des cieux et de la terre, son défi s’adressait à toutes les créatures humaines jusqu’à la fin des temps. Déjà, au moment de la révélation, lorsqu’un conflit opposa les deux grandes puissances de l’époque, les Byzantins aux Perses et que les premiers furent défaits par les seconds, le Coran descendit avec cette Parole : « Alîf. Lâm. Mîm.*  Les Byzantins ont été vaincus, *  dans la contrée voisine, et après leur défaite, ils seront les vainqueurs, * dans quelques années. La décision finale appartient, aussi bien avant qu’après, appartient à Dieu, et ce jour-là les croyants se réjouiront * du secours de Dieu, qui accorde la victoire à qui Il veut, car Il est le Tout-Puissant, le Tout-Compatissant. »[7][8]

 

Si ce Coran avait été l’œuvre de l’Envoyé de Dieu (s), celui-ci ne se serait jamais hasardé à lancer une telle prédication. Il ne pouvait point émettre une opinion aussi téméraire, au niveau de la pensée humaine, dans un Livre dont la lecture était destinée à se perpétuer dans le temps et dans l’espace. C’est dire qu’il ne se serait jamais permis d’annoncer une victoire d’un des deux belligérants à la suite d’une bataille qui n’aurait eu lieu que des années plus tard. Qu’en serait-il arrivé à la religion si la prédication ne s’était pas réalisée ou encore si la revanche n’avait pas eu lieu ? Cela aurait été un  échec total et complet. Mais, ce n’était pas le cas car c’était Dieu qui parlait et c’était Lui l’Agent qui agissait. Ainsi, cette annonce d’une victoire lointaine constituait bien un fait miraculeux, qui ne concernait pas seulement les Arabes mais d’autres peuples voisins et ayant vécu pendant la période de la révélation.

 

Le Livre de Dieu montrera son caractère miraculeux à chaque génération selon le domaine où elle excellera. Ainsi, en considérant les découvertes scientifiques des derniers siècles, découvertes tenues aujourd’hui pour des réalités indiscutables, nous constatons que le Coran y a déjà fait allusion d’une manière stupéfiante et que les termes employés, il y a plus de quinze siècles, ne heurtent pas la terminologie scientifique actuelle. Prenons cet exemple parmi tant d’autres aussi significatif l’un que l’autre  : « et la terre, comment Nous l’avons étendue (madadnâ-hâ), comment Nous y avons implanté des montagnes et comment Nous y avons fait croître toutes sortes de magnifiques couples de plantes. »

 

[9]Lorsque ce verset était descendu, cette expression « Nous l’avons (la terre) étendue » ne présentait aucun problème à la raison des contemporains de la révélation. En effet, les hommes voyaient bien que la terre était plane, donc étendue. Avec le progrès scientifique, les gens ont appris que la terre était ronde. Ceux qui ont traversé l’espace ont vu du haut de leur engin que la terre présentait une forme sphérique. D’aucuns ont déduit qu’il existe donc une contradiction entre le Coran et la science. C’est une affirmation gratuite, produite à la suite d’une lecture rapide et irréfléchie. En effet, Dieu n’a pas indiqué quel est cet endroit de la terre qui était plane et étendue. Il a parlé de la terre d’une manière générale.

 

N’est-ce pas que, quel que soit l’endroit où nous nous trouvons sur la surface de la terre, nous voyons que celle-ci se déroule et s’étend devant nos yeux ? Que nous soyons au pôle nord ou au pôle sud, à l’est ou à l’ouest, au centre ou à l’équateur, notre regard est projeté chaque fois sur une surface plane. Que nous nous déplacions d’un point géographique à un autre, nous continuerons à marcher sur tendre étendue devant nous. Cependant, nous sommes contraints d’admettre qu’il n’y a jamais une fin. Il y aurait eu une extrémité si  la terre était triangulaire ou carré, par exemple.

 

Du moment que le sol, que nous foulons de nos pieds, demeure constamment étendu, quel que soir le lieu atteint dans nos déplacements et quel que soit nos moyens de locomotion, cela prouve que la terre ne peut être que ronde. Il s’ensuit que la science ancienne et moderne n’a pas, jusqu’à ce jour, pris en défait la terminologie coranique. C’est dire que les versets du Coran s’accordent harmonieusement avec la réalité scientifique d’une manière qui ne surprendrait que les incrédules. Il faut admettre que Seul Dieu, et non pas un humain, est Capable d’un si extraordinaire prodige.

 

Le Prophète (s) n’a pas expliqué tous les aspects apparents et ésotériques et toutes les composantes cosmiques du Coran. S’il l’avait fait, aucun humain n’aurait pu donner une meilleure clarification que la sienne. Les données du Livre saint auraient été gelées. Aussi, l’Envoyé de Dieu (s) a-t-il donné l’occasion aux futurs commentateurs et chercheurs le soin de renouveler l’explication des versets en fonction de l’évolution du temps. Cet aspect du problème est également une autre des manifestations miraculeuses du dernier Message divin. Quand nous entendons le mot « Qurân », nous comprenons que c’est quelque chose qui se lit puisque le terme dérive du verbe « qara.a » qui signifie « lire ».

 



[1] S.82, 6 à 8

[2] S.80, 17 à 19

[3] S.2, 11 et 12

[4] S.16, 44 et 64

 

[5] S.41, 26

[6] Tâ.H^a. * Nous t’avons envoyé le Coran non pas pour te rendre malheureux, *  mais plutôt comme rappel pour celui qui craint le Seigneur * et comme révélation émanant de Celui qui a créé la Terre et les Cieux sublimes, *  le Miséricordieux qui S’(est établi sur le Trône, * le Souverain des Cieux, de la Terre, des espaces interstellaires et de tout ce qui se trouve dans les profondeurs  du sol. * Que tu élèves ta voix ou non, Il connaît tous les secrets et même les pensées les plus intimes. * Il est Dieu ! Il n’y a de divinité que Lui ! Et Il porte les Noms les plus sublimes. (S.20, 1 à 8)

[7] La défaite évoquée dans le verset 2, est celle que subirent les Byzantins en Palestine, en 614. Les Byzantins faisaient partie de ce que le Coran appelle les gens du Livre (ahl al-kitâb). Ils occupaient au VIIe siècle l’Egypte, la Syrie, l’Asie Mineure et une grande partie de l’Afrique du Nord. Les Perses étaient, eux, des adorateurs du feu. Byzantins et Perses étaient perpétuellement en guerre. Héraclus, empereur romain d’Orient, résolu à s’opposer à la manœuvre expansionniste des Perses, affronta l’armée sassanide près d’Al-Quds (Jérusalemn).

Son armée fut écrasée (verset 3). Les Perses occupèrent la Syrie et l’Egypte, mirent à sac les églises et s’emparèrent des plus valeureuses reliques de la chrétienté. Les Qurayshites, idolâtres de la Mecque, se réjouirent de la défaite de l’Empire de Rome. Cette victoire leur servait d’argument contre les musulmans qui, eux, espéraient la victoire des Byzantins. La révélation (verset 4) annonçait la revanche à venir des Byzantins. La prédication se réalisa en 622. Hér           aclius vainquit les Perses et, quelques années plus tard, il combattit et remporta la bataille en Iraq.

 

[8] S.30, 1 à 5

 

[9] S.50, 7

 




Portée et dimension du Coran (Deuxième partie)

05 05 2009

Qui dit « lire », entend apprendre pour être récité par cœur. Une fois que le Coran est descendu, « Qurân » est devenu un nom qui désigne une Parole révélée par Dieu à Son Envoyé avec l’idée de lancer un défi aux mortels. En outre, le Très-Haut a appelé le « Coran » Livre, à savoir « kitâb », du verbe « kataba » qui veut dire écrire ». Donc, en plus d’être lu, il est nécessaire d’écrire le Coran. Il s’ensuit que le Coran est un moyen de lecture qui doit être gardé dans les mémoires et un moyen d’être écrit sur les lignes ; il est alors possible de le lire à tous les moments.

 

Lorsque l’entreprise de composer le Coran, pour en faire un maçhaf a commencé, les versets n’étaient repris et reproduits que s’ils étaient écrits sur des peaux ou sur des troncs de palmiers ou encore sur n’importe quel autre moyen d’écriture en usage lors de la révélation. En outre, il fallait, pour être accepté, qu’il y ait au moins deux Compagnons qui connaissaient par cœur le verset considéré. Toutefois, il y a eu une exception au sujet de celui-ci : « Il est parmi les croyants des hommes qui ont tenu loyalement leur engagement vis-à-vis de Dieu. Certains d’entre eux ont déjà accompli leur destin ; d’autres attendent leur tour. Mais ils n’ont rien changé à leur comportement. » (S.33, 23). Ce verset n’était écrit nulle part et une seule personne, Khazîma ibn Thâbit, l’avait retenu dans sa mémoire. Une discussion s’engagea pour décider s’il fallait l’agréer ou le rejeter, jusqu’au moment où Zayd ibn Thâbit rappela que l’Envoyé de Dieu (s) avait dit que le témoignage de cette femme valait celui de deux hommes.

Rappelons le pourquoi de ce privilège : Un malentendu avait opposé l’Envoyé de Dieu (s) et un Bédouin au sujet de l’achat d’un cheval. Le premier assura que cette bête avait été déjà achetée par lui tandis que le second contestait cet achat, disposé alors à le vendre à un autre acheteur. Le Bédouin demanda au Prophète (s) s’il avait un témoin. Ce fut alors que Khazîma ibn Thâbit intervint et témoigna en faveur de Messager de Dieu alors qu’elle n’avait pas du tout assisté à la transaction. Devant l’étonnement du Sceau des envoyés (s), cette femme déclara : « Ô Envoyé de Dieu ! Comment peut-on tenir pour vraie toute information que tu nous apportes du Ciel et que nous te traitons de menteur pour cette affaire ? » Ce fut à partir de cet événement que l’Envoyé de Dieu (s) avait déclaré : « Le témoignage de Khazîma vaut celui de deux hommes. ».

 

Le Coran est la Parole de Dieu, descendue sur Muhammad (s) pour qu’en lançant un défi aux hommes et en revêtant un  caractère miraculeux, il puisse, en même temps, montrer à l’humanité entière le vrai chemin du Très-Haut. La voie indiquée par le Coran correspond à celle qui a été tracée par les Ecritures précédentes, à cette différence qu’il les corrigea et rectifia leurs déviations. En outre, les Livres antérieurs définissaient seulement la voie à suivre, tandis que le Coran y ajouta une propriété particulière et spécifique : il est un miracle.

 

Ainsi, la Torah était la voie conçue pour Moïse dont le bâton fut l’élément miraculeux de sa mission. L’Evangile était la voie inspirée à Jésus, fils de Marie, dont la guérison, avec la permission de Dieu, de l’aveugle et du paralytique, représentait le facteur prodigieux de sa fonction prophétique. Par rapport aux envoyés précédents, le miracle en question se distinguait donc nettement de la voie proposée. Le miracle était une chose et la voie en était une autre différente. Il n’en a pas été ainsi du Coran : il était et est à la fois une voie et un  miracle. C’est parce que les premières voies révélées par Dieu à Ses messagers étaient appelées à se transformer, voire à être complétées ou remplacées, tandis que le Coran devait se perpétuer dans le temps et l’espace : il allait être éternel.

 

Il s’ensuit que le Coran a été révélé pour perdurer jusqu’au Jour de la résurrection. C’est pourquoi, il était indispensable que sa voie soit soutenue par un miracle afin qu’aucun des partisans ou des adversaires ne disent que Muhammad est l’Envoyé de Dieu (s), d’une part, et que le Coran est un miracle, d’autre part. Les miracles des prophètes précédents se sont réalisés et ensuite ont disparu : il n’y a aucune preuve tangible ou visuelle de leur existence. Il était normal qu’ils ne laissent plus de trace puisque c’était des phénomènes sensibles et perceptibles. Celui qui les avait vus était amené à y croire. Quant à celui qui n’en a pas été un témoin oculaire, il pouvait en douter.

 

De toute façon, ni le miracle de Moïse, ni celui de Jésus, fils de Marie, ne peuvent se manifester de nouveau. Les juifs d’aujourd’hui ne peuvent pas exposer, en public, le bâton de Moïse qui fendit la mer. De leur côté, les chrétiens de notre ère ne peuvent pas montrer du doigt le paralytique ou l’aveugle guéris par le Messie.

 

Or, le Coran est un miracle permanent. Il contient des données dont le sens s’éclaircit au fil du temps avec les découvertes scientifiques que l’homme réalise aussi bien dans le corps humain que dans la nature et l’espace. C’est dire que Dieu a inscrit dans Son Livre, d’une part, des Signes cosmiques et, d’autre part, des secrets dans la constitution physique de l’homme de sorte que celui-ci les découvrira graduellement avec l’avancement du progrès scientifiques et, partant, attestera de l’authenticité de la révélation, à savoir que celle-ci émane, sans conteste, du Seigneur des humains et des univers. C’est pourquoi, Dieu, le Très-Haut nous avertit dans ce verset prémonitoire et annonciateur de nouveautés dans notre monde d’ici-bas et d’originalités en nous-mêmes : « Nous continuerons à leur montrer Nos signes aussi bien dans l’Univers qu’en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’ils reconnaissent que ce Coran est bien la Vérité. Ne suffit-il donc pas que ton Seigneur soit Témoin de toute chose ? »

 

La nature du miracle coranique se manifeste selon le contexte de l’époque. Il a défié les Arabes sur ce en quoi ils excellaient, c’est-à-dire leur talent littéraire. Ce fut pourquoi, Dieu les mit au défi de composer un écrit similaire ne serait-ce qu’à une seule sourate du Coran. Pour les autres, le défi porte sur les Signes de l’univers et ceux de la création. Ainsi, nous relevons, à titre d’exemple, cette Parole concernant les hôtes du Feu : «En vérité, ceux qui auront renié Nos signes, Nous les précipiterons dans l’Enfer et chaque fois que leur peau aura été consumée, Nous leur en donnerons une autre en échange, afin qu’ils savourent toute l’horreur de leur supplice, car Dieu est Puissant et Sage.» [1]

                  

Lorsque ce verset a été révélé, il a été compris, à cette époque, que la peau se renouvelait après avoir été brûlée. Quand la science moderne a atteint l’étude des centres nerveux existant directement sous la peau, les hommes ont compris que la sensation de la souffrance se perdait lorsque la peau subissait de profondes brûlures. C’est de cette manière que le miracle coranique se répète au fil des siècles et apporte la preuve que le Coran est la Parole divine. Un autre fait miraculeux porte sur le choix de l’Envoyé de Dieu (s) et sa préparation à assumer sa mission. Dieu l’a choisi illettré, ne sachant ni lire ni écrire. Puis, Il l’a soutenu par des miracles qui parlaient tous de l’authenticité de sa mission prophétique. Cela va de soi puisque l’Envoyé de Dieu (s) n’était connu comme qui excellait en matière de poésie ou en prose. Il se trouvait que sa rhétorique était aussi manifeste qu’éclatante sans qu’il ait un don particulier et exceptionnel dans l’une ou l’autre branche littéraire.

 

            Or, la mission du Sceau des envoyés (s) était venue lancer un défi à un peuple renommé pour ses dons linguistiques et de rhétorique. Ces gens, experts en la matière, étaient qualifiés pour apprécier et juger l’éloquence des hommes. Donc, si le Prophète (s) était renommé pour ses aptitudes poétiques et oratoires, ses ennemis auraient vite conclu que le Coran est une œuvre littérale géniale produite grâce aux dons innés chez l’Envoyé de Dieu (s) depuis sa tendre enfance. En générale, les aptitudes spécifiques et exceptionnelles apparaissent avant la vingtième année ou la trentaine si elles sont marquées par quelque retard. Ce qui est certain, c’est qu’elles ne se manifestent pas spontanément chez un homme ayant atteint la quarantaine. Le génie ne demeure pas caché pendant une longue période et puis il éclate subitement, inopinément au terme de quarante années d’existence.

 

Or, avant la mission prophétique, aucun contemporain de Muhammad (s) ne pouvait prétendre que ce dernier était, depuis son jeune âge, célèbre par ses sermons aussi éloquents que pénétrants, réputé par sa perspicacité et par ses poésies riches en rimes. D’où tenait-il donc cette parole miraculeuse qu’il communiquait, à l’âge de quarante anas, aux gens et avec laquelle il défiait les humains et les djinns ?

 

Certaines personnes ont prétendu que l’Envoyé de Dieu (s) possédait un don linguistique miraculeux mais qu’il l’avait dissimulé aux gens jusqu’à sa quarantième année et ensuite il l’a dévoilé publiquement au moment opportun, celui qui lui convenait le mieux. Cette prétention ne s’accorde pas avec la raison parce que nous vivons dans un monde où la mort ne tient pas compte du nombre des années vécues. Comment Muhammad (s) pouvait-il savoir qu’il allait vivre quarante années de suite ? Qui pouvait le renseigner qu’il ne rencontrerait pas la mort avant cette date au point qu’il s’était permis de celer précieusement ce don aussi longtemps ? Il avait appris que son père était mort avant sa naissance. Sa mère décéda alors qu’il n’était qu’un peut garçon.

 

Ces faits ne pouvaient pas laisser Muhammad (s) dans l’ignorance que la mort était imprévisible. S’il avait eu ce don qu’ont les génies, il n’aurait point attendu cet âge avancé pour l’exercer à son profit et à celui de son peuple. C’est pourquoi, lorsque les mécréants étaient venus lui demander de changer le Coran ainsi qu’il est indiqué dans ce verset, Dieu lui fit dire que cela ne relevait de ses prérogatives : « Lorsque Nos versets sont récités, comme preuves évidentes, à ceux qui n’espèrent pas Notre rencontre, ils te disent : « Apporte-nous un autre Coran que celui-ci, ou change-en la teneur ! » Réponds-leur : Il ne m’appartient pas de le changer de ma propre initiative. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé. En vérité, je crains, si je désobéis à mon Seigneur, le châtiment d’un grand jour ! »

 

Si ce Coran provenait vraiment de Muhammad (s), Sceau des envoyés mais humain comme tous les mortels, il aurait pu prendre la liberté d’en changer tout le contenu ou une partie afin de contenter les mécréants et les amener à la foi qui leur convenait. Cependant, le Très-Haut apprend à Son Messager (s) comment répondre à ces détracteurs en recourant à des preuves et en  usant d’arguments percutant et concluants : «Dis-leur : Si Dieu l’avait voulu, je ne vous l’aurais pas récité et Il ne vous l’aurait pas fait connaître. Et avant cela, je suis bien demeuré parmi vous toute une vie sans le faire. Ne raisonnez-vous donc point ? »  

Ainsi, le Prophète (s) informe ses compatriotes qu’il avait vécu parmi eux pendant quarante années avant d’être choisi par Dieu. Ces hommes savaient donc fort bien qu’il n’avait eu à aucun moment des dispositions littéraires d’une telle envergure. Si ces mécréants réfléchissaient quelque peu et raisonnaient correctement, ils auraient certainement déduits que le Coran ne pouvait pas être son œuvre ou celle de n’importe quel humain, si génial soit-il. Un autre regard sur le miracle du Coran doit aussi être porté sur le fait que le Prophète (s) ne sait ni lire ni écrire. Dans un  tel contexte, pouvait-il posséder trois formes de style et de formulation, tout à fait distinctes l’une de l’autre ? Il s’agit de la forme du Coran, d’abord, puis de celle des hadîths qudusiyya et ensuite des hadîths du Prophète (s) lui-même. Il n’existe pas, en ce monde, depuis sa création, un génie ayant trois styles d’écriture, chacun d’eux revêtant un caractère particulier, sans commune mesure avec l’autre ?

 

Il va de soi que l’Envoyé de Dieu (s) ne pouvait pas, tout en s’exprimant publiquement, faire une distinction entre les trois formes et passer aisément de l’une à l’autre, sans jamais se tromper. En fait, chaque personne a ses propres expressions qui le distinguent et le différencient des autres. On dit bien que le style définit la personnalité de l’homme. Certes, il est possible de changer la forme des constructions grammaticales de ses phrases après quelques temps d’une expérience plus ou moins longue, mais il est impensable de le faire le même jour,  simultanément et au même moment. Il en résulte que la distinction entre ces trois genres littéraires, que sont le Coran, le hadîth qudusî et le hadîth prophétique, est une autre indication probante que le premier cité, à savoir le Livre saint, ne provient point du cru personnel du Sceau des envoyés (s).

 

L’inquiétude des mécréants grandissait de jour en jour. N’ayant trouvé aucune ouverture à travers laquelle, ils pouvaient s’attaquer sérieusement à l’Envoyé de Dieu (s), ils ne trouvèrent rien de mieux que de l’accuser d’être tantôt un  sorcier, tantôt d’un magicien. Or, si ces impies avaient fait travailler leurs méninges, ils se seraient demandés que si, effectivement, leur compatriote était un sorcier, celui-ci n’aurait pas manqué de recourir à sa magie pour les délivrer de leur mécréance et de les contraindre à s’engager dans le droit chemin de la foi. Or, ces associationnistes n’avaient, à aucun moment, pris des dispositions pour se préserver des possibles et néfastes effets que produiraient les incantations de leur concitoyen. 

Les mécréants avaient dit également que l’Envoyé de Dieu (s) était un fou. Là encore, ils lançaient des accusations à tort et à travers, sans jamais vérifier ce qu’ils disaient. En effet, un fou ne prononce jamais des paroles censées. Or, les versets du Coran étaient d’une clarté lumineuse. Un fou agit à un moment donné et n’a plus conscience de son acte un moment après. Pourtant, ces mécréants étaient témoins que le Prophète (s) avait des suites dans les idées. Certains fous peuvent s’emporter et frapper parfois les gens sans raison. Or, ces infidèles irréfléchis ne s’étaient jamais plaints de coups reçus par celui qu’ils avaient appelé al-Amîn = le Loyal. Aussi, Dieu a-t-Il répondu à toutes ces dénonciations aussi saugrenues, absurdes qu’extravagantes en quelques versets courts et pertinents. « Nûn. Par la plume et par ce que les scribes mettent en lignes ! * Par la grâce de ton Seigneur, tu n’es point un possédé ! * En vérité, une récompense sans reproche t’est réservée * et tu es doué d’un caractère élevé. * Bientôt tu verras et les négateurs, eux aussi, verront * lequel d’entre vous a perdu la raison, * car c’est ton Seigneur qui connaît le mieux ceux qui s’égarent de Son chemin et ceux qui sont bien dirigés. »

 

Les mécréants, devant ce Verbe éloquent qu’est la Coran, ayant été dans l’incapacité de produire une sourate d’une aussi grande valeur, avaient pensé que le Messager de Dieu (s) était un poète et un devin. Le Très-Haut a répondu aussi à ce fallacieux et inique réquisitoire. « J’en jure par ce que vous voyez* et par ce que vous ne pouvez voir* que c’est bien là la parole d’un noble Messager, * et non point le propos d’un poète, pour peu que vous croyiez, ni d’un vulgaire devin, pour peu que vous réfléchissiez ! * Ce Coran est, en effet, une révélation émanant du Maître de l’Univers. *  [2]

 

En réalité, Il n’est pas permis à la constitution humaine de recevoir directement quoi que ce soit de Dieu. Celui-ci indique à Ses envoyés la voie à suivre selon divers et différents procédés. Quant au Sceau des messagers (s), Il l’a fait à travers la révélation : c’est une infirmation discrète qui n’est entendue ou compris par personne sauf par celui qui la reçoit ; elle suppose un  Transmetteur (Dieu) et un Récepteur (le Prophète). « Il n’est pas donné à un homme que Dieu lui parle directement, si ce n’est par inspiration ou derrière un voile ou par l’envoi d’un messager qui lui révèle, par Sa permission, ce qu’Il veut. Dieu est Sublime et Sage. » [3]

Dieu a fait des révélations aux envoyés et Il l’a fait à d’autres également. Ainsi, Il a fait des révélations aux anges, à la mère de Moïse, aux apôtres, aux abeilles et à la Terre.  Dans ces cas, il s’agit essentiellement d’inspiration. Cependant, ce qui est appelée « révélation légale », c’est ce qui émane du Très-Haut et se destine aux messagers. Ce fut ainsi que le Livre saint a été transmis graduellement au Sceau des envoyés (s) qui le recevait sans quelques souffrances physiques. A titre d’exemple, citons ce cas parmi tant d’autres : Un jour que la révélation descendit, le Prophète (s) fut pris de tremblement et des sueurs froides coulaient de son front. Son corps s’alourdit au point que son genou, appuyé sur celui d’un de ses Compagnons, assis à ses côtés, faillit s’écraser. Quand l’Envoyé de Dieu (s) se trouvait sur sa chamelle et que la révélation arrivait, la bête pliait les genoux et s’affaissait sur le sol parce qu’elle ne pouvait pas supporter le poids de celui qu’elle portait sur son dos. 

 

Ainsi, le Sceau des envoyés (s) reçut le Coran exempt de toutes les formes d’erreurs. Ce Livre porte la Parole de Dieu qui a fixé aux humains la voie à suivre. Aussi longtemps que l’homme se conformera aux préceptes coraniques, il jouira de la beauté de l’univers avec son cortège de paix, de miséricorde et de guérison des maux moraux. Par contre s’il s’en détourne, il ne fait que cumuler malheur et infortune. C’est pourquoi, le Très-Haut a dit : « Ce Coran que Nous révélons et qui apporte aux croyants guérison et miséricorde ne fait, en réalité, qu’aggraver la ruine des méchants. »[4]

*

* *

Le premier objectif à atteindre dans l’édification d’une société et d’un Etat porte sur le façonnement doctrinal et spirituel de l’homme. Dieu a envoyé le Messager Muhammad (s) afin cde corriger les conceptions de l’humain au sujet de l’Etre divin et du rôle de cet homme dans cette existence. Cette préoccupation nécessite une construction de la raison dans un nouveau cadre où la science s’implique dans tous les domaines de la réflexion.

 

Notre siècle a besoin de la revivification des conceptions rationnelles et de la restauration des concepts aussi doctrinaux que cultuels. Le problème actuel n’est pas impérativement dans l’édification d’un Etat islamique mais dans la construction de l’homme musulman et de ses composantes intellectuelles et psychologiques. C’est d’ailleurs cette préoccupation qui représenta la première étape de la mission prophétique. C’est que la connaissance humaine se développe suivant deux phases. La première se définit par la compréhension et l’assimilation d’une science. Quant à la seconde, elle se traduit par une pratique compatible et harmonieuse avec cette science. Ce sont ces deux étapes que le Coran prit en considération pour enraciner les nouvelles conceptions islamiques.

 

La vie du Prophète Muhammad (s) à la Mecque a consisté à promouvoir un programme éducatif rationnel qui portait sur la science de l’Unicité de Dieu.  Quant à sa vie à Médine, elle appliqua un projet où les prescriptions coraniques s’accordaient avec le Tawhîd. Dieu, le Très-haut dit : « Sache qu’il n’y a d’autre divinité que Dieu ! Implore donc (ô Prophète) le pardon de tes péchés et de ceux des croyants et des croyantes ! Dieu connaît si bien le champ de vos activités (sur Terre) et votre demeure (dans la vie future). »[5]

 

En d’autres termes, la révélation commença par un appel à la science, avec pour objectif d’enraciner une conscience, fondée sur la foi et la croyance religieuse : c’est ainsi que s’ouvrit la mission de l’Envoyé de Dieu. Ensuite, elle s’attela à y concorder la pratique et le comportement de l’homme en lui rappelant ceci : « Il y a là, en vérité, un rappel pour quiconque sait raisonner, entendre la leçon et la retenir. »[6]



[1] S.4, 56

 

 

[3] (S.70, 38 à 43) : Ce verset indique les trois façons différentes de recevoir la révélation. Par inspiration (wahy), comme lors d’un rêve : Abraham reçut en songe l’ordre d’immoler son fils Ismaël (37/102). Derrière un voile : c’est ainsi que Dieu s’adressa à Moïse (4/164 ; 7/143 ; 27/8). L’envoi d’un messager (rasûl) : c’est l’ange Jibrîl (Gabriel) qui transmit la révélation au Prophète (2/97). C’est par cette voie que le Coran fut entièrement révélé.

[4] S.17, 82

[5] S.47, 19

[6] S.50, 37




Miracle coranique, science et foi (Première partie)

05 05 2009

            Citons cet ensemble de versets en guise d’introduction afin de mettre en exergue l’importance que le Coran accorde aux valeurs scientifiques. Toutefois, il n’est pas inutile de signaler que le Livre de Dieu n’expose pas les données scientifiques pour eux-mêmes. Son objet porte plutôt sur la puissance créatrice du Seigneur des hommes et des univers et, partant, d’attester, en quelque sorte, Son existence et de justifier Son adoration par les humains. Il n’en reste pas moins que les versets relatifs à la création de l’univers se distinguent par leur caractère scientifique. « Ne vois-tu pas que Dieu fait tomber du ciel une eau par laquelle. Nous faisons sortir du sol des plantes qui donnent des fruits de couleurs différentes ? Et dabs les montagnes aussi, il ya des stries de diverses, blanches et rouges aux tons variés, ainsi que des roches d’un noir foncé. * Son également de couleurs différentes les hommes, les animaux et les bestiaux. Et c’est ainsi que, de tous les serviteurs de Dieu, seuls les savants Le craignent véritablement. En vérité, Dieu est Puissant et Clément. »  (S.35, 27 et 28).

Si le verset ci-dessus pose un aspect du problème de la création d’une manière générale, ceux que nous signalons ci-dessous lie intiment la science à la foi, ainsi que ses implications dans le monde immédiat et dans la vie dernière. « En vérité, il y a dans la création de Cieux et de la Terre et dans l’alternance de la nuit et du jour tant de signes pour des gens doués d’intelligence * qui, debout, assis ou couchés, ne cessent d’invoquer Dieu et de méditer sur la création des Cieux et de la Terre en disant : « Seigneur ! Ce n’est pas en vain que Tua as créé tout cela ! Gloire à Toi ! Préserve-nous du châtiment de l’Enfer ! - * Seigneur ! Celui que Tu voues aux flammes de la Géhenne, Tu le couvres d’opprobre, et les injustes ne bénéficieront d’aucun secours. - * Seigneur ! Nous avons entendu une voix qui vous conviait à croire en Toi, et nous avons cru. Seigneur ! Pardonne-nous nos péchés ! Absous nos mauvaises actions et reçois-nous, après notre mort, parmi les justes. -* Seigneur ! Accorde-nous ce que Tu nous as promis par l’intermédiaire de Tes messagers ! Epargne-nous toute humiliation au Jour de la Résurrection, Toi qui ne manques jamais à Tes promesses. » (S.3, 190 à 194). La descente de ces versets fit verser des larmes au Prophète (s) qui dit par la même occasion : « Malheur à celui qui lie ces versets et ne les médite pas ensuite. »

 

Ainsi ces versets et leur riche contenu ont été descendus afin d’éclairer les raisons et les cœurs des hommes de tous les temps et de tous les espaces, A cet effet, ils apportent des preuves de l’Unicité de Dieu, de Sa puissance et de Sa majesté. Ils y insèrent, en même temps, une foi pure en Dieu le Très- Haut. Ils placent toutes ces appréciations dans un contexte hermétiquement fermé de réalités scientifiques cosmiques Celles-ci sont atteintes par les savants au moyen d’observations astronomiques, d’expériences continues et de démonstrations aussi précises que possibles. La particularité de ces versets porte sur le procédé rhétorique qui joint la méditation des grands Signes de Dieu relatifs à la création de l’univers à la mention de Dieu le Très-Haut dans tous les états de l’observation et de la réflexion dans l’ensemble de l’espace occupé par les cieux et la terre, avec comme objectif la foi en Dieu, le Créateur, et au Jour dernier. Cette foi est accompagnée d’invocations lesquelles se situent à la fois au cœur des pratiques culturelles, de la reconnaissance de l’Unicité divine et de Sa puissance. Tous ces éléments d’évaluation s’appuient sur l’appel, répété cinq fois, du Seigneur avec le dessein de faire preuve de supplication, d’obéissance, d’adoration et d’une soumission aussi complète que parfaite.

           

            En outre, le sens de ces versets, qui partent de la mention de la création à la connaissance de Dieu, captive les cœurs et les esprits. Il les hisse au niveau de la voie de la vraie science jusqu’à la foi pure de Dieu, le Très-Haut, le Glorieux. Il les plonge dans la totale contemplation du Créateur, les éloignant ainsi, en toute occasion et en toute circonstance, du détachement et de l’insouciance en ce qui Le concerne. Ainsi, il est vrai que la foi repose assurément sur la science, celle-ci étant la meilleure des garanties de la protection de l’homme dans ce monde entaché dé déviations matérialistes.

 

             Les versets, revêtant le même caractère, le même contenu et le même sens accordent plus de considération à la science et à l’étude spéculative. Ils s’érigent en fondement de la compréhension  de la saine relation entre ces trois composantes, à savoir la religion, l’univers et l’homme. Le discours coranique attire l’attention des croyants et les oriente dans la bonne et juste direction quant à leur actif comportement avec le cosmos et ses manifestations. C’est que ces derniers se présentent sous forme d’un livre destiné à la compréhension de l’homme en quête de la Vérité et de son aboutissement à Dieu. Il est étonnant que ceux qui s’occupent particulièrement des sciences cosmiques ne perçoivent pas cette sagesse derrière les réalités observables qui doivent pourtant les conduire vers cette connaissance du Divin.

 

            Avant d’border le sujet relatif à la science et à la foi,  nous allons parler du miracle du Coran. Partant du principe miraculeux du Livre de Dieu, il est compréhensible que les musulmans le prennent, en toute occasion,  comme guide en vue de réformer et de construire la société dans laquelle ils vivent.                                   

*

* *

Un ancien bédouin, vivant dans les confins du désert, a énoncé cette parole : « La crotte indique le passage d’un chameau, et la trace de pas révèle la marche (d’une personne). Quant au ciel aux constellations et la terre aux défilés étroits ne se réfèrent-ils pas à la manifestation du Compatissant, le Bien Informé ? » Ce point de vue aussi intuitif qu’évident atteste qu’il faut un Organisateur à toute organisation et que les phénomènes de l’univers, caractérisé par la précision, la cohésion et l’harmonie de ses composantes, renvoient à la Présence d’un Régisseur Sage, Connaisseur, Capable de gérer les affaires de toutes les créations qui se dressent devant l’homme afin de lui annoncer l’existence de Dieu, le Glorieux, le Très-Haut.

 

Le discours de ce bédouin procède de la logique de la foi originelle qui n’a pas besoin d’être longuement analysée pour mettre en évidence la vérité qui s’y  contient. Pourtant, il est étonnant que ce raisonnement simple mais éloquent ne se soit pas imposé totalement à la vision scientifique contemporaine.

 

Cependant, le combat, engagé par la raison humaine à travers sa longue histoire, et ses luttes, menées face aux mystères de l’univers, ont été couronnées par la victoire de l’intelligence de l’homme, armée de ses instruments méthodologiques, lesquels se résument dans le dialogue fructueux entre elle et l’expérience.  C’est ainsi que la plupart des savants de notre époque ont adopté la même attitude que cet ancien bédouin. Les lois physiques, les études astronomiques et les recherches de la science cosmique attestent toutes aujourd’hui que nous vivons vraiment et effectivement dans un univers cohérent et aussi organisé que structuré.

 

            Le Coran est le Message véridique de Dieu révélé à la meilleure de Ses créatures, en l’occurrence le Sceau des envoyés. Le Très-Haut ordonne donc à Son dernier Prophète (s) de communiquer ce Message à Ses serviteurs afin qu’ils en connaissent le contenu et qu’ils  s’y conforment toute leur vie. C’est là le moyen de leur bonheur en ce bas monde et dans la vie dernière. Du moment que le Coran est un Livre de guidance destiné à toute l’humanité, il avait donc besoin d’être explicité. Cela a été la fonction de l’Envoyé de Dieu (s) qui, effectivement, clarifiait chaque fois qu’il le fallait, les versets révélés. Le Créateur dit à Son Messager (s) : « Et à toi Nous envoyons ce Coran afin que tu expliques clairement aux hommes ce qui leur a été révélé. Peut-être seront-ils amenés à réfléchir. » - « Nous ne t’avons révélé ce Coran qu’afin que tu éclaires les hommes sur le motif de leurs différends, et pour qu’il soit aussi un guide et une miséricorde pour ceux qui ont la foi. » [1]

 

            L’Envoyé de Dieu (s) a expliqué, tout le long de sa mission, Le Livre par ses paroles, ses actes, ses décisions, ses silences, ses guidances et son comportement irréprochable de tous les jours. C’est pourquoi, il a dit : « Certes, j’ai apporté le Coran et, avec lui, quelque chose de similaire », à savoir sa sunnah.

 

L’imâm ash-Shâfi’i a dit : « Il (l’Envoyé de Dieu) est l’explication même du Coran et tout ce que les ‘ulama ont mentionné, constituent l’explication de la Sunnah. » ‘Abd ar-Rahmân as-Salmâ a dit : « Ceux qui ont appris intégralement le Coran, tels que ‘Uthmân ibn ‘Affân, ‘Abd Allah ibn Mas’ûd etc. nous ont dit : « Quand ils apprenaient dix versets du Prophète (s), ils ne passaient à l’apprentissage d’autres versets qu’après avoir appris ce qu’ils contenaient en matière théorique (ou scientifique) et pratique. » Quant aux intéressés eux-mêmes, ils ont dit en substance : « Nous avons appris le Coran, la science et l’action. »

 

            Le Coran n’a pas été révélé pour nous dévoiler les mystères de l’Univers. Dieu n’en lève certains voiles que pour nous permettre de mieux comprendre les données du Livre saint en relation avec les secrets de l’existence. Ainsi, en fonction de l’évolution du temps et chaque fois que l’homme découvre de nouveaux phénomènes aussi bien cosmiques qu’en lui-même, le miracle coranique lui apparaît dans toute sa dimension. Ces faits miraculeux se manifestent à travers l’allusion d’un verset ou d’un ensemble de versets. Bien que le texte soit allusif, il n’en reste pas moins qu’il attire notre attention sur sa correspondance qui existe avec de récents faits psychologiques, observés chez les humains ou à la suite de découvertes scientifiques. Ce n’est pas non plus une raison de faire correspondre nécessairement le Livre de Dieu à toute nouvelle découverte ou invention scientifique.

 

            Le Coran interpelle des dons cachés dans l’âme, dons que nous ne connaissons pas mais connus de Dieu car Il est le Créateur de l’homme et Il connaît bien Sa créature humaine. Ces dons s’émotionnent lorsqu’ils entendent le Coran. Elles attendrissent les cœurs dans lesquels la foi pénètre. D’ailleurs, l’attention des mécréants de l’époque de la révélation a été attirée par l’influence du Coran sur l’âme humaine, influence inexplicable qui traînait l’âme dans la voie de la foi et introduisait la miséricorde dans les cœurs. C’est pourquoi, les notables qurayshites usaient de tous les moyens pour empêcher les gens d’écouter la récitation du Coran, Parole du Très-Haut, et agressaient ceux qui en lisaient les versets aussi attachants et irrésistibles les uns que les autres. C’est dire qu’ils craignaient que l’âme des mécréants soit captivée par la Parole divine et attirée par la foi en Dieu. « Les négateurs disent : N’écoutez pas ce Coran, mais faites du chahut quand il est récité ! Peut-être en

triompherez-vous ainsi ! »[2]

 

La conversion de ‘Umar Ibn al-Khattâb illustre cette attirance vers la religion, attirance provoquée par l’écoute des versets du Coran. Il avait certainement entendu le Coran auparavant, sans pourtant subir une quelconque influence. Cependant, quand il apprit que sa sœur Fâtima et son mari, Sa’îd ibn Zayd, avaient embrassé l’Islâm, il se précipita chez eux avec la ferme intention de les assaillir violemment. Arrivé sur les lieux, il fonça sur l’époux mais l’épouse s’interposa pour le protéger. ‘Umar la frappa et fit couler du sang sur le visage de sa sœur. A la vue de ce sang, le cœur de ‘Umar s’attendrit. Le sentiment de miséricorde, plutôt que celui de la nuisance, gagna son cœur. La haine se libéra de son organe. Aussitôt, il demanda à sa sœur de lui remettre le feuillet du Coran qu’elle et son mari lisaient avant son arrivée à la maison. Quand il lut, avec émotion, les premiers versets de la sourate Tâ.Hâ[3], il dit : « Que ces paroles sont belles et combien sont-elles vénérables ! » Ensuite, il courut vers l’Envoyé de Dieu (s) pour lui annoncer son adhésion à l’Islâm.

 

Ainsi, lorsque l’entêtement et l’obstination, sources d’aveuglement et d’égarement, se dégagent du cœur, ils entraînent la mécréance sur leur sillage. Et quand l’homme écoute, avec sérénité et calme, le Coran, la foi pénètre aussitôt dans son cœur. C’est dire que pour que la foi soit acceptée, il convient tout d’abord que le cœur se libère de la mécréance. C’est ainsi que nous constatons que le Coran exerce une influence particulière sur l’âme humaine. En effet, les mécréants reconnaissaient qu’il s’y contenait douceur, charme et élégance, que sa Parole véhiculaire se plaçait au-dessus de tout sans laisser quoi que ce soit au-dessus d’elle. Tel a été le premier miracle car le Coran est la Parole de Dieu, le Béni, le Très-Haut.

 

Les Compagnons et les croyants, contemporains de l’Envoyé de Dieu (s), recevaient les données du Coran au fur et à mesure de leur descente. Ils les comprenaient selon les capacités de leurs raisons à saisir les secrets de l’univers et ceux du Livre saint. Aucun Compagnon n’avait interrogé le Prophète (s) sur le sens des versets relatifs à l’univers ou sur leur signification linguistique. Par exemple, aucun ne s’était interrogé sur l’acception de ces lettres énigmatiques « Alif. Lâm. Mîm », ou « ‘A.Sîn.Qaf » ou encore « Ha.Mîm ». Pourtant, l’Envoyé de Dieu (s) accueillait beaucoup de ceux qui croyaient au Livre de Dieu  et beaucoup aussi de ceux qui ne croyaient pas ce que Dieu faisait descendre. Ces mécréants ne demandaient pas mieux de mettre en difficulté le Messager de Dieu (s) au sujet de la conception et de la composition du Coran. Aucun d’entre eux, bien que tous étaient des experts en rhétorique et connus pour leur éloquence, n’intervenait pour demander des éclaircissements sur ces lettres incompréhensibles qui ouvraient certaines sourates et se lisaient isolément l’une de l’autre.

 

L’existence de ces lettres de l’alphabet au début de certaines sourates aurait dû être, pour les mécréants, l’occasion de débattre, par exemple, de la valeur linguistique du Coran. Ils n’avaient pas, toutefois, soulevé des objections à ce sujet. Il ne fait aucun doute que l’absence de discussions et de critiques négatives à propos de ces « ouvertures » des sourates est une preuve que les mécréants en étaient, sans y croire, impressionnés. Ils n’avaient trouvé aucun argument à opposer au Coran et n’avaient éprouvé aucun élément théorique ou pratique à même de mettre absolument en doute son contenu. En effet, s’ils y avaient trouvé matière à controverse, ils n’auraient pas manqué de le proclamer publiquement d’user de tous les moyens à leurs dispositions pour servir leur but et réussir dans leur entreprise.

 

Pour sa part, l’Envoyé de Dieu (s) a expliqué et clarifié tout ce qui se rattachait à la foi, laissant aux générations futures, avec l’évolution du temps, le soin de découvrir les secrets des versets coraniques. Ainsi, les données du Livre de Dieu étaient appelées à livrer quelques uns de leurs mystères au fur et à mesure des mutations sociologiques et des capacités de la raison de chaque époque à saisir les nouvelles dimensions scientifiques du moment. C’est dire que la signification du Livre saint n’est pas figée, contrairement aux autres Ecritures scripturales. C’est que les Messages précédents l’Islâm étaient limités dans le temps et dans l’espace. Ce n’était pas le cas du Coran, appelé à être opérationnel et à exercer son influence jusqu’au Jour de la résurrection. C’est pourquoi, de nouveaux miracles s’afficheront devant toutes les générations, en eux-mêmes ou dans le cosmos,  de sorte que le dernier Message demeurera un miracle pour chaque siècle et ce jusqu’à la fin des temps.

Le saint Coran était descendu graduellement et avait mis, dans le domaine littéraire et de la rhétorique, les Arabes au défi. Cependant, étant la religion de tous les hommes de la terre, et que Dieu est le Seigneur de tous les hommes, Créateur des cieux et de la terre, son défi s’adressait également à toutes les créatures humaines jusqu’à la fin des temps. Déjà, au moment de la révélation, lorsqu’un conflit opposa les deux grandes puissances de l’époque, les Byzantins aux Perses et que les premiers furent défaits par les seconds, le Coran descendit avec cette Parole : « Alîf. Lâm. Mîm.*  Les Byzantins ont été vaincus, *  dans la contrée voisine, et après leur défaite, ils seront les vainqueurs, * dans quelques années. La décision finale appartient, aussi bien avant qu’après, appartient à Dieu, et ce jour-là les croyants se réjouiront * du secours de Dieu, qui accorde la victoire à qui Il veut, car Il est le Tout-Puissant, le Tout-Compatissant. »[4][5]

 

Si ce Coran avait été l’œuvre de l’Envoyé de Dieu (s), celui-ci ne se serait jamais hasardé à lancer une telle prédication. Il ne pouvait point émettre une opinion aussi téméraire, au niveau de la pensée humaine, dans un Livre dont la lecture était destinée à se perpétuer dans le temps et dans l’espace. C’est dire qu’il ne se serait jamais permis d’annoncer une victoire d’un des deux belligérants à la suite d’une bataille qui n’aurait eu lieu que des années plus tard. Qu’en serait-il arrivé à la religion si la prédication ne s’était pas réalisée ou encore si la revanche n’avait pas eu lieu ? Cela aurait été un  échec total et complet. Mais, ce n’était pas le cas car c’était Dieu qui parlait et c’était Lui l’Agent qui agissait. Ainsi, cette annonce d’une victoire lointaine, qui s’était par la suite réalisée, constituait bien, sans contexte, un fait miraculeux, qui ne concernait pas seulement les Arabes mais d’autres peuples voisins et ayant vécu pendant la période de la révélation.

 

Le Livre de Dieu montrera son caractère miraculeux à chaque génération selon le domaine où elle excellera. Ainsi, en considérant les découvertes scientifiques des derniers siècles, découvertes tenues aujourd’hui pour des réalités indiscutables, nous constatons que le Coran y a déjà fait allusion d’une manière stupéfiante et que les termes employés, il y a plus de quinze siècles, ne heurtent pas la terminologie actuelle. Prenons cet exemple parmi tant d’autres aussi significatif l’un que l’autre : « Et la terre, comment Nous l’avons étendue, comment Nous y avons implanté des montagnes et comment Nous y avons fait croître toutes sortes de couples de plantes. »

Lorsque ce verset était descendu, cette expression « Nous l’avons (la terre) ét