Sharî'a et sociologie ¨(Première partie)
07 05 2009La sharî’a, constituée du Coran et de la Sunnah, façonne la société musulmane dont les membres se doivent d’œuvrer activement en vue de la concrétisation de ses finalités. Sa définition permettra de mieux saisir la portée de ses rapports avec la société. L’examen de ses caractéristiques aidera à évaluer sa considérable dimension. Il en est de même de la sociologie islamique, celle-ci se liant étroitement à la sharî’a, comme toutes les autres disciplines de la pensée islamique.
Sharî’a et société
Définition : La sharî’a pourrait être définie le plus simplement par l’ensemble des lois révélées par Dieu. Elle se caractérise par sa perfection, étant l’émanation de la Science divine, sa globalité puisqu’elle renferme potentiellement tout ce qui concerne l’existence en matière de culte, de relations sociales et de modèles de comportement, sa continuité, n’étant pas une législation particulière à un peuple ou à une époque. Elle est, de ce fait, complète, grâce aux bienfaits que Dieu a bien voulu répandre sur l’humanité, et achevée pour durer jusqu’à la fin des temps. « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, vous ai comblé de Mon bienfait et ai agréé l’Islâm comme doctrine religieuse pour vous. » (al-Maïda, 3)
La sharî’a repose sur les deux piliers que sont le Coran et la Sunnah. Pour tout croyant, le Livre saint contient la Parole de Dieu révélée au Prophète (s) par l’ange Gabriel. Le dernier (s) Messager n’était qu’un transmetteur textuel de la révélation. Quant à la Sunnah, elle englobe les dires et les actes du Prophète (s). Dieu lui en inspira le sens et le contenu. Elle est nécessaire à la compréhension du Verbe divin et à ses diverses applications. « Il ne parle pas selon son impulsion. Ce qu’il relate est uniquement une révélation inspirée. » (an-Najm, 3 et 4)
La Sunnah se décompose d’abord en paroles (qawliya), représentées par la conduite de l’Envoyé de Dieu (s) et sa manière de gérer la vie quotidienne, et ensuite en promulgation de lois destinées à combler les silences du Coran au sujet des principes et des effets secondaires de sa législation. Ce qui est appelé « Sunnah iqrâriya » se définit par l’énoncé d’un texte, une allusion ou un accord donné à telle ou telle pratique ou encore à la manifestation d’une démarche contre laquelle le Prophète (s) ne s’opposait pas. Il en résulte que le Coran et la Sunnah constituent les deux charnières de la sharî’a. « Ce que l’Envoyé de Dieu vous donne, prenez-le ! Ce qu’il vous interdit, interdisez-vous-le ! » (al-Hashr, 7). Le Prophète (s), lui-même, résume ainsi la Loi fondamentale : « J’ai laissé en vous – si vous vous y attachez – ce qui ne vous égarera jamais : le Livre de Dieu et ma Sunnah. »
Nous n’ignorons pas que toute législation humaine assure l’inter-dépendance organique de ses diverses branches d’activités sociales dominantes à une époque donnée. Dans ce contexte les lois suivent l’évolution du temps et tiennent compte de la zone géographique. C’est ainsi que de nouvelles lois se substituent aux précédentes en raison des exigences variables et des récentes utilités apparues dans la société.
La relation de la sharî’a et de la société se présente différemment. La seconde se construit sur la base de la première. Dieu fait de la création de l’homme et du milieu où il vit les instruments de Sa cause, en répondant favorablement à Ses prescriptions de manière à édifier une nation saine et instituer un Etat garant de sa pureté. Ainsi, la société musulmane s’imprègne profondément de la sharî’a. Celle-ci se matérialise en elle pour en devenir l’incarnation vivante sur terre. A cet effet, elle se préoccupe des diverses relations humaines et charge l’homme de réaliser, en sa qualité de lieutenant de Dieu sur terre, les objectifs fixés. L’Ordre voulu par le Très-Haut ne se limite pas seulement aux symboles religieux mais englobe tous les secteurs de l’activité émancipatrice. Dans un cadre institutionnel et socio-économique déterminé, Dieu met les hommes à l’épreuve en permanence et rétribue chacun selon ses œuvres. « Rien ne revient à l’homme en dehors du résultat de son effort. » (an-Najm, 39)
Caractéristiques de la sharî’a : Quelques traits caractéristiques de la sharî’a ont été déjà signalés : la perfection, la globalité et la continuité. Ce sont eux qui modèlent la société sans pour autant la placer dans un moule stable et la contraindre à s’enchaîner à des modèles dont elle ne peut plus s’en défaire. Bien au contraire, elle lui assure le développement et le progrès conformément à ses besoins renouvelables et évolutifs. En effet, de l’étude du Coran se dégagent des règles globales d’organisation sociale que ce soit en matière de pratiques cultuelles ou de relations sociales). La Sunnah les confirme en y apportant un éclairage pour en faciliter l’application et les enrichir de données dont le Coran tait ou se limite à un énoncé de caractère indicatif. Il reste aussi qu’un large espace s’abandonne à l’ijtihâd, plus particulièrement dans les domaines où les textes scripturaux passent sous silence. C’est que l’idéalisme coranique n’étouffe son réalisme et inversement. L’un et l’autre incitent à la satisfaction des nouveaux besoins sociaux exigés par les mutations historiques.
D’une manière générale, voici les cinq points qui résument les grandes caractéristiques de la sharî’a.
1 – Les règles de la sharî’a se concilient avec la nature innée de l’homme. Les unes et l’autre sont « une œuvre de Dieu qui a perfectionné toute chose et qui est parfaitement Informé de ce que vous faites. » (an-Naml, 88). La Sagesse et la Prévoyance du Créateur ne pouvaient pas promulguer des lois en contradiction avec les dispositions originelles de l’être humain dont Il a créé la forme du corps et modelé la raison. La construction intellectuelle et pratique du Coran fait que l’homme se frotte aux réalités et il lui appartient de choisir consciemment sa voie.
La création humaine suit son itinéraire qui ne pourrait, si elle est sincère et honnête, ignorer les bienfaits du Seigneur. Quoi qu’il en soit, Dieu lui trace la Direction à suivre qu’elle soir « reconnaissante ou ingrate ». Il est dit dans le Coran : « Par l’âme et ce qui l’a équilibrée et lui a inspirée son libertinage ou sa piété. Celui qui purifie son âme prospèrera et celui qui l’aura corrompu sera déçu. » (ash-Shams, 7 à 10) – « Celui déclare vraie la plus belle profession de foi, Nous lui accorderons les moyens de parvenir à la plus grande aisance. Quant à celui qui lésine et tient la plus belle profession de foi pour un mensonge, Nous le pousserons vers la plus grande gêne. » (al-Layl, 6 à 10) – « Nous l’avons pourvu d’ouïe, de vue et mis sur la bonne voie, sans tenir compte de sa reconnaissance ni de son ingratitude. » (al-‘Imrân, 2,3)
2 – La sharî’a expose tout ce qui préoccupe la société musulmane dans les divers et multiples domaines de la vie, tant du point de vue des relations entre ses membres et de leurs activités. Elle traite, dans leur globalité, toutes les affaires et résout potentiellement les problèmes qui se posent à l’individu, au groupe et à la communauté toute entière. C’est dire que le Coran et la Sunnah ne laissent rien en suspend, quant à ses grandes orientations sur lesquelles ils jettent une lumière en mesure de fixer clairement la démarche pour aboutir aux buts. Il est dans le Coran : « Nous n’avons rien négligé dans le Livre de la prédestination. » (al-An’âm, 38) - « Voici un Livre béni que Nous révélons pour qu’on réfléchisse sur ses versets et pour que les hommes doués d’intelligence le méditent. » (Sâd, 29) – « Une lumière est venue vers vous ainsi qu’un Livre édifiant, par lequel Dieu guide ceux qui cherchent à Lui plaire, vers les sentiers du salut, en les faisant sortir, avec Sa permission, des ténèbres vers la clarté et en les mettant sur la bonne voie. » (al-Maïda, 15 et 16) - « Nous ‘avons révélé le Coran comme une explication claire de toutes choses, comme Direction, Miséricorde et Bonne nouvelle pour les Musulmans. » (an-Naml, 89)
3 – La sharî’a, quant à sa conception de l’Ordre social, s’appuie sur des règles générales dans la plupart des cas. Elle ne favorise pas les définitions dont la précision méticuleuse pourrait dresser des barrières devant les déductions à faire en vue de résoudre la diversité des problèmes dans le temps et l’espace. Bien au contraire, elle ordonne aux musulmans de se remettre en cause, de revoir leurs positions et leurs activités antérieures afin d’être à même de s’engager dans l’excellente voie et de demeurer la meilleure des communautés. Ce verset formule bien la philosophie de ce grand et constant djihâd à opérer sur soi-même pour apporter des changements dans le cadres des prescriptions divines : « Dieu ne change rien aux conditions d’un peuple si les individus qui le composent ne changent pas leur comportement. » (ar-Ra’d, 11)
4 – Stabilité et continuité constituent deux autres caractéristiques de la sharî’a. Le premier terme ne s’identifie point à la léthargie. Il fixe la permanence des idées qui ne dérogent pas aux règles, sur la base desquelles elle a été révélée. Quant au second vocable, il précise sa pureté que les âges ne peuvent jamais altérer. « C’est Nous, en vérité, qui t’avons communiqué la remémoration et, certes, c’est Nous qui en sommes les gardiens. » (al-Hijr, 9) – « …et pourtant, c’est un Livre puissant, inaccessible à l’erreur, une révélation émanant d’un Sage digne de louanges. » (Fussilat, 41 et 42)
La sharî’a, étant vraiment et réellement une voie divine, implique une aptitude particulière à répondre aux besoins conséquents, aux variations du temps et aux spécificités des lieux géographiques. C’est d’ailleurs pourquoi, elle s’adresse à toute l’humanité depuis son origine jusqu’à son terme dont seul Dieu connaît l’Heure. « Dis : Ô hommes ! Je suis pour TOUS un Envoyé de Dieu. » (al-An’âm, 158) – « Béni soit Celui qui a révélé graduellement le Livre de la distinction à Son serviteur pour faire de lui l’avertisseur des mondes. » (al-Furqân, 1)
5 – La perfection de la sharî’a se précise quand elle se singularise par ses vues d’ensemble et offre à l’homme un large éventail de notions exactes et justes, aptes à aider à la résolution des problèmes de la société dans le cadre de la solidarité et de la fraternité. Pris à titre individuel ou collectif, l’être humain dispose aussi de moyens suffisants pour que les solutions arrêtées aillent dans le sens de l’intérêt public. A cet effet, la sharî’a se distingue par ses exposés où s’exclut la complexité pour être mieux comprise et, par ses recommandations, pour mieux rechercher les idées les moins compliquées. « Le Coran fut révélé pour servir la bonne direction aux hommes, d’explication claire aux préceptes divins, de critère à la vérité et à l’erreur….Dieu veut rendre votre religion non pas difficile mais facile pour vous. » (al-Baqara, 185) – « Dieu ne vous impose aucune gêne dans votre religion. » (al-Hajj, 78) - « Dieu n’impose rien à l’âme qui soit au-dessus de ses forces. » (al-Baqara, 286)
L’examen de la sharî’a montre qu’elle compte plusieurs principes et règles dont le but consiste à parfaire le bonheur des êtres humains. Ses préceptes ne contredisent pas la noblesse de leur nature dont Dieu a façonné le corps et l’esprit. Aussi se préoccupe-t-elle de sauvegarder ce qu’il y a de précieux en eux : la vie, la raison, la descendance, la dignité et les biens. De la même manière, elle met à leur disposition les moyens pour satisfaire leur projet matériel et spirituel. « Demande : « Qui a déclaré illicites des vêtements et des aliments agréables dont Dieu a gratifié Ses serviteurs ? » Dis : « Ils sont destinés à ceux qui ont la foi en cette vie et ils seront leur apanage dans la vie future. » Ainsi, Nous exposons en détail les versets à des gens qui savent. » (al-A’râf, 32) – « Dis : Mon Seigneur a interdit les turpitudes tant publiques que secrètes, le péché l’agression sans droit, de même qu’Il a interdit de Lui donner sans arguments des associés et de dire de Lui ce qu’on ne sait pas.» (akl-A’râf, 33)
Les enseignements de la sharî’a se proposent également de purifier l’âme et d’affermir les liens de pureté de l’homme avec ses semblables. A cet effet, ils portent sur les dogmes ((al-‘aqîda), les ‘ibâdât (les pratiques cultuelles) et autres avantages religieux. Sur ce plan, le Coran en détaille les aspects, complétés par la Sunnah, de manière à éviter les innovations qui détournent l’homme du chemin de Dieu. Quant aux mu’âmalât (les relations sociales) et autres utilités terrestres, il leur trace les grandes lignes sans en approfondir les données, laissant ce soin à l’ijtihâd afin que ceux qui s’y adonnent soient à même de conformer leurs efforts aux changements du temps et aux renouvellements des relations inter-groupes, sans déroger à la personnalité islamique.
La question culturelle résulte directement de l’Islâm en tant que religion mais aussi du brassage de la culture islamique avec les cultures locales et universelles. Elle me en lumière les valeurs des modes culturels et les comportements humains d’où l’étude des relations entre les forces intérieures aux sociétés et la mise en évidence de leurs rapports exacts avec la sharî’a. Elle est amenée à examiner la personnalité islamique, perçue au niveau de l’individu et de la collectivité, à travers la réalité ambiante
La sociologie islamique se penche également sur les problèmes qui se découlent au sein de la société, de manière à les résoudre selon une méthode scientifique. L’examen des voies et moyens définis par l’Islâm permet non pas de corriger le comportement des hommes portés par leurs passions et leurs intérêts égoïstes mais d’exposer ce qu’il y a en eux, en vue de leur faire comprendre l’esprit et la lettre de la sharî’a. C’est que la compréhension de l’Islâm, en tant que religion, si elle a ouvert la voie à la croyance, laisse une partie du monde dans l’incroyance. Enfin, la sociologue islamique met en relief une méthode qui se fonde sur la religion laquelle appelle l’individu à reconnaître l’Unicité de Dieu et éduque les croyants selon ses valeurs et ses idéaux. Cet appel et cette éducation projettent d’élever les musulmans à la meilleure organisation communautaire sur le plan de l’obéissance à Dieu, du culte et du comportement.
Les théories sociales tournent actuellement autour d’une pluralité de questions. La plus importante serait celle qui s’efforce de répondre aux interrogations de la société, de sa culture et de sa personnalité. Elle s’évertue à faire connaître chacune des unités sociales qui s’y contiennent et à les analyser. A ce sujet, elle tend à déceler la diversité des relations qui se nouent entre elles à l’intérieur d’une même société ou entre leur globalité et les cultures environnantes et dominantes. De ce point de vue, il n’y a pas de différence entre les deux formes de sociologie, bien que la fonction de la sociologie islamique soit plus délicate pour les raisons suivantes :
Le domaine de la sociologie islamique se lie au phénomène religieux dont le caractère sacré ne peut pas faire l’objet d’une recherche aisée. La nature de son étude exige une plongée dans les profondeurs de l’histoire de toutes les révélations célestes antérieures à la sharî’a, du fait qu’elles préparent le terrain de sa manifestation et du moment qu’elles se confirment et se complètent par elle.
Son espace de réflexion se rattache en premier lieu au Coran qui a été révélé graduellement sur une période relativement longue et dont la plupart des versets se comprennent mieux en cernant le milieu et les circonstances de leur descente. Leur compréhension aide davantage à découvrir les lois qui organisent le mouvement des sociétés humaines et qui, tout en dépassant les situations de l’époque, s’universalisent à travers le temps et l’espace. L’étude implique aussi la connaissance du vocabulaire coranique d’autant plus que le sens et la fonction des termes se différencient peu ou prou de la terminologie moderne.
Les études sociologiques ne doivent en aucun cas se dégager du cadre défini par la sharî’a, ni s’opposer à ses traits caractéristiques. C’est dire que leur harmonisation avec les Textes n’est pas une tâche facile. La difficulté tient au culte de Dieu que le Coran impose aux gens avant de déclarer leur comportement conforme à Ses préceptes. Ce culte ne se circonscrit aux cinq obligations de l’Islâm. Il exprime toutes les formes de la piété, en particulier celle en relation avec la compassion et la miséricorde, la solidarité et l’entraide, la liaison et l’enchaînement des diverses composantes de l’édification des sociétés musulmanes.
Différence des deux sociologies
Les théories sociales résultent des efforts individuels tendant à répondre aux interrogations de la société. La multiplicité et la variété des contextes expliquent leur transformation et la substitution des unes par d’autres. Ces modifications, avec tout ce qu’elles comportent en matière de construction, sont tout à fait naturelles puisqu’elles caractérisent l’évolution de la sociologie en relation avec les réalités locales. Elles sont tout à fait logiques du moment que les intérêts idéologiques des sociétés ne trahissent pas les époques vécues.
La différenciation naturelle des théories sociales dépend des facteurs du temps et des zones géographiques qui exercent une influence sur la pensée sociologique. Leurs effets, du point de vue national et universel, mettent les sociologues dans l’embarras voie même dans l’incapacité de saisir l’essence, la nature et le contenu de la théorie sociologique. La recherche n’aboutit pas toujours à la formulation d’une théorie claire et précise, que ce soit pour traiter les affaires courantes ou futures des sociétés humaines. Ceci nous éclaire sur les causes de certains débats controversés et la présence d’écoles différentes. Elle se comprend de la façon suivante :
La sociologie islamique se caractérise par son universalisme, sa globalité et la stabilité, pour autant, immobilisme. Ses particularités procèdent de la source coranique. Son idéologie, sa théorie et ses objectifs se puisent de’ l’Islâm qui, en sa qualité de religion, se destinait, dès les premiers de son apparition, à former la meilleure communauté guidée par la Parole de Dieu. « Vous êtes la meilleure communauté qui ait été donnée comme exemple aux hommes. » (al-‘Imrân, 110). A cet effet, de nobles valeurs sociales l’animent et assurent la sécurité et le bonheur de ses hommes rn ce monde et dans la vie dernière.
Dès le départ, la doctrine islamique se représentait en un culte de Dieu, sans associé dans Son Royaume et dans Ses arrêts, culte auquel se soumettent le monde visible et le monde invisible. Quelles que soient les circonstances, l’adoration des hommes se consacrait totalement au Créateur. A cet effet, la théorie de l’Islâm comporte des enseignements : Quelle que soit l’étendue de son d’action, deux idées maîtresses en marquent le contenu : obéissance et action. Elle repose sur l’incitation au bien et à l’interdiction du mal, à l’Unicité de Dieu et à l’unité des croyants, l’engagement à se conformer aux préceptes divins.
Les Hudûd de Dieu contenu dans la sharî’a fixent les contours de l’équilibre social et déterminent les relations entre les hommes et leur Seigneur, d’une part, et entre les êtres humains entre eux, d’autre part. « Telles sont les lois de Dieu. Ne les transgressez pas. Ceux qui les transgressent sont des injustes » (al-Baqara, 229). Le Coran revient souvent sur l’énoncé des Hudûd et sur les conséquences de leur transgression que ce soit au niveau de l’individu que du groupe. Les limites fixées par Dieu se veulent tune purification de l’âme de toutes les formes de l’immoralité intérieure et extérieure de soi, et une opération efficace contre les péchés. Il est à faire remarquer que certaines infractions à la Loi transgressent le Droit de Dieu et la plupart des autres portent atteinte aux droits des gens.
Ancienneté et nouveauté de la sociologie : Conformément à la réalité scientifique contemporaine, la sociologie islamique abonde en éléments d’études des phénomènes sociaux. Ses données produisent de multiples influences sociales et forment un modèle de vie humaine telle que la sharî’a les illustre par des idées claires et des faits constants. Le chercheur, s’il ne quitte pas les observations retenues à l’époque à l’époque de la révélation, conclut à l’ancienneté de la sociologie islamique tant il est vrai que le Coran développe les grandes lignes de l’histoire de l’humanité depuis la création et l’anoblissement d’Adam en passant par l’expansion de divers peuples et de multiples nations sur la surface de la terre, chacun d’eux s’exprimant en une langue particulière. Lorsque ce chercheur aborde l’étude sociologique du Coran, sous l’angle des lois mobilisatrices des hommes et des voies d’organisation de rapport entre le Seigneur et Ses serviteurs, il constatera que la sharî’a se présente comme un mode d’existence complet encore en vigueur. C’est dans ce sens que ce verset se comprend : «Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, vous ai comblé de Mon bienfait et ai agrée l’Islâm comme doctrine religieuse pour vous. » (al-Maïda, 3)
Le Coran offre effectivement des éléments historiques d’appréciation et des données suivies d’objectifs à la sociologie moderne. Il fait de l’Islâm un Ordre religieux aux perspectives religieuses et un Ordre temporel consacré aux affaires de ce monde d’où cette courante définition de l’Islâm : l’Islâm est Dîn (religion) et Dawla (Etat). Ce verset en résume la portée sur les deux plans indiqués : « A ceux qui, si nous consolidons leur position sur terre, accompliraient la prière, s’acquitteraient de l’aumône légale, ordonneraient toute bonne action et dénonceraient toute action répréhensible. A Dieu appartient, en dernier, l’issue de toute chose. » (al-Hajj, 41)
L’étude de la sociologie dans les sciences humaines :
De l’équilibre des valeurs matérielles et religieuses.
Nous vivons une époque où les sciences offrent à la raison des thèmes qui nous incitent à cerner la réflexion et à l’approfondir en tenant compte de nos valeurs. Notre préoccupation doit être d’autant plus forte que la logique des résultats obtenus réveillent la pensée encore habitée par les illusions d’un passé détaché de l’avenir. Il est vrai que les livres, écrits par des auteurs contemporains, s’exposent sur les étalages des librairies mais nous remarquons que leur objet, d’une manière générale, se limite à transposer dans le monde moderne, le produit intellectuel des premières générations de l’Islâm.
Ces travaux ne peuvent pas se qualifier de scientifiques si nous considérons que la science ne se définit pas la récupération d’arguments d’un passé lointain et a*sans ancrage sur la réalité et le vécu. Lorsque nous relevons des idées neuves dans de tels ouvrages, nous notons qu’elles ne font que reprendre, sous d’autres formes, les acquis d’une sphère culturelle étrangère à la nôtre. Si précieux soient-ils, ils ne demeurent pas moins qu’ils ne nous offrent que l’aspect matériel de notre existence. En effet, ils ne répondent pas à cette triple question qui embarrasse la pensée universelle : d’où vient l’homme, où va-t-il et pourquoi ?
La richesse en elle-même : L’un des plus grands maux de la modernité, que nous subissions, porte sur notre fort penchant à ne considérer que les problèmes matériels. Certes, il n’est point question de négliger notre d’un mieux-être et de notre confort matériel. La science islamique ne refoule point le besoin du matériel et du sensible mais elle en fait un moyen et n on pas une fin. Aussi, afin d’éviter de se méprendre sur la doctrine coranique, il est nécessaire de traiter ce qu’elle entend par la richesse/ A cet effet, en partant de l’expérience algérienne, l’exposé ci-après généralisera la question de l’emprise du matériel à travers le monde.
L’Islâm allie la foi à la justice sociale. De ce fait, le croyant aisé ne manque pas de se montrer généreux envers ses semblables. S’il est en droit de jouir de ses biens, il contribue toutefois à atténuer les difficultés matérielles de son prochain. Pourtant, dans les faits, il est à faire remarquer que, d’une manière générale, les frais occasionnés par le gaspillage dépassent le volume des aumônes accordés aux nécessiteux. La forte inclination aux plaisirs de ce monde ravale au dernier rang le sens de la solidarité. Il est vrai que le cœur de l’individu, familier des nivaux de vie élevés, se dépouille des sentiments humanitaires. Pire encore, l’habitude des jouissances terrestres en fait perdre le goût à celui qui s’y adonne sans retenue. C’est ce qui fait dire à ar-Râfi’î que Dieu a ôté la délectation de la bouche des riches et l’a placée dans les yeux des pauvres.
L’aisance incontrôlée et outrancière est un facteur de destruction du jugement de l’individu. Lorsque les gens en font leur seul objectif, ils contribuent à semer le malheur autour d’eux. Ils se font remarquer par la course aux divertissements au point de fouler aux pieds le droit et le bien de leur entourage, et de se détourner des exigences de la foi. Le Coran décrit la nature de cette catégorie d’hommes et les met sévèrement en garde contre le supplice de l’Enfer : « Malheur à tout détracteur aux mimiques hostiles qui accumule les biens, les multiplie et se figure qu’ils le rendent éternel ! Non pas ! Qu’il soit rejeté dans la Hutama ! » (al-Humazât, 1 à 4)
Un phénomène s’est créé dans notre société. L’engouement des plaisirs de ce monde n’est pas l’apanage des seuls riches. Il se vérifie également dans les milieux les moins aisés, y compris chez la cohorte de mendiants dont la demande excède les besoins. Ceci est un indice de la tiédeur de la foi et du peu d’empressement à se conformer à la justice sociale. L’attachement aux biens licites ou illicites, se constituant en préoccupation majeure, fait effectivement perdre la notion de justice et accentue le désintéressement à faire triompher le Droit et à renforcer la foi. Le Messager de Dieu (s) attira l’attention des musulmans sur le danger de l’accumulation des richesses, car les auteurs, éblouis par la fortune acquise, perdent le sens des réalités ; S’adressant à ses Compagnons, il leur dit : « Ce que je crains pour vous, après moi, c’est que l’embellissement de ce monde vous ensorcelle. »
Le Coran voit en ces gens riches, dont l’argent est le seul langage, une menace contre les tentatives de réformer la société, étant les adversaires du Droit et de la Justice. Il dirige contre eux de sévères accusations parce que leur existence se résume à leurs biens et à la prospérité de leurs enfants, alors que leurs efforts d’embellissement de la vie se comparent à cet homme dans le désert : « Il voit un mirage et, arrivé sur les lieux, il ne trouve pas ce qu’ils espéraient. » Ceci est expliqué par cet autre verset : « Nous n’avons envoyé dans une cité u e personne donner l’alarme sans que les délicats de la société disent : « Nous dénions ce pour quoi vous êtes envoyés. Nous sommes, disent-ils, les mieux pourvus de biens et d’enfants. Nous ne sommes pas passibles de châtiment. » Dis : Ni vos biens ni vos enfants ne seront à même de vous rapprocher de Nous d’un pas, sinon qui aura œuvré salutairement. »i (Sabâ, 34 à 37)
Publié par : Abelmoumene à 12:32:16Permalien
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